L’augmentation des tensions géopolitiques ces dernières années complique de plus en plus le travail des pilotes. Au-delà des menaces directes sur la sécurité aérienne, le passage entre l’Europe et l’Asie s’effectue via des routes de plus en plus limitées.Alors que le conflit qui embrase le Moyen-Orient entre dans sa troisième semaine, il accentue encore davantage le stress des pilotes d’avions. Lesquels s’en seraient bien passé, au vu de la montée des périls à laquelle ils se trouvent confrontés depuis quelques années. « Le métier de pilote se complique dans la mesure où la dimension géopolitique n'a jamais été aussi prégnante, assure auprès de la Tribune Thierry Oriol, membre du bureau exécutif du Syndicat national des pilotes de ligne (SNPL). Il y a un stress qui s'installe chez les pilotes, il y a beaucoup de choses qui font que ça complique un travail qui l'est déjà suffisamment.»
Première contrainte qui contribue à augmenter la charge de travail des pilotes : la multiplication des fermetures d’espaces aériens dans de nombreuses parties du globe. L’invasion de l’Ukraine par la Russie en février 2022 a en cela marqué un tournant pour le trafic aérien. Depuis, les compagnies aériennes européennes ne peuvent pas voler au-dessus de la Russie, contrairement aux compagnies chinoises. Le conflit au Moyen-Orient les empêche également toujours de survoler une dizaine de pays de la région.
Des routes de plus en plus étroites
Pour les avions, le passage entre l’Europe et l’Asie ressemble à une carotide bouchée par du cholestérol, le flux d’avions étant de plus en plus contraint par les zones de guerre. Pour desservir l’Asie, en raison du conflit au Moyen-Orient, les compagnies européennes doivent emprunter soit un couloir étroit passant par la Turquie puis l’Azerbaïdjan pour contourner l’Iran par le nord, soit un couloir passant par l’Arabie saoudite pour contourner l’Iran et les pays du Golfe par le sud. Des couloirs où le trafic tend à se densifier.
«Le survol de l’Afrique n’est pas en reste, avec des interdictions de survol au niveau de la Libye et du Niger, précise Antoine Roche, directeur de la société de conseil et de formation Aviagility et commandant de bord sur long-courrier. Pour rallier l’océan Indien, il faut emprunter un véritable trou de souris au-dessus de la mer Rouge, entre le Soudan et le Yémen, tous les deux aussi interdits de survol. En parallèle, l’espace aérien algérien est actuellement fermé à certaines compagnies si elles survolent le Mali.» Des vols de l’Europe vers l’Afrique du Sud vont donc, soit contourner l’Afrique par l’est, soit par l’ouest, sans pouvoir utiliser des routes plus directes. Quant aux compagnies indiennes, elles n’ont plus actuellement le droit de survoler le Pakistan.