Chez Valeo, le refroidissement des infrastructures liées à l'intelligence artificielle s'impose comme une nouvelle voie possible.
CP/JS - REUTERS - CHARLES PLATIAU
Confrontés à l'affaiblissement durable du marché automobile, les équipementiers européens accélèrent leur diversification vers des secteurs en forte croissance.
Longtemps dépendants de l’industrie automobile, les grands équipementiers européens accélèrent leur mue. Confrontés à la crise du secteur, à la pression des constructeurs et à la concurrence chinoise, ils cherchent désormais leur croissance bien au-delà des voitures. Robotique humanoïde, intelligence artificielle, centres de données : les relais de croissance se multiplient à mesure que le moteur automobile s’essouffle.
Le mouvement s’est illustré ces derniers jours avec deux annonces emblématiques. D’un côté, l’allemand Bosch mise sur la robotique humanoïde. De l’autre, le français Valeo séduit les investisseurs grâce à ses perspectives dans le refroidissement des centres de données dédiés à l’intelligence artificielle.
Pour Bosch, le virage de la robotique humanoïde
Pour Bosch, premier équipementier automobile mondial, l’enjeu est clair : réduire sa dépendance à une activité historique devenue moins porteuse. Le groupe rappelle que son métier automobile est fragilisé dans un secteur où la voiture se transforme progressivement en plateforme logicielle et où la guerre des prix s’intensifie, notamment face aux industriels chinois.
Dans ce contexte, la robotique apparaît comme un nouvel eldorado. « Avec l’avènement de de la robotique humanoïde, la demande de composants et de solutions Bosch augmente », souligne le président du directoire, Stefan Hartung.
Le groupe entend capitaliser sur son expertise dans les capteurs MEMS, ces microsystèmes électroniques indispensables pour donner aux robots davantage de précision et de sensibilité. Lors d’un événement organisé à Berlin, Stefan Hartung a illustré leur rôle concret : grâce à ces composants, un robot « peut déterminer, comme nous les humains, s’il doit resserrer sa prise ou non, s’il s’agit d’un objet robuste, ou s’il doit agir avec finesse parce que c’est un œuf ».
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Bosch estime que cette technologie pourrait ouvrir un vaste marché. Citant une étude du cabinet Yole Group, le groupe allemand indique que le marché mondial des capteurs MEMS pourrait dépasser 19,2 milliards de dollars d’ici 2030. Depuis janvier, il collabore également avec la start-up allemande Neura afin d’entraîner des robots humanoïdes grâce aux données collectées auprès de milliers de salariés équipés de combinaisons de capteurs.
Cette stratégie répond aussi à des enjeux industriels internes. Selon Bosch, l’automatisation doit permettre de « renforcer la compétitivité » de ses usines allemandes et de « pallier la pénurie de plus en plus aigüe de main-d’œuvre qualifiée ».
Valeo surfe sur la vague de l’IA
Chez Valeo, la diversification emprunte une autre voie. L’équipementier français attire désormais l’attention des marchés financiers grâce à des activités qui n’ont, en apparence, plus grand-chose à voir avec l’automobile.
Le 3 juin dernier, son titre a bondi de plus de 18 % à la Bourse de Paris après plusieurs notes d’analystes mettant en avant son potentiel dans le refroidissement des infrastructures liées à l’intelligence artificielle. Selon JPMorgan, cité par Bloomberg, Valeo « devrait tirer profit du développement de l’IA » grâce à « ses solutions de refroidissement des batteries pour les centres de données ». Les analystes évoquent notamment un contrat de 225 millions d’euros signé avec un client nord-américain, sans investissement additionnel significatif.
La banque d’affaires Jefferies a également souligné le « potentiel de croissance » du groupe dans la « gestion thermique des systèmes de stockage d’énergie par batterie et de centres de données ». Selon elle, ces perspectives pourraient « commencer à se concrétiser pour Valeo au cours de l’année à venir » et « laisser entrevoir un nouveau potentiel de réévaluation » du titre.
Sortir du piège automobile
Ces initiatives illustrent une tendance de fond qui traverse l’ensemble de la filière européenne. Après plusieurs années marquées par la transition électrique, le ralentissement du marché automobile européen, les surcapacités industrielles et la montée en puissance des acteurs chinois, les équipementiers cherchent à monétiser leurs savoir-faire dans d’autres secteurs.
Leur avantage réside souvent dans des technologies développées à l’origine pour l’automobile : électronique embarquée, capteurs, gestion thermique ou automatisation industrielle. Autant de compétences aujourd’hui recherchées dans des marchés en forte croissance comme les centres de données, l’intelligence artificielle, les robots humanoïdes ou le stockage d’énergie.