PORTRAIT. La société European Sleeper remet le train de nuit entre Paris et Berlin sur les rails. Un pari risqué, tant la rentabilité de ce type de voyage est difficile à atteindre. Derrière cette initiative : un entrepreneur néerlandais passionné de ferroviaire et plein d’ambitions, qui cherche à secouer le secteur en Europe. Rencontre.« Pour hacker le système, j’ai compris qu’il fallait en faire partie, en créant, du coup, ma propre société de chemin de fer. » Elmer van Buuren, 43 ans, de nationalité néerlandaise, ne manque pas d’ambitions. L’entrepreneur voit grand qui espère redonner aux trains de nuit leurs lettres de noblesse à l’échelle de l’Europe, faisant l’éloge du transport décarboné et de la lenteur. Et ce, sans aucune subvention, une gageure tant ce type de transport est réputé pour son absence de profitabilité. Sa société, European Sleeper, créée en 2021, s’apprête à passer un nouveau cap avec la relance, jeudi 26 mars, du train de nuit entre Paris, au départ de la gare du Nord, et Berlin. Départ prévu à 18h03.
Les armes d’Elmer van Buuren ? La réactivité et l’agilité, appliquées au monde du transport ferroviaire. La rencontre avec le dirigeant est d’ailleurs décidée l’avant-veille du jour J, et a lieu dans un café parisien quelconque, choisi à l’improviste. « Nous avons obtenu les sillons dont nous avions besoin, s’enthousiasme le dirigeant, mordant dans son croissant. Notre liaison de nuit Paris-Berlin sera ainsi assurée trois fois par semaine, en passant par Bruxelles. » Les sillons? Il s'agit des précieux créneaux délivrés par SNCF Réseau. European Sleeper prend ainsi la relève du trio d’opérateurs franco-germano-autrichien, qui a jeté l’éponge fin 2025 après deux ans d’exploitation : SNCF, Deutsche Bahn et ÖBB. Un abandon lié à l’arrêt des subventions.
Un « outsider » qui veut secouer le ferroviaire
« Cette aide de l’État était nécessaire pour faire rouler des trains de nuit qui sinon seraient déficitaires pour l’exploitant, car il est difficile de rendre un modèle de train de nuit rentable sans subvention, relève Arnaud Aymé, expert mobilités au sein du cabinet de conseil Sia. Côté français, cela représentait un montant compris entre 10 et 15 millions d’euros, ce qui revenait à 85 euros par billet vendu. » Faible utilisation du matériel roulant, demande saisonnière… « Le train de nuit est caractérisé par une faible productivité du capital engagé et des revenus irréguliers, poursuit le spécialiste. Les acteurs qui s’y sont essayés ces dernières années sont des entreprises publiques qui opèrent également des trains de jour. »