Selon les données du cabinet spécialisé WINGX, le nombre de vols privés a progressé d'environ 4 % dans le monde depuis le début de l'année.
YD - REUTERS - Matteo Minnella
Tandis que les compagnies aériennes affrontent l'envolée des coûts et les perturbations de trafic, les opérateurs de jets privés enregistrent une demande record.
Le conflit iranien bouleverse les flux aériens mondiaux, fait flamber les coûts du carburant et perturbe les grands hubs du Golfe. Pourtant, dans un segment du marché, l’activité ne faiblit pas. Bien au contraire. Les compagnies de jets privés enregistrent une hausse de la demande, portée par une clientèle qui continue de voyager malgré les tensions géopolitiques.
Alors que le prix du kérosène a pratiquement doublé depuis le début du conflit, les dirigeants d’entreprise, célébrités et sportifs de haut niveau multiplient les déplacements à bord d’appareils privés pour rejoindre les grands rendez-vous internationaux.
Cette dynamique illustre ce que les économistes décrivent comme une économie « en K », où les ménages les plus aisés continuent d’accroître leurs dépenses tandis que les classes moyennes et populaires réduisent les leurs sous l’effet de l’inflation et du ralentissement économique. Dans le transport aérien, cette fracture se traduit par une forte résilience de l’aviation d’affaires, alors que les compagnies low-cost sont davantage exposées au recul du pouvoir d’achat.
Eviter les risques d’annulation et les perturbationse
Les frappes de missiles et de drones dans le Golfe ont pourtant profondément affecté le trafic aérien régional, réduisant de près de moitié le nombre de vols dans une zone longtemps considérée comme l’un des principaux carrefours mondiaux du transport aérien. Pour les opérateurs de jets privés, la clientèle semble toutefois largement immunisée contre la hausse des coûts. « Le monde est en pleine tourmente, mais pas nos passagers », résume Deniz Weissenborn, propriétaire de Platoon Aviation, société spécialisée dans l’affrètement de jets de huit places. « Si vous voyagez en jet privé, je ne pense pas qu’une augmentation de 1.000 ou 2.000 euros vous dérange », ajoute-t-il.
Selon les données du cabinet spécialisé WINGX, le nombre de vols privés a progressé d’environ 4 % dans le monde depuis le début de l’année, représentant plusieurs milliers de trajets supplémentaires. Au-delà de la seule capacité financière de cette clientèle, les tensions géopolitiques renforcent également l’attrait de l’aviation privée. Plusieurs dirigeants du secteur constatent que certains voyageurs abandonnent désormais les classes affaires et première des compagnies régulières afin d’éviter les risques d’annulation ou les perturbations dans les aéroports.
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Chez Amalfi Jets, les demandes de réservation liées au Festival de Cannes ont ainsi progressé d’environ 25 % par rapport à l’an dernier. Celles associées au Grand Prix de Monaco ont augmenté de près d’un tiers. « Beaucoup de ceux qui en avaient les moyens mais qui prenaient des vols commerciaux sont désormais prêts à payer plus cher pour une option plus sûre », explique Kolin Jones, fondateur et PDG d’Amalfi Jets. « Le Festival de Cannes, le Grand Prix de Monaco et les voyages liés à la Coupe du monde entre l’Europe et les États-Unis stimulent la demande. »
Malgré le ralentissement du trafic vers le Moyen-Orient en raison des préoccupations sécuritaires, les liaisons vers l’Europe et les États-Unis pourraient ainsi atteindre des niveaux records cette année. « L’activité est plus intense que jamais », affirme Andy Spencer, pilote de jet privé opérant notamment au Moyen-Orient et en Asie.
Le contrôle comme argument de vente
Les grands événements sportifs confirment cette tendance. Lors du Super Bowl disputé en Californie au mois de février, le trafic de jets privés dans les aéroports voisins a été trois fois supérieur à une journée normale. En avril, à l’occasion du tournoi de golf Masters d’Augusta, le nombre de vols privés est passé de moins de 50 à plus de 400 en une seule journée.
Cette dynamique profite également aux constructeurs aéronautiques spécialisés. « Les heures de vol de nos clients continuent d’atteindre des records mois après mois », a déclaré Francisco Gomes Neto, PDG du constructeur brésilien Embraer, lors d’un salon consacré à l’aviation d’affaires à São Paulo.
Pour les acteurs du secteur, la sécurité est devenue un moteur essentiel de la demande. « À chaque fois qu’il y a des événements mondiaux, l’aviation privée connaît un petit regain d’activité », observe Jason Middleton, propriétaire de Silver Air Private Jets, évoquant aussi bien la guerre en Iran que la pandémie de Covid-19 ou les crises politiques en Amérique du Sud. « C’est une question de sécurité... Les gens se sentent en sécurité lorsqu’ils ont le contrôle. »