Des pompiers sur le site où un train régional est entré en collision avec un mur effondré entre Sant Sadurni d'Anoia et Gelida, près de Barcelone, le 21 janvier 2026 en Espagne.
REUTERS - Albert Gea
Espagne : pourquoi l’état du plus grand réseau ferroviaire d’Europe pose question
Un nouvel accident ferroviaire a eu lieu ce jeudi en Espagne, le troisième en seulement cinq jours, soulevant des questions quant à l’état du réseau espagnol, qui s’est fortement densifié ces dernières années.
La série noire se poursuit en Espagne. Un nouvel accident de train a eu lieu ce jeudi, le troisième en seulement cinq jours. Cette fois, c’est un train de banlieue qui a percuté une grue mobile en intervention sur un chantier près de Carthagène, dans le sud-est de l'Espagne. « Plusieurs blessés légers » sont à déplorer, selon la compagnie espagnole Renfe auprès de l’AFP, sans de décès à ce stade.
Les deux précédents accidents ont, eux, été mortels. Le premier, survenu dimanche près d'Adamuz en Andalousie, dans le sud du pays, à la suite de la collision de deux trains à grande vitesse, a fait au moins 45 morts et des dizaines de blessés – un bilan encore provisoire. Deux jours après, mardi, un train de banlieue circulant en Catalogne, dans le nord-est, a heurté les débris d'un mur de soutènement qui s'était effondré sur la voie en raison de fortes pluies. L'accident a fait un mort et 37 personnes ont été prises en charge par les secours, dont cinq blessés graves.
Avant ces trois catastrophes majeures, l’Espagne n’avait pas été endeuillée au niveau ferroviaire depuis 2013. À cette époque, le déraillement d’un train près de Saint-Jacques-de-Compostelle, dans le nord-ouest du pays, avait entraîné 80 morts et une centaine de blessés, le classant comme l’accident ferroviaire le plus meurtrier en Europe depuis l’an 2000.
Si la cause de l’accident de mardi est connue – l’effondrement d’un mur de soutènement lié aux fortes pluies – celles des deux autres doivent encore être établies. Le Premier ministre espagnol, Pedro Sánchez, n’a pas encore réagi à la suite de l’incident de ce jeudi, mais il a précédemment promis la « transparence absolue » concernant celui d’Adamuz.
Le ministre des Transports, Óscar Puente, a de son côté défendu le système de transport espagnol. « Nous ne pouvons ni ne devons remettre en cause notre réseau (ferroviaire), ni les transports publics de notre pays. Il n'est pas parfait, ni infaillible, mais c'est un excellent système de transport », a-t-il déclaré mercredi lors d’une conférence de presse. Il a aussi affirmé que cet accident n’a aucun lien avec l’entretien des voies ou les investissements ferroviaires, relève le quotidien 20 minutos.
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Des dépenses d’entretien en hausse
Le journal espagnol détaille également un rapport gouvernemental faisant état d'une augmentation des investissements dans la maintenance du réseau ferroviaire au cours de la dernière décennie. D'après ce document, les dépenses d'entretien ont augmenté de quasiment 52 % au cours des dix dernières années. Elles se sont élevées à 1,12 milliard d'euros en novembre 2025, dont 437 millions spécialement fléchés sur le réseau à grande vitesse. Contre respectivement 737 millions d'euros en 2016, dont 261 millions pour la grande vitesse.
Les dépenses d'entretien par kilomètre ont elles aussi progressé. À hauteur de + 58 % depuis 2018, passant de 45 000 euros par kilomètre à plus de 71 000 euros en 2025, d’après le rapport gouvernemental.
Cette croissance des dépenses d’entretien s’explique également par l’augmentation du réseau, qui s’est densifié ces dernières années. Entre 2013 et 2023, le réseau à grande vitesse espagnol est ainsi passé de 1 919 km à 3 190 km (+1 271 km, soit +66,2 %), selon les dernières données d’Eurostat, devenant ainsi le réseau le plus important d’Europe.
La défense du ministre espagnol des Transports a fait bondir les conducteurs de train, qui ont annoncé une grève générale du 9 au 11 février prochains. Ils dénoncent de longue date un entretien « déficient » du réseau et assurent « [signaler] des incidents quotidiennement », sans que le ministère n’ait pris aucune mesure, relate 20 minutos. En août dernier, le principal syndicat des conducteurs de train, le SEMAF, avait en outre alerté les autorités – le gestionnaire de l'infrastructure ferroviaire espagnole (Adif) et l'Agence nationale de sécurité ferroviaire – sur le mauvais état de certains tronçons du réseau.
Des allégations appuyées par des faits. En mai 2025, les réseaux sociaux ont été inondés d’images de passagers bloqués pendant des heures dans des trains arrêtés, relevait à l'époque le média Euractiv. Quelques mois plus tôt, en septembre 2024, le déraillement d’un train à la suite d’une panne de signalisation avait entraîné aussi de gros retards.
Le gouvernement de Pedro Sánchez a pourtant fait de la modernisation des chemins de fer l’une des priorités de son plan de relance post-Covid. « Avec les pannes récurrentes, les retards croissants et les enquêtes en cours sur la corruption, de nombreux Espagnols se demandent si la véritable cause du chaos est une mauvaise gestion, un détournement criminel de fonds ou simplement un échec coûteux de la gouvernance publique », notait Euractiv. Des questionnements qui raisonnent d’autant plus aujourd’hui.