Le projet de loi d'urgence agricole fait trembler les instances locales de l'eau

A l'horizon 2050, la Garonne est menacée par un déficit d'1,2 milliard de mètres cube.
Pierre Barthe

A l'horizon 2050, la Garonne est menacée par un déficit d'1,2 milliard de mètres cube.
Pierre Barthe
Les pressions s’accumulent sur les agences de l'eau. Après une ponction de trésorerie de 130 millions d'euros en 2025, elles s'émeuvent désormais d'un risque de perte de pouvoir en ce début d'année 2026. En cause, le projet de loi d'urgence agricole que le Premier ministre souhaite voire se constituer d'ici le salon de l'agriculture fin février.
Réunis ce vendredi en Gironde, les présidents des six agences de l'eau s'inquiètent d'une même voix. « Le piège dans lequel il ne faudrait pas tomber c'est d'opposer les questions agricoles aux questions de l'eau. Les instances que nous représentons sont des lieux de médiation, de concertation et de fabrication des politiques de l'eau qui ont fonctionné depuis 60 ans », pointe Thierry Burlot, président du comité de bassin Loire-Bretagne.
Le texte du gouvernement pourrait revenir sur plusieurs dossiers à la main des instances locales. Révision des volumes des prélèvements pour l'irrigation, accélération des projets de stockage, allègements sur les exigences de qualité de l'eau ou encore atténuation des sanctions en cas de pollution : le projet de loi accéderait à plusieurs demandes de l'agro-industrie visant à simplifier le cadre administratif pour une profession à bout de souffle.
Plus encore, il a été demandé aux organismes locaux de bassin de suspendre les travaux autour des schémas de partage de l'eau (les « Sage »). Ces assemblées démocratiques locales permettent d'associer l'ensemble des acteurs usagers et consommateurs de l'eau afin de déterminer les mesures de gestion de la ressource pour une période donnée. « On nous dit de lever le pied et d'attendre les nouveaux textes législatifs », relate Nicolas Juillet, président du comité de bassin Seine-Normandie.
Sur le fleuve breton de la Vilaine, le préfet a tout simplement ajourné la révision du Sage qui était pourtant en passe d'aboutir. « Sous pression des syndicats agricoles, le préfet a décidé d'arrêter tout », peste Thierry Burlot. D'autres abrogations sont redoutées.
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« On fait certainement moins de bruit que ceux qui parlent fort et pourtant les comités de bassin sont très efficaces. Les risques et les problématiques liés à la gestion de la ressource ne vont faire qu'augmenter, on a donc besoin de ces instances démocratiques », maintient Audrey Bardot, présidente du comité de bassin Rhin-Meuse.
Les représentants craignent que les efforts des dernières années en matière d'amélioration de la qualité et de réduction des pollution ne soient balayés. « On ne veut pas de textes de lois qui viennent se supplanter à nos prérogatives », s'oppose Alain Rousset, homologue sur le bassin Adour-Garonne. « Ne jouez pas contre nous », adresse-t-il à Sébastien Lecornu. Si d'une certaine façon les représentants crient avant d'avoir mal, ils n'ont d'autre choix que de répliquer face à la puissance du lobby agricole.
Les craintes exprimées par les agences sont d'autant plus vives qu'elles n'ont été consultées qu'en catimini. Par un courrier daté du 23 janvier, les ministères de l'Agriculture et de la Transition écologique leur ont demandé de formuler sous douze jours leurs propositions.
En réponse, les six comités de bassin ont adressé ce 6 février une missive commune dans laquelle ils demandent au Premier ministre de renforcer leurs institutions comme instances politiques centrales de la gouvernance de l'eau. Ils réclament également de plus grandes capacités financières et davantage de décentralisation territoriale.
La mobilisation résonne d'autant plus que les comités ont largement été associés aux différentes démarches nationales ces dernières années : Varenne de l'eau en 2022, plan eau l'année suivante et conférence nationale sur l'eau l'an dernier. « Nous n'avons même pas encore perçu tous les budgets qui nous ont été promis », déplore Nicolas Juillet.
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Les structures porteront leurs propositions le 11 février prochain lors d'un Comité national de l'eau qui va prendre la forme d'un plaidoyer. Et ce, à dix jours de l'ouverture d'un salon de l'agriculture où la fracture entre revendications agricoles et préoccupations environnementales s'annonce encore d'actualité.