Pourquoi le smic aurait dû rester régional

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Jusqu'en 1968, le smic était différent selon les régions, pour tenir compte des écarts de prix. L'uniformisation a été une erreur. Par Pierre-Yves Cossé, ancien commissaire au Plan

Le salaire minimum, de 1950 à 1968, n'était pas uniforme. La France était divisée en vingt zones de salaires et le salaire minimum variait -modérément- selon les zones, le salaire le plus élevé étant parisien. J'étais de ceux qui se battaient contre cette «  inégalité » et qui réclamaient l'uniformisation, par le haut évidemment, dans cette période de croissance rapide du pouvoir d'achat. Nous obtînmes gain de cause en 1968.

Le débat actuel sur le niveau du SMIC montre que nous avons eu tort. Sur un point majeur, celui du logement, les écarts, qu'il s'agisse de la disponibilité ou des prix, n'ont cessé de croître selon les villes et les territoires. Avec le SMIC actuel, il est très difficile de se loger et de vivre convenablement à Paris et dans certaines métropoles. Or cela l'est beaucoup moins dans de nombreuses petites villes.

 Difficile de revenir en arrière

Rétablir des zones de salaires, sur des critères objectifs, est une entreprise politiquement risquée (c'est un euphémisme) Ou alors, il faudrait franchir une étape dans la décentralisation et décider que le niveau du salaire minimum est fixé par la région.

Une différenciation en fonction du territoire et du coût de la vie serait cependant moins « discriminatoire » qu'une différenciation par l'âge (SMIC jeunes) alors que ces mêmes jeunes sont déjà pénalisés par l'abus des CDD, les stages non rémunérés, et du travail partiel imposé.

 Éviter les solutions uniformes et rigides

De cette « erreur » j'en ai tiré une leçon. Évitons le plus possible dans le domaine social les solutions uniformes et rigides. Donnons la plus grande place possible à l'expérimentation et à des modulations selon des critères, qui deviennent nombreux. Les réalités sociales sont de plus en plus hétérogènes et les exigences, individuelles et collectives d'une prise en compte de cette hétérogénéité de plus en plus fortes. D'aucuns s'inquiéteront du risque d'arbitraire qui pourrait en résulter et se plaindront d'une complexité administrative accrue. Mais c'est d'abord la société qui se fractionne de plus en plus et ce sont les différents groupes sociaux qui multiplient les revendications catégorielles. Les politiques publiques ne sont que le reflet de cet éclatement. Les grandes « machines » conçues à la Libération grincent de partout.

 Jouer la proximité

Pour limiter les inconvénients, il faut davantage prendre en compte le critère de la proximité. Plus les politiques sociales sont proches des bénéficiaires, plus les adaptations nécessaires sont aisées. La légitimité du pouvoir redevient de plus en plus liée à sa proximité. Les décisions des « bureaux parisiens » nécessairement ignorants du contexte local sont de moins en moins supportées. Pour chaque politique, essayons de déterminer le bon degré de proximité.

Aussi, je suis très réticent à l'égard de l'idée à la mode consistant à transférer les compétences sociales du département à la région, ce qui serait synonyme d'éloignement.

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Commentaires
a écrit le 09/05/2014 à 16:09 :
L'IR devrait tenir compte du coût de la vie selon le lieu d'habitation. Gagner 2000€ en IDF correspond à un SMIC en niveau de vie à la campagne (loyer, assurance, alimentation, impôts locaux, garde d'enfants...) Pourtant celui qui gagne 2000 € en IDFpaiera un IR du double.
a écrit le 09/05/2014 à 15:15 :
Il n'a toujours rien compris et continue dans le collectivisme administratif. Le SMIC est une forme de contrôle des prix dont on connait bien les effets délétères. Ce n'est pas en faisant une usine à gaz que l'on reviendra à l'efficience de l'équilibrage par la loi de l'offre et de la demande. Un SMIC qu'il soit régional ou sectoriel ou autre sera toujours soumis à des influences politiques et syndicales. Le résultat de ce contrôle des prix est qu'il y a beaucoup "d'invendus" en France, des chômeurs qu'aucun employeur ne veut ...
a écrit le 09/05/2014 à 9:18 :
comment faire avec moins 7 pour cent de salaries qui produis la richesse
quand ils sont plus de 15 en allemagne
a écrit le 09/05/2014 à 7:38 :
Le problème n est pas le SMIC le problème est l ensemble des charges que seul les travaiilleus du prives supportent...La France vie sur seulement 14% d actif du privé.
a écrit le 08/05/2014 à 19:46 :
Je vis a la campagne a 5 minutes a pieds de mon entreprise ou je suis payé au smic. J'ai ma maison je ne paye que les taxes et impots. Pas de frais de transport, un jardin des enfants scolarisés a coté et une bonne ambiance au travail. Mon patron m'a dit que si je voulais plus je pouvais aller voir ailleur et que si je me planté il me reprendrai. Difficile de se tirer.
a écrit le 08/05/2014 à 16:21 :
Excellent!!! On assisterait alors à ce qui se passe au niveau de la production à peu de valeur ajoutée au niveau mondial: les multinationales passent de la Chine, puis au Pakistan, Bengladesh... en fonction de l'évolution des coûts salariaux. Les usines délocaliseraient d'abord en Corrèze, puis en Finistère, puis... Le tout au fur et à mesure de l'évolution économique départementale et de l'évolution du smic qui s'en suivrait. On a déjà entendu des "économistes" dire des choses farfelues mais là...
Réponse de le 09/05/2014 à 9:01 :
Pour financer une re-localisation industrielle, il faut un differentiel salarial significatif (>30%), ce qui ne sera pas le cas entre regions francaises. En revanche cela peut permettre de maintenir de l' activite dans des coins de France semi-desertiques et a fort taux de chomage. pourquoi pas.
a écrit le 08/05/2014 à 14:17 :
Clair qu'il faut diviser pour mieux régner. Je vous rappelle que si Tobin avait pu mettre en place sa taxe mondiale sur la finance à l'époque de Roosevelt, le monde n'en serait pas là où il est actuellement. Sinon, je comprends que la crise actuelle fasse peur à votre cher (onéreux) système.
a écrit le 08/05/2014 à 13:47 :
Et pour la nourriture est ce que le prix pourrait aussi être local ? Après tous pourquoi paye on aussi cher les pommes acheté a Paris que dans la région d'où elles proviennent malgré qu'il n'y ait une grosse différence de de transport !
Réponse de le 08/05/2014 à 14:48 :
Votre commentaire est faux: la nourriture à Paris est globalement plus chère qu'en régions, et les prix, dans tous les cas, sont des prix de marché qui fluctuent dans le temps de manière significative en fonction de nombreux paramètres. Ceci n'a rien à voir avec le SMIC dont le montant est fixé par l'Etat.
a écrit le 08/05/2014 à 12:54 :
de 1968 à 71 j'étais dans une usine vosgienne d'un groupe d'équipements automobile .
j'étais apprécié par mon patron !
1968 mecano d'entretien (3 mois) chef d'équipe (3 mois)
1969 technicien méthodes (mission créer une nouvelle usine !
mon salaire ?
mécanicien coef 1.20
chef d'équipe coef 1.25
technicien 1.35
en 1970 j'ai demandé un augmentation: mon usine ayant été réalisée avec succès . réponse NON !
début 71 j'ai donné ma démission, j'avais trouvé un job au Havre avec le double de salaire .
réponse du PDG : "si je me mettais à bien payer les vosgiens, je serais foutu.... MAIS SI L'AIR DE LA MER NE VOUS CONVIENT PAS FAITES MOI SIGNE"
Un SMIC "régional" serait une imposture !
A part, peut être les loyers, le cout dela vie est le même dans toute la France
a écrit le 08/05/2014 à 11:07 :
en milieu rural, il faut impérativement un véhicule personnel pour se déplacer avec tous les coûts afférents + logement + moins de commodités qu'en milieu urbain : donc ce type de raisonnement confortable éloigné du terrain ne tient pas la route. De plus un sous SMIC et un super SMIC aurait pour effet inévitable une assignation à résidence : il serait de plus en plus difficile de rendre le smicard mobile. Toujours pareil ! on ne sait pas réfléchir politiquement sans sacrifier un groupe de personnes... ou alors il y a une réelle volonté de creuser le fossé entre cette "élite" et le "vulgus pecus" de façon que les sommets deviennent inaccessibles pour le peuple. Oui nous vivons éveillés une triste époque ! Quant à ceux qui donnent des conseils et des expertises, ont ils des revenus à 2 vitesses ?
Réponse de le 08/05/2014 à 11:41 :
Bon commentaire ! + 1
Réponse de le 08/05/2014 à 15:25 :
D'accord.
Un mythe voudrait que le coût de la vie soit moins élevé à la campagne ou dans les petites villes que dans les grandes métropoles, ce qui est inexact.
Essayez pour un couple de vivre à la campagne et de travailler sans avoir deux voitures. Essayez d'éviter un commerçant qui fait des prix trop élevés quand il n'y en pas d'autres. Et combien vous coûte le logement de vos enfants quand ils partent faire des études dans les grandes métropoles ?
a écrit le 08/05/2014 à 9:15 :
Le principal facteur de différence sur le cout de la vie vient du logement. Mais celui-ci peut etre plus variable dans une même region qu entre 2 regions différentes.
a écrit le 08/05/2014 à 8:44 :
Il vaut mieux vivre du RSA à Bésier que du SMIC à Nice.
a écrit le 08/05/2014 à 5:25 :
Ou la monnaie?
a écrit le 07/05/2014 à 19:27 :
"Sur un point majeur, celui du logement, les écarts, qu'il s'agisse de la disponibilité ou des prix, n'ont cessé de croître selon les villes et les territoires." : Il est dans cette phrase... Le vrai problème réside dans le fait que la rente dans l'immobilier paralyse toutes les zones où l'activité s'installe... Il suffit de voir la spéculation dans les villes comme Toulouse pour le comprendre mais ces rentes profitent à un trop grand nombre d'électeur pour qu'on ne les prive pas du droit de se goinfrer sur des biens de premières nécessités...
a écrit le 07/05/2014 à 19:06 :
Il est quand même curieux que malgré sa grande expérience, il recommande "une complexité administrative accrue" ! Il n'a pas encore compris que le voie de la complexité était sans issue ?...
a écrit le 07/05/2014 à 18:22 :
Il faudrait se demander aussi si la hausse du SMIC n'a pas été le "vrai" problème : presque personne payé réellement au SMIC en 1970 (en salaire annuel) contre environ 30% - si ce que l'on lit est exact - de nos jours ... outre l'effet de compression sur le bas de l'échelle des salaires, lorsque à l'embauche (il y en a malgré tout) vous proposez 50€ de plus que le SMIC mensuel vous passez pour un esclavagiste ...
a écrit le 07/05/2014 à 18:21 :
Une difference par region, tres bonne idee. Pourquoi ne pas aller plus loin avec une difference par secteur d'activite ?
Si la difference par age pose un clair probleme de discrimination arbitraire, autant differencier aussi le Smic par niveau d'experience/formation aussi.
Et la ca commence a ressembler de plus en plus a une usine a gaz qui emulerait un mecanisme de marche, autant laisser le marche faire le boulot.
La rigidite et l'uniformite sont synonymes de chomage, donc autant faire le contraire en liberalisant et en suprimant le Smic tout simplement.
Apres ca ferait monter les salaires des meilleurs employes et baisser ceux des mediocres, on risquerait de favoriser le talent dans ce pays: une sacre revolution apres 30 ans de socialisme mediocrisant...
Réponse de le 08/05/2014 à 9:32 :
Monsieur : j'achète !!
Réponse de le 09/05/2014 à 8:45 :
OK pour ne rémunérer les personnes qu'en fonction de ce qu'elles apportent par leur travail à l'économie....Vous aurez alors des surprises.
Réponse de le 09/05/2014 à 15:19 :
Vous vous égarez ... Le SMIC est une forme de contrôle des prix. Votre future usine à gaz administrative ne cherche qu'à singer les lois du marché libre sans son efficience. Elle sera de toute façon complètement soumise aux choix politiques, syndicaux et autres qui seront toujours mauvais et à courte vue. ce qu'il faut c'est baisser le SMIC globalement pour qu'il correspondent vraiment à un plancher inacceptable, pas qu'il servent de salaire de référence à l'embauche.
a écrit le 07/05/2014 à 18:00 :
Régionaliser le SMIC ou l'allocation universelle (RSA...) ne sert qu'à compenser une anomalie qui est que le coût du logement est le seul coût qui ne soit pas péréqué en France. Moi je propose plutôt d'universaliser le revenu de base (chacun est libre de travailler où il veut et ça ne modifiera ni son SMIC ni son RSA)..Mais de dépéréquer tous les coûts (réseau, accessibilité, etc...) en supprimant les dotations nationales au titre de l'égalité territoriale. Le système sera ainsi plus simple.
a écrit le 07/05/2014 à 16:22 :
Si les entreprises doivent moduler le salaire en fonction du lieu d'habitation du salarié, on n'est pas sorti de l'auberge. Les conditions de concurrence ne seraient d'ailleurs pas équitables non plus.
Réponse de le 07/05/2014 à 17:11 :
il ne sagit pas du lieu d habitation (usine a gaz en vue, mais du lieu de travail). c est deja le cas: a votre avis pourquoi les salaires offert a paris sont superieur a ceux de marseille pour le meme type d eposte ?
Réponse de le 08/05/2014 à 8:31 :
Vous en êtes resté à l'époque où tous les salariés d'une entreprise étaient au même endroit ?
Réponse de le 08/05/2014 à 11:47 :
parce que vous, vous êtes pour les salariés "globe trotters", un coup ici, un coup là bas, au gré de la délocalisation, ma foi ! bonjour la stabilité de la famille, bonjour le ras le bol, bonjour la merdouille en tous points de vue! chouette lka vie de célibat, sans doute si vous aimez bouger au gré du vent, c'est super chouette, quoique...mais en ayant une famille, des moufflets, une maison (normal, non ? ),re-bonjour l'angoisse ! pauvre monde!!!
a écrit le 07/05/2014 à 16:12 :
Il est régional: la région francaise, espagnole , luxembourgeoise,...
Tout est question d'échelle
Réponse de le 07/05/2014 à 17:55 :
Vous savez bien que les régions de notre future Europe seront plus nombreuses que cela : sur notre territoire encore capétien à ce jour il y en aura 11, après il faut ajouter les Länder, etc...
Réponse de le 08/05/2014 à 11:49 :
sensas! on va pas arrêter de voir du pays !! à bas les sédentaires !!!

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