Taxe Trump : Audi remet en question son projet d'usine aux États-Unis face au choc tarifaire
latribune.fr
Oliver Blume, président du directoire de Volkswagen AG. Le patron du géant allemand a confirmé au quotidien Handelsblatt le gel du projet d'usine Audi aux États-Unis, jugeant l'investissement « injustifiable » face au mur tarifaire de 25 % imposé par...
REUTERS - Liesa Johannssen
Oliver Blume, patron de Volkswagen, confirme au quotidien Handelsblatt le gel du projet d'usine Audi aux États-Unis, alors que les taxes de Donald Trump ont déjà coûté 2,1 milliards d'euros au groupe.
Le projet d'implantation industrielle d'Audi aux États-Unis, en réflexion depuis 2023, vient de connaître un coup d’arrêt. Oliver Blume, président du directoire de Volkswagen AG, a tranché dans les colonnes du quotidien économique allemand Handelsblatt : sans une réduction significative des droits de douane automobiles, l'usine Audi ne verra pas le jour.
L'équation économique a basculé en quelques mois. Initialement encouragé par des subventions fédérales qui rendaient l'investissement viable, le constructeur allemand se retrouve désormais pris en étau. Pour les neuf premiers mois de l'année 2025, les droits de douane imposés par Washington ont déjà amputé la trésorerie de Volkswagen de 2,1 milliards d'euros. Dans ce contexte, Oliver Blume estime qu'il est impossible de justifier la construction d'une nouvelle usine tant que le niveau de taxation actuel, fixé à 25 % pour les véhicules et utilitaires légers, demeure inchangé.
Une menace l'ensemble de la supply chain européenne
Audi a déjà suspendu les livraisons de véhicules arrivés dans les ports américains après l’entrée en vigueur des mesures de 2025. Cette paralysie des flux met sous tension les marges de tous les constructeurs du continent, de Mercedes-Benz à BMW, en passant par Stellantis. Le risque de perte de compétitivité-prix entraîne une baisse des volumes et des reports massifs d'investissements.
Derrière les constructeurs, c'est toute la chaîne de valeur qui vacille. Les exportateurs de biens d'équipement, de chimie-pharmacie et de composants sont en première ligne. Le danger est double : un effet direct de perte de parts de marché aux États-Unis, et un effet indirect de saturation du marché intérieur européen. Les flux qui ne partent plus vers l'Amérique cherchent désormais des débouchés en Europe, créant une pression sur les prix et les capacités de stockage.
Les régions industrielles sous pression
Si les constructeurs français exportent peu de véhicules finis vers les États-Unis, l'exposition des sites industriels hexagonaux est profonde car l'industrie française est au cœur des chaînes de valeur de ses voisins européens. Plusieurs usines produisent des composants critiques — moteurs, boîtes de vitesses, électronique de puissance — destinés à des véhicules assemblés en Europe mais vendus outre-Atlantique.
Newsletter
L’Alerte La Tribune
Alertes en temps réel sur les informations économiques majeures.
Les régions à forte densité d’équipementiers comme les Hauts-de-France, le Grand-Est, la Bourgogne-Franche-Comté ou l’Auvergne-Rhône-Alpes se retrouvent mécaniquement exposées. Des géants comme Valeo, Forvia, Plastic Omnium ou Michelin, qui livrent les usines de BMW, Mercedes ou Stellantis USA, subissent par ricochet le ralentissement de la demande américaine induit par le coût des taxes douanières.
Le spectre d'une guerre commerciale de 93 milliards d'euros
Face à l'offensive américaine, l'Union européenne a déjà préparé une riposte d'envergure. Un paquet de contre-mesures visant 93 milliards d'euros de biens américains est prêt à être activé. Ce dispositif juridique cible des secteurs stratégiques comme l'informatique, les équipements médicaux et les machines industrielles.
Bruxelles a jusqu'ici privilégié la négociation en suspendant l'activation de ces tarifs, mais la pression politique s'intensifie. Un durcissement supplémentaire de Washington pourrait déclencher mécaniquement cette réponse européenne, entraînant une escalade durable. Pour les entreprises françaises, l'urgence est désormais à la cartographie précise des flux et à la simulation de scénarios de crise pour anticiper d'éventuels ajustements de prix ou des relocalisations ciblées de production, alors que le coût financier pour le secteur privé ne cesse de grimper.