Data center, logiciels et formation à l'IA : encore des annonces tech XXL à Choose France

Le data center de Digital Realty à la Courneuve.
Digital realty

Le data center de Digital Realty à la Courneuve.
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C’est peut-être la dernière édition de Choose France mais sûrement pas les ultimes annonces de data center dans notre pays. L’édition 2026 de cet événement est marquée de nouveau par des promesses d’investissements impressionnantes, afin de satisfaire les besoins en infrastructure de l’intelligence artificielle et du cloud.
L'annonce choc, c'est bien sûr celle de Softbank qui projette d'investir 75 milliards d'euros dans les infrastructures liées à l'intelligence artificielle. Des chiffres colossaux pour des capacités qui ne le sont pas moins puisque la première phase prévoit l'installation, d'ici 2031, de 3,1 gigawatts dans la région Hauts-de-France (Dunkerque, Bosquel et Bouchain) en mettant 45 milliards d'euros sur la table. Le fournisseur de puissance de calcul en ligne marseillais Sesterce, Schneider Electric et EDF sont partenaires du projet. D'autres sites seront développés ultérieurement.
« Grâce à ses capacités industrielles, à son vivier de talents et à son ambition nationale, la France est idéalement placée pour devenir un pôle d’excellence en infrastructures d’IA en Europe », a déclaré dans un communiqué de presse publié samedi soir Masayoshi Son, le président-directeur général de SoftBank Group. Le dirigeant va d'ailleurs être reçu en grande pompe à Elysée par Emmanuel Macron ce lundi 1er juin au matin.
Autre annonce notable, celle du fonds français Ardian, via sa filiale Verne, qui projette de bâtir un « campus d’infrastructures numériques » avec 500 mégawatts (MW) de capacité cible, dont une première tranche de 250 MW à horizon 2030. Le tout pour un montant d’investissements pouvant représenter jusqu’à 5 milliards d’euros. « Le site est identifié en Ile-de-France et la connexion au réseau électrique déjà sécurisée », nous précise Gonzague Boutry, responsable Europe des investissements dans les infrastructures digitales d'Ardian. « Ce sera à la fois un pôle de recherche, un pôle industriel avec des applications avancées et un pôle numérique de calcul et d’inférence », ajoute-t-il. La construction pourrait débuter d’ici 10 à 12 mois. De grands groupes, des PME et des hyperscalers sont attendus comme clients.
C’est aussi la première concrétisation du projet de gigafactory IA du consortium IAON dont Ardian est membre et qui est piloté par le fournisseur de cloud Scaleway. Car l’idée est bien de développer plusieurs sites distants entre eux de 50 à 100 km pour atteindre au total les capacités d’une gigafactory IA. « Différents sites permettent d’apporter de la redondance aux clients, une approche d'ailleurs favorisée par la Commission européenne elle-même dans le cadre de son appel d'offre », relève Mathias Burghardt, directeur général d’Ardian et CEO d’Ardian France. « Cette stratégie multisite de taille raisonnable s'insère aussi mieux dans le territoire, plutôt que d’avoir un seul site de taille colossale ».
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À noter aussi un partenariat décisif sur le front très stratégique des semi-conducteurs : Bull, spécialiste français des supercalculateurs désormais détenu par l'État depuis le rachat à Atos fin mars 2026, s'associe au géant taïwanais Foxconn, connu pour assembler une bonne partie de l'électronique grand public mondiale. 120 millions d'euros seront investis à Angers pour y lancer une ligne de production de cartes mères dédiées à l'intelligence artificielle.
Les deux groupes entendent produire des systèmes capables d'absorber les charges de travail les plus gourmandes, notamment les entraînement de modèles d'IA. L'usine d'Angers, seul site européen à assembler des supercalculateurs, serait au cœur du dispositif.
Choose France est aussi devenu l’occasion de « recycler » plusieurs annonces marquantes faites au cours de l’année afin de dresser un panorama plus large des investissements étrangers dans l’Hexagone, et au passage, d’afficher un bilan plus étoffé en ce début du mois de juin.
Nebius, nouvel acteur du data center apparu en pleine effervescence autour de l’intelligence artificielle, met ainsi en avant la transformation de l’ancienne friche Bridgestone de Béthune (Hauts-de-France) en vaste site de calcul dédié à l’IA. Ce groupe néerlandais aux racines russes — fondé par d’anciens poids lourds de la tech ayant quitté la Russie après l’invasion de l’Ukraine pour reconstruire une entreprise en exil aux Pays-Bas — avait annoncé en février un projet de 240 MW, plaçant le site parmi les plus puissants d’Europe. Lors de Choose France, l’entreprise a dévoilé le montant de l’investissement, 8 milliards d’euros, qui viennent s’ajouter aux nombreux autres milliards déjà annoncés ces derniers mois. À terme, le complexe devrait générer environ 120 emplois.
Du côté du spécialiste américain des centres de données Digital Realty, rien de nouveau non plus. Mais le poids lourd des data center fait observer que son patron américain, Andrew Power, fait spécialement le déplacement depuis Austin pour la deuxième année consécutive. Et qu’il tient ses engagements puisque tous ses dossiers sont en train de se concrétiser. « A Marseille, notre projet MRS5 (35 MW) est en construction et les travaux ont commencé pour MRS6 (80 MW) », précise Fabrice Coquio, président de Digital Realty France. « Sur Paris, à Dugny (200 MW), la construction a aussi débuté. Aux Ulis (130 MW), les travaux sont prévus au mois de juillet. Et concernant le site de Paris Est (120 MW), la demande d’autorisation préfectorale a été déposée ».
Les investissements ne se cantonnent pas aux salles bruyantes des centres de données, ils remontent la chaîne jusque dans les open spaces que l’IA promet de transformer. Databricks, l’une des pépites américaines du traitement de données professionnelles, met 300 millions d’euros sur la table afin d’accélérer le déploiement de ses outils d’IA générative et d’analyse de données auprès des entreprises françaises.
Déjà utilisé par une large partie du CAC 40, dont AXA, Danone, Engie ou Stellantis, Databricks veut renforcer son ancrage dans l’écosystème français dans les startup. La licorne de la Silicon Valley, valorisée à plus de 134 milliards de dollars, a noué un partenariat avec l’incubateur STATION F pour accompagner les jeunes pousses dans le développement d’applications liées à l’intelligence artificielle. Le groupe prévoit également de former 40 000 personnes en France d’ici 2028 aux métiers de la donnée et de l’IA.
Toujours du côté des logiciels, Workday, l’un des leaders mondiaux des solutions de gestion des ressources humaines et de comptabilité, a dévoilé à La Tribune un investissement de 200 millions d’euros en France. L’Hexagone représente aujourd’hui le marché européen à la croissance la plus rapide pour l’éditeur américain, qui entend poursuivre sur cette dynamique. Workday équipe déjà près de la moitié du CAC 40, mais le groupe veut désormais s’imposer davantage auprès des entreprises de taille intermédiaire.
À l’occasion de Choose France, Workday annonce également vouloir former plus de 500 salariés, étudiants et experts métiers en France d’ici trois ans, en partenariat avec France Travail Île-de-France et l’organisme OMNES Education. L’entreprise affirme par ailleurs que ses premières sessions pilotes ont déjà réuni une centaine de participants, dont la moitié aurait rejoint des postes au sein de son écosystème de partenaires au premier semestre 2026. En parallèle, environ 500 autres postes devraient être créés ou accompagnés chez ses partenaires et clients, pour un total d’environ 1 000 emplois liés à l’IA sur les trois prochaines années.
En imaginant que l’enthousiasme autour de l’intelligence artificielle sera toujours aussi intense dans quelques années. Plusieurs acteurs de la tech, à commencer par Uber, ont commencé à exprimer leurs premiers doutes sur certains investissements dans l’IA, pointant le coût très élevé des infrastructures et des financements au regard de rendements encore jugés incertains.
« La demande autour de l’IA reste très forte certes, mais les attentes ont changé cette année », nous confie Hervé Uzan, vice-président Europe du Sud de Workday. « De plus en plus de clients, notamment un grand groupe pharmaceutique récemment, arrivent avec des demandes beaucoup plus précises autour des agents IA. Ils veulent ensuite travailler avec nous sur le retour sur investissement. Le “ROI” est devenu le sigle qui revient systématiquement lorsqu’on parle d’intelligence artificielle » ajoute-t-il. Finalement, ce dernier Choose France pourrait bien consacrer un autre choix, celui de la raison.