Retour sur « Une lecture du Coran »

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Beaucoup de Français sont manifestement dans une phase de recherche et de doute, s'agissant des religions. De nombreux lecteurs ont commenté le texte "une lecture du Coran". Retour sur ces commentaires. Par Pierre-Yves Cossé, ancien commissaire au Plan

Selon « La Tribune » « Une lecture du Coran » aurait eu 200 000 lecteurs. C'est une performance dans un journal principalement économique et financier. Ce « succès » n'est pas accidentel. Il illustre un intérêt probablement durable pour l'Islam et les religions.

Ne sous-estimons pas l'effet de mode. Les articles abondent dans la presse de toute nature, quotidiens, magazines, revues. L'autre soir, cinq cents personnes-dans trois salles, sans compter des relais en province- écoutaient à la Faculté Jésuite, rue de Sèvres, Ghaleb Bencheik, fils de l'ancien recteur de la Grande Mosquée de Paris et frère de l'ancien mufti de Marseille ; à vrai dire, si l'on se fie aux questions posées, le public s'intéressait plus au sort fait par l'Islam aux minorités chrétiennes qu'à la religion islamique. Nos hommes politiques, habituellement silencieux sur les sujets religieux sont devenus loquaces et font un effort louable d'analyse et de compréhension, comme notre Ministre de l'Intérieur.

 Après la sortie de la religion, un mouvement inverse?

Au-delà des inquiétudes immédiates et légitimes sur la cohabitation avec l'Islam, il se pourrait que dans ce pays laïc, le plus avancé dans la « sortie de la religion » s'esquisse un mouvement inverse. Le christianisme n'avait, certes, pas disparu. Il existe une minorité de croyants, attachés à leurs convictions et engagés. Et il subsiste de façon diffuse une culture chrétienne qui influe sur la vie en société et sur les institutions. Mais pour la grande majorité des Français, la religion est affaire privée, qui n'a à intervenir ni dans la vie publique ni même dans les apparences extérieures (ce qu'une partie des musulmans a de la peine à comprendre).

Les religions laïques sont moribondes

Ce qui est nouveau, ce sont des questions que se posent un certain nombre de Français. Le triomphe de l'individualisme sous toutes ses formes conduit la société dans l'impasse et rend de plus en plus difficile le vivre-ensemble. Où trouver- une réponse ? Pas dans les »religions laïques » des moribondes. Même si le vocabulaire et les cantiques subsistent, plus grand monde, même chez les jeunes et à l'extrême gauche, ne croit à la Révolution et au Grand Soir. L'Anarchie et le Communisme ne sont des exutoires que pour un très petit nombre. La soif d'idéal, qui ne sera jamais complètement étouffée, ne trouverait-elle pas un apaisement dans le religieux ? Cette réponse est diffuse et elle n'est pas sans ambiguités ni risques. Ce pourrait être le temps , non d'un retour aux religions traditionnelles mais celui d'un essor des sectes ou de religions captées par les fondamentalistes.

Et les religions officielles sont-elles capables de répondre aux attentes de la société moderne ? On peut en douter, lorsqu'on les voit plus soucieuses de la défense exclusive de leur « fonds de commerce » et de l'institution. Signe le plus récent : l'église de France s'indigne avec une rigueur extrême contre l'éventualité de faire une place aux fêtes religieuses non chrétiennes dans des départements et territoires d'outre-mer, qui n'ont jamais été les fils aînés de l'Eglise. Ces églises ont devant elles un grand travail à accomplir.

Une phase de recherche et de doute

L'irruption de l'Islam dans la vie publique pourrait s'accompagner d'un réexamen de la place des religions, comme un élément structurant de notre vie collective, au grand désespoir des laïcs « durs ». Ce qui est sûr, c'est que la France est entrée pour longtemps dans une phase de recherche et de doute, individuel et collectif sur « son vivre ensemble ».
Cette attitude ouverte et interrogative est illustrée par le grand nombre de commentaires, qui ont suivi la parution d'«Une lecture du Coran ». Leur interprétation est délicate. Le commentateur n'est pas représentatif du lecteur moyen du journal et il écrit « à chaud » Recourant au pseudo, il peut invectiver en toute liberté.
La majorité des commentateurs serait de culture musulmane. Leurs réactions vont de l'approbation louangeuse à la critique acérée, certains mêlant les deux.
Parmi les « pour » une lectrice au nom à consonance arabe m'a remercié par le réseau Linkedin. Les « pour » ont loué mon ouverture sur l'autre, ma curiosité, mon honnêteté, l'importance que j'attachais à la liberté.

 Réponse aux critiques

Parmi les « contre » certains condamnent la démarche en elle-même :
-« Tu n'as pas le droit de commenter le Coran, puisque tu ne connais pas l'arabe et que tu n'es pas musulman » Moi, je lui reconnais parfaitement le droit de commenter les Evangiles et les paroles du Christ, quelle que soient sa religion et ses connaissances linguistiques. Le message de l'Islam est universel et s'adresse donc à chacun d'entre nous.
-« Tu n'as pas le droit d'écrire sur le Coran parce que tu es un amateur ignorant et que seuls des théologiens sont aptes à le faire ». Ce genre de propos, je l'ai entendu dans de nombreux domaines, pas seulement religieux. Je le réfute. Un « honnête homme » a le droit, voire le devoir de s'intéresser à tous les sujets, qui ont une implication pour lui. Ainsi, Emmanuel Carrère, qui n'est stricto sensu ni historien ni théologien, a publié « Le Royaume » sur les débuts du christianisme et en particulier sur Luc et Paul. Les experts ont constaté de nombreuses erreurs. N'empêche qu'un très large public a été très intéressé par un sujet qu'il ignorait.
L'honnête homme doit seulement satisfaire quelques exigences, d'abord un minimum d'empathie; si je considère que « la religion est l'opium du peuple » et que la soif de transcendance n'est que billevesée, mieux vaut que je m'intéresse à un autre sujet. Puis de la modestie, accepter de faire des erreurs et les reconnaître.
- « Le Coran, c'est fait uniquement pour être récité ou psalmodié ». Toute autre attitude serait incongrue. Pour moi, tout texte, même transmis par Dieu, peut être approché par l'intelligence et la raison. Si Dieu m' a doté d'une raison, c'est pour que je m'en serve.
- « La traduction que tu as retenue rend le texte incompréhensible et ôte tout intérêt à l'exercice » Il est probable que d'autres traductions sont plus claires. Celle de Jacques Berque a le mérite de rendre sensible la poésie du texte.

Une "complaisance" à l'égard de l'islam?

D'autres critiques, plus ponctuelles, sont mieux fondées. Reproche de « superficialité » par exemple sur la femme, d'autant plus exact que je n'ai pas lu les « hadiths » Superficialité aggravée par de la « partialité » Partialité, oui, au sens où mon positionnement est personnel et influe sur ma vision. Partial, peut-être mais honnête.
Reproche « d'erreurs » probablement pertinent, quoique les exemples donnés ne soient pas tous pertinents, comme l'ont fait remarquer d'autres commentateurs. Il n'y aurait pas de « contradictions » alors que sur l'usage de la violence à l'égard des gens du Livre, les positions du Prophète ont changé selon les circonstances. « Le Coran aurait été assemblé durant la vie du Prophète » La plupart des commentateurs estiment qu'il s'est fait du temps des califes.

Un certain nombre de commentateurs, apparemment non musulmans, m'ont reproché ma « complaisance » à l'égard de l'Islam. Les crimes commis au nom de l'Islam leur paraissent suffisamment nombreux et graves pour qu'il soit inutile d'examiner un arbre qui produit de tels fruits. Illusion de croire qu'une condamnation globale et sommaire suffise à traiter le problème.

Pierre-Yves Cossé
Mars 2015

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Commentaires
a écrit le 10/03/2015 à 20:01 :
Je ne partage pas les opinons émises dans cet article ; la 1ère est que le socle de nos sociétés est bien judéo-chrétien même si n'en a pas toujours conscience. Toute notre société est imprégnée de christianisme en dépit de la Révolution de 1789 et de la loi sur la laïcité de 1905. Dire qu'il subsiste de façon "diffuse" une culture chrétienne relève au mieux de l'enfumage. Il y a environ 40 000 églises en France qui ont façonné une histoire bimillénaire. De plus la loi sur la laïcité a été facilitée au nom du fameux « rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu », conception qui est totalement étrangère à l'islam qui ne dissocie pas le domaine temporel du domaine spirituel. Par ailleurs on ne comprend pas en quoi certaines religions qui refusent la liberté de conscience au croyant peuvent être qualifiées de religion. Dans certains pays musulmans l'apostasie est punie de mort conformément aux préceptes coraniques ou alors c'est la mort économique et donc sociale. Le seul point avec lequel je suis d'accord avec l'article c'est lorsqu'il dit que «  l'irruption de l'Islam dans la vie publique pourrait s'accompagner d'un réexamen de la place des religions, comme un élément structurant de notre vie collective, au grand désespoir des laïcs durs ». En d'autres termes c'est le recul de la laïcité au profit d'un « religion » comme élément fondateur d'un autre type de société. Effrayant.
Réponse de le 11/03/2015 à 14:00 :
C'est faux, notre socle n'est pas judéo crhétien, terme inventé et qui ne veut rien dire. Nos sociétés sont faites par la tradition paienne des druides gaulois et de leur culture ancestrale, des dieux paiens, des dieux grecs et romains. Nos lois furent créees à Rome. Nos traditions ne viennent pas de Palestine ni de Jésus, un juif de l'époque, mais des romains, des germains, des gaulois paiens. De meme le christianisme est une sorte de judaisme ,de meme que l'islam qui est la meme chose que le judaisme, et leurs mentalités sont du moyen orient.
Réponse de le 11/03/2015 à 20:44 :
Judéo-chrétien signifie que les racines du pays sont chrétiennes et juives. Le christianisme est greffé sur le judaïsme, religion où il plonge ses racines. Le Pape Jean Paul II disait en 1986 lors de sa visite dans la synagogue de Rome : « La religion juive ne nous est pas ‘extrinsèque‘ mais, en un certain sens, elle est ‘intrinsèque’ à notre religion. Nous avons donc à son égard, des rapports que nous n'avons avec aucune autre religion. Vous êtes nos frères préférés et dans un certain sens, on pourrait dire nos frères aînés.» C'est on ne peut plus clair. Concernant les influences d'autres cultures et religions il est vrai que le pays des francs a été traversé par divers courants notamment celui des grecs et des romains. Cette période concerne l' « enfance » du pays des francs. La période qui a suivi durant 1500 ans a été façonnée par le catholicisme et dons le christianisme.
Concernant l'islam, c'est une autre affaire. Cette « religion » a phagocyté de l'ordre de 70% le christianisme et le judaïsme avec d'importantes déformations à la clé. Excepté l'excision et l'abattage rituel, islam et judaïsme n'ont rien à voir ensemble. Mais libre à vous de croire ce que vous voulez.
Réponse de le 12/03/2015 à 11:09 :
Votre discours me rappele celui des sionistes qui veulent protéger Israel et créer le choc des civilisations entre chrétiens et musulmans.
Je n'adhère pas à votre exclusion de l'islam, car pour moi, c'est un monothéisme identique au judaisme et au christianisme. De plus, Israel n'a rien à voir avec le fait d'etre juif ou pas. Le choc des civilisations que vous semblez proner est contre les valeurs de tolérance des religions.
Et vous niez que la première religion des indo européens est le polythéisme, les romains croyaient en plusieurs dieux et étaient plus tolérants que les monothéistes qui n'aiment qu'un seul dieu. La chute de l'empire romain fut provoqué par le christianisme importé directement de la Palestine antique. Et le christianisme moyen-oriental fut imposé par les armes et la force aux paysans paiens d'Europe.
Réponse de le 12/03/2015 à 19:03 :
@colombeblanche
" Votre discours me rappelle celui des sionistes qui veulent protéger Israël et créer le choc des civilisations entre chrétiens et musulmans". - Le choc des civilisations a commencé depuis un moment déjà, même si vous ne semblez pas
le voir. Pour le reste je n'ai pas l'intention de palabrer avec vous sur un thème aussi grave. J'ai donné mon point de vue sur l'article sans plus. Je vous suggère toutefois d'échanger avec vos interlocuteurs avec moins de passion et d'agressivité car lorsqu'on est dans le passionnel on ne raisonne plus.
a écrit le 08/03/2015 à 11:35 :
Merci encore une fois pour l’honnêteté. Je vous assure qu'il y a tellement d'objectivité dans vos écrits sur l'Islam et le Coran que même vos détracteurs ne sauraient ignorer et vous la reconnaissent. Encore une fois merci pour ces éclairages au milieu d'un abysse d'amalgames entre Islam et terrorisme.
P.s. pourquoi doit-on passer par Yahoo pour vous lire.? On ne lit pas malheureusement. on surf!
a écrit le 07/03/2015 à 22:39 :
Oui avec le dialogue en peut résoudre toutes les questions "problèmes", par contre il faut pas dire que chacun peut interpréter le Coran sans acquérir les sciences de base dans ce domaine. Le Monsieur qui a écrit cet article a exprimé ses idées envers le Noble Coran pas plus, et jamais était un expert ou un islamologue pour discuter ses conclusions.
En outre, les traductions du Noble Coran sur les marches en France n'ont pas crédibles et jamais était des références pour des multiples raisons.
a écrit le 07/03/2015 à 12:25 :
Monsieur,

Je vous remercie d'avoir partagé votre sentiment sur le Coran, et sur les réactions que votre article a suscité.

Sachez que je respecte votre opinion : je viens en effet d'un vieux pays, qui a su faire cohabiter les différentes religions du temps où il s'étendait des deux côtés de la Méditerrannée. Il avait ainsi inauguré à sa manière, pour le meilleur, et bien avant les Européens, une instance particulière de laïcité.

Sachez également qu'en Islam, l'effort intellectuel consistant à se forger une opinion rationnelle sur un problème quel qu'il soit (y compris religieux) est récompensé quel que soit le résultat : la sincérité dans l'effort de la recherche constitue une valeur coranique cardinale. Cette sincérité est récompensée même si le raisonnement (sincère) abouti à une conclusion erronée, ceci afin que tout homme se sente libre de réfléchir aux questions qui suscitent son intérêt. Le monde islamique médiéval a ainsi produit jusqu'à 19 écoles de jurisprudence différentes, soit autant de façons de comprendre et d'interpréter le message coranique... Aujourd'hui, il n'en reste plus que 4... Et je vous fais grâce des mathématiciens, médecins, astronomes, chimistes et autres philosophes !

Je voudrais contribuer modestement à votre réflexion au moyen d'une entrée bibliographique. Je crois en effet que la grande difficulté sur ce sujet, c'est d'avoir accès au travail des précédents chercheurs de toute spécialité. L'autre question importante me semble être le lien entre les religions célestes (Judaïsme, Christianisme et Islam) et les autres croyances existant dans le monde. Ici se posent deux obstacles majeurs : d'une part, la connaissance d'un grand nombre de langues vivantes pour l'accès aux sources, d'autre part la maîtrise des fondamentaux de la recherche scientifique moderne (telle que pratiquée par les Grecs dans l'Antiquité, les Musulmans au Moyen-Age, et les Européens, Américains, Asiatiques à l'ère moderne).

J'ai le plaisir de vous indiquer qu'un tel travail a été accompli... par un chercheur méconnu du CNRS ! Il a effectué une traduction du Coran, dont les commentaires devraient vous interpeller. Je serais donc ravi de connaître votre ressenti sur la lecture de la traduction du Coran de l'arabe au français effectuée par Hamidullah, et publiée par le Club Français du Livre (1ère édition en 1959, seconde édition en 1978).
J'attire encore une fois votre attention sur les commentaires à la marge que le traducteur a faits, et qui devraient intéresser l'homme curieux d'origine chrétienne que vous êtes. Dernière remarque : la plupart des traductions en français qui circulent depuis sont basées sur celle-là, moyennant la censure de ces fameux commentaires, ou la reformulation de la traduction de certains versets.

Bonne lecture !
a écrit le 06/03/2015 à 20:45 :
Les religions commencent à être plus qu'usantes. Que les croyants se battent entre-eux, mais, sans nous.
Réponse de le 09/03/2015 à 14:51 :
@yvan: c'est un peu là le problème, nous vivons dans un pays laïc, mais on focalise sur les Musulmans: il faut leur construire des mosquées, des piscines pour leurs femmes aux frais du contribuable, et en prime, on est des racistes. Personne n'oblige personne à rester que je sache !!! Vais-je chez eux demander des cathédrales ou des restaurants qui servent des côtes de porc avec un verre de côte du Rhône ??? Si je le faisais, mon expulsion serait immédiate...si en plus on ne me coupait pas la gorge :-)
a écrit le 06/03/2015 à 20:02 :
si l'adresse mail est obligatoire c'est sûr le nombre de commentaires va décroitre à la vitesse de la lumière, bravo la liberté d'expression a encore progressé en France, quant à la Tribune c'est une drôle de manière de récompenser ceux qui ont permis à ce journal de devenir un bon journal. Je vous souhaite néanmoins une bonne continuation.
Réponse de le 06/03/2015 à 20:47 :
La Tribune était le seul site autorisant les commentaires sans mail. Ce qui est critique dans certains cas et donne un boulot bien plus important en tri.Voyez ailleurs et revenez.
a écrit le 06/03/2015 à 14:43 :
Quand on met l'homme au service de l’économie, la concurrence ne fait qu'amplifier le triomphe de l'individualisme! Il n'y a pas de surprise!
Mélanger religion et laïcité c'est vouloir porter a confusion!

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