Michelin n’imagine pas de dark factories, ces usines sans être humain sur ses chaînes de production. Mais face à la robotisation croissante, la digitalisation et surtout l’avènement de l’IA, le groupe anticipe le fait que plus de la moitié des métiers qui existent aujourd’hui dans le groupe n’existeront plus à l'avenir. L’entreprise se prépare donc à ce changement en profondeur et forme ses salariés aux compétences de demain.Michelin fait face à plusieurs défis : l'urgence climatique, les bouleversements économiques et géopolitiques. Mais la manufacture est aussi bousculée par la révolution numérique et technologique de ces dernières années. Un véritable tournant qui transforme en profondeur le monde de la communication, du commerce ou de l'industrie.
« Nous n'avons pas connu de révolution plus importante depuis l'imprimerie », pointe Lorraine Frega, en charge de la stratégie et du développement durable et directrice business distribution pour le groupe.
Et alors que le groupe entend ne plus se cantonner au pneumatique, mais devenir leader mondial des composites, il ambitionne de placer l'humain au coeur de sa mutation industrielle.
« Nous pensons qu'à long terme, nous aurons besoin de moins d'emplois pour réaliser les même tâches mais cela se fera sur plusieurs années, ce qui rend les ajustements plus faciles. Nous sommes par exemple en train d'automatiser entièrement notre site du Puy-en-Velay, en Haute-Loire, qui fabrique des pneus de génie civil. Cela conduit à réduire un peu l'effectif, mais on déploie cette technologie au rythme de l'attrition naturelle avec les départs à la retraite », précise Pierre-Louis Dubourdeau, directeur manufacturing et membre du Comité exécutif du groupe.
L'humain sera toujours nécessaire
Et pas question d'imaginer des dark factories chez Michelin, indique le groupe qui compte aujourd'hui 132.000 salariés dans le monde, dont 92.000 dans la partie industrielle. Ces usines automatisées fonctionnent sans être humain, à tel point qu'il n'est pas nécessaire d'allumer la lumière. « Je n'y crois pas, en tout cas, pas pour notre industrie. Michelin ne va pas dans cette direction à moyen terme. L'humain va rester au centre de notre outil productif », assure Pierre-Louis Dubourdeau. Et ce dirigeant de donner en exemple les 2.500 techniciens du groupe qui, partout dans le monde, vérifient à la main un à un les pneus à la fin du processus de fabrication... un pneu toutes les 29 secondes.