Passengers walk past a TGV inOui high speed train at the Gare Montparnasse train station in Paris, as French state-owned railway SNCF workers have called for a strike this week in France, May 6, 2025. REUTERS/Abdul Saboor - A call for strike by SNCF...
REUTERS - Abdul Saboor
La grève nationale à la SNCF, portée par quatre syndicats, cristallise les tensions autour des différentes réorganisations au sein du groupe et de l’ouverture à la concurrence.
Le rail français s’apprête à tourner au ralenti mercredi. À l’appel de quatre syndicats représentatifs de SNCF, une grève de 24 heures va fortement perturber le trafic, dans un contexte de tensions sociales ravivées par les réorganisations internes et l’ouverture à la concurrence.
La direction de SNCF Voyageurs a prévenu dès lundi d’un impact significatif pour les usagers. Le mouvement entraînera des « perturbations » sur l’ensemble du réseau, avec « en moyenne » 1 TGV sur 3 annulé, un Intercité sur 2 et un trafic régional « fortement perturbé ».
Dans le détail, « des perturbations sont à prévoir pour les TGV Inoui en France ou vers l’Europe, Ouigo, TGV Lyria, avec en moyenne 2 TGV sur 3 en circulation » et un train Intercité sur deux « de jour et de nuit », tandis que le « trafic régional sera fortement perturbé » notamment en Ile-de-France « sur la plupart des lignes ».
Coup de semonce
Cette mobilisation, lancée hors périodes de grands départs, vise à maximiser son impact symbolique sans provoquer de chaos total sur les déplacements longue distance. Les syndicats espèrent une mobilisation « importante » pour ce coup de semonce, qui constitue l’une des premières épreuves sociales de l’ère Castex à la tête du groupe ferroviaire.
Au cœur du conflit : la transformation structurelle de l’opérateur public et l’ouverture progressive à la concurrence sur les lignes régionales. Les organisations syndicales — CGT Cheminots, Unsa Ferroviaire, Sud Rail et CFDT Cheminots — dénoncent une dynamique qu’elles jugent déstabilisatrice. Elles demandent un moratoire sur les réorganisations et la multiplication des filiales, ainsi qu’une revalorisation salariale jugée insuffisante face à l’inflation.
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« D’abord, nous demandons que les cheminots du groupe public unifié (GPU) et ceux qui sont affectés dans les filiales nouvellement créées aient les mêmes droits », a souligné lundi Thierry Nier, secrétaire-général de la CGT Cheminot, premier syndicat du groupe, lors d’une conférence de presse commune avec les trois autres organisations. Il ajoute : « Des négociations peuvent s’ouvrir dès aujourd’hui, la balle est dans le camp de la direction ».
Les syndicats s’inquiètent également d’une fragmentation progressive du groupe. « Si on veut un système ferroviaire efficace, et plus de trains, il faut un système intégré et pas une balkanisation du système », a tonné Julien Troccaz, secrétaire fédéral Sud-Rail. Derrière cette critique, la création de multiples sociétés filiales destinées à répondre aux appels d’offres régionaux est dans le viseur, les syndicats estimant qu’elle fragilise les statuts et les conditions de travail.
« Mobiliser toutes les ressources »
Dans ce climat tendu, les représentants du personnel évoquent aussi un malaise social profond. Le début d’année 2026 a été marqué par treize suicides de salariés, un chiffre qualifié de sans précédent de mémoire de cheminots. « On constate un mal-être en ce qui concerne le sens du travail, un malaise global, notamment dans l’encadrement : les réorganisations broient certains de nos collègues », estime Fabrice Charrière, de l’Unsa Ferroviaire.
Face à ces accusations, la direction défend sa stratégie. Elle assure vouloir « mobiliser toutes ses ressources » pour limiter les perturbations, notamment en faisant appel à des encadrants, comme le permet la loi. « Notre but n’est pas d’anéantir la grève mais d’assurer le meilleur service pour nos clients », indique-t-elle, tout en reconnaissant ne pas avoir « pas les moyens de combler de façon exhaustive » l’ensemble des absences.
La direction met aussi en avant un dialogue social qu’elle juge soutenu, affirmant n’avoir « jamais signé autant d’accords avec les syndicats », douze au cours des trois dernières années. Elle rappelle également les 1.500 embauches nettes annuelles depuis 2022 et sa vigilance sur les questions de pouvoir d’achat et de santé mentale.