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OpinionsInside Davos

Davos 2013 en cinq questions

Philippe Mabille

Publié le 27 janvier 2013 à 12:41 - Mis à jour le 27 janvier 2013 à 12:47

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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C'est sur un soleil éclatant que s'est achevée cette 43ème édition du Forum économique mondial à Davos. Les participants venus de 100 pays sont repartis de la petite station des Grisons suisse avec un peu de baume au coeur et un vent d'optimisme a soufflé pendant les cinq jours du forum, malgré les interrogations et les doutes. Le fait que plus de 2500 décideurs venus du monde entier aient partagé cet espoir d'une reprise est en soi plutôt une bonne nouvelle pour l'économie mondiale, puisqu'ils en sont,...

1 - La croissance mais quelle croissance ?

Le thème générique de Davos cette année était la résilience dynamique. Résilience, c'est à dire capacité de s'en sortir, après le choc de quatre années terribles qui ont tout changé pour l'économie mondiale. Un point a fait consensus. On ne reviendra pas en arrière, aux conditions qui ont fait l'extraordinaire croissance des années 2000. Il faut donc aller de l'avant, continuer les réformes, continuer à s'adapter à un monde toujours plus concurrentiel et complexe. C'est le dynamisme, que l'on a senti à Davos surtout en écoutant les nombreux dirigeants des pays émergents. Eux, c'est sûr, ne nous attendront pas. Ils piaffent et s'impatientent devant les lenteurs de l'Occident à se réveiller. On a ainsi vu le gouverneur de la banque centrale d'un grand pays africain se moquer de la façon dont l'Ouest a géré la crise. "Nous, quand nous avons pris des banquiers en faute, nous les avons jugés et mis certains en prison..." Ambiance.

Quelle croissance, c'était la question de ce Davos 2013. Une croissance plus responsable, avec tous les enjeux du développement durable. Les entreprises s'inquiètent des risques climatiques, après une année 2012 qui a frappé durement : sécheresse puis tempête tropicale gigantesque en Amérique. Mais le climat, on en parle parce que le réchauffement menace désormais les pays riches. Le discours d'investiture d'Obama, qui a fait de cette question une priorité de son deuxième mandat a été salué, comme une prise de conscience nécessaire. Mais sera-t-il suivi d'effets ?

Une croissance plus inclusive aussi. C'est ainsi que de nombreux pays émergents, de plus en plus "émergés" d'ailleurs, en parlent. Avoir des taux de croissance élevés, c'est bien, mais il faut surtout se poser la question de la qualité de cette croissance ont expliqué les dirigeants chinois, comme Yi Gang, le gouverneur de la Banque de Chine. Certes, la Chine espère toujours faire encore 8% de croissance cette année, soit deux fois et quelque plus que la moyenne mondiale estimée par le FMI à 3,5%. Mais il va falloir s'habituer à une normalisation de cette croissance, et la Chine va devenir une économie dont le moteur reposera à l'avenir beaucoup plus sur la demande intérieure et la consommation que sur les exportations (elle représentent toutefois encore 7% du PIB du pays...). Le Nigeria espère lui être la Chine de demain, avec une Afrique "nouvelle usine du monde", parce que les salaires chinois vont augmenter inéluctablement et que le potentiel de main d'oeuvre bon marché se trouve dans le continent africain (plus de 2 milliards d'habitants, soit un doublement, en 2050). Le président du Nigeria invite l'occident et la Chine à un effort massif d'investissement en infrastructures, en formation de la population, afin d'éviter à la croissance de buter sur des goulets d'étranglement. "Si nous y parvenons, nous aurons une croissance à deux chiffres dans le courant de la décennie", prévient le ministre des finances du Nigeria. C'est la nouvelle fierté africaine qui a émergé à Davos.

Une croissance lente, avec des taux d'intérêt bas, est-ce la nouvelle normalité à l'Ouest ? On en a beaucoup parlé à Davos, de cette incapacité de l'occident à retrouver le dynamisme d'antan. C'est que tous les pays y sont confrontés aux même défis : vieillissement de la population, explosion des dépenses sociales (retraite, chômage) et de la dette. L'économie, à l'ouest, repose sur les seules épaules des banques centrales et cela ne pourra pas durer éternellement, chacun l'a bien compris. Pierre Moscovici croit en une reprise lente de la croissance en France, fin 2013. Christine Lagarde, aussi, même si le FMI a annoncé en plein Davos qu'il prévoyait une nouvelle récession de 0,2% pour la zone euro. Mais, prévient-elle, attention, en 2013, ce sera "make or break". Ca passe ou ca casse. Les pays occidentaux doivent continuer les réformes structurelles et conserver l'élan ("Keep the momentum"). Le principal risque, à l'ouest, c'est la fatigue des gouvernements et des opinions face à des efforts continuels et une austérité en apparence sans fin. Comme l'a expliqué Mario Monti, les efforts payent, mais à long terme. Tout le problème des gouvernements est de tenir dans la période de transition et cela leur demandera beaucoup de courage et de capacité de conviction.

2 - la crise financière est-elle finie ?

C'est le patron de Goldman Sachs, la banque américaine, élue la pire entreprise de 2012 avec le géant pétrolier Shell par une association liée à Greenpeace, qui l'a dit. "The worst is over". Le pire est derrière nous mais la situation n'est pas totalement réglée pour antant. D'abord parce que les banques n'ont pas totalement achevé le rééquilibrage de leurs bilans. Certes, en valeur relative, leurs ratios de capital et de liquidité s'est amélioré, et beaucoup peuvent affirmer qu'elles respectent les engagements de Bâle III. Mais en réalité, en valeur absolue, le levier ("Leverage") reste encore trop important dans les banques qui n'ont pas encore purgé les années d'endettement excessif du temps de la bulle des années 2001 à 2008.

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On va dans la bonne direction, indique un expert de la Banque des réglements internationaux, mais pas assez vite. Pour Axel Weber, président de la banque suisse UBS et ancien président de la très orthodoxe BUndesbank allemande, en innondant les banques de liquidités, les banques centrales n'ont fait qu'acheter du temps et repousser un problème qui risque de ressurgir un jour encore plus gros qu'avant. La grande tendance dont a parlé Davos, c'est celle de la déglobalisation de la finance, avec le retour des logiques nationales. On l'a vu avec le refus des banques américaines d'appliquer les règles de Bâle III, mais aussi avec la multiplication des législations bancaires nationales. On va vers une finance plus fragmentée qu'avant la crise, c'est la conséquence des excès de la globalisation financière. Mais ce n'est pas bon pour la croissance mondiale, car les nouvelles régulations imposées à la finance rendront plus difficile le financement des entreprises. Regulez-nous, mais régulez-nous bien, et surtout, décidez-vous sur un cadre stable pour que les affaires puissent reprendre, ont plaidé les nombreux banquiers venus à Davos faire du lobying auprès des gouvernements et des régulateurs.

3 - L'Europe est -elle tirée d'affaire ?

Si une région du monde méritait bien ce terme de résilience, c'est bien l'Europe dont on ne donnait pas cher lors de la précédente édition. Le docteur Doom ("catastrophe"), l'économiste Nouriel Roubini, qui avait prédit l'éclatement de l'euro, était plus discret sauf sur twitter pendant ce Davos 2013. Mario Draghi, tout auréolé de son aura de sauveur de la monnaie unique, a souligné l'impact décisif des actions de la BCE mais indiqué que c'était désormais aux gouvernements de finir le travail. On ne peut pas tout attendre de la BCE, a -t-il indiqué, soulignant que son objectif stratégique en 2013 serait de mettre fin à la fragmentation des taux des dettes souveraines en euro. Ainsi, le programme dit OMT de rachats sans limites des dettes des pays européens restera en place aussi longtemps que persistera un risque de rechute dans la crise mais sera toujours conditionné à des engagements des gouvernements dans un programme d'aide. La principale inquiétude de la Banque centrale : la fragilité de l'économie réelle. Le grand débat de ce Davos a donc porté sur le policy mix, le bon dosage entre soutien monétaire et consolidation budgétaire.

L'important est surtout de mener des réformes structurelles pour renforcer la compétitivité. Angela Merkel, la souveraine de Davos l'a répété pour son troisième discours consécutif au Forum économique mondial. Les pays européens doivent faire leurs "devoirs". Mario Monti n'a pas tenu un discours différent, tout comme David Cameron, qui a mis la pression sur l'axe franco-allemand en justifiant ainsi le référendum qu'il a annoncé pour 2017 sur la participation du Royaume-Uni à l'Union européenne. En clair, soit l'Europe change et devient un grand marché intérieur compétitif dans la mondialisation. Soit elle meurt et le Royaume-Uni ne prendra pas part à ce suicide... Face à cette alliance Merkel, Cameron, Monti, la France, grande absente de ce Davos 2013, malgré la présence du ministre de l'économie Pierre Moscovici, semble prise entre trois fronts.

4 - Les banques centrales sont-elles encore indépendantes ?

A entendre Mario Draghi, oui, la BCE agit dans le cadre des traités sans influence aucune des gouvernements. Mais le risque d'une "capture" des politiques monétaires par les gouvernements a été évoqué à de nombreuses reprises dans les débats de Davos. Il y a plusieurs arguments qui plaident en ce sens : la politique de quantitative easing de la Fed, désormais subordonnée à un objectif de taux de chômage de 6,5% est déjà en soi une révolution. La politiique économique du nouveau gouvernement Japonais Abe est aussi en accusation, puisque la Banque du Japon a décidé elle aussi de faire du soutien monétaire à outrance pour aider l'économie japonaise à sortir du marasme. La principale conséquence est l'affaiblissement du yen, d'où la crainte du déclenchement d'une guerre des monnaies en 2013. La Banque d'Angleterre aussi, dont le nouveau et futur gouverneur, en juillet prochain, Mark Carney, ancien gouverneur de la Banque du Canada, a fait forte impression à Davos, alors qu'il vient de faire un discours laissant entendre que la Banque d'Angleterre allait relever ses objectifs d'inflation dans une fourchette de 1 à 4%. Un représentant du gouvernement japonais a longuement défendu les "Abenomics", la stratégie de relance décidée au pays du soleil levant, en expliquant que le Japon avait décidé de prendre à bras le corps le défi de la sortie de 15 ans de déflation et qu'un objectif de 2% d'inflation était une cible acceptable pour une économie développée. Après tout, c'est celui visé par la Fed et la BCE. Sauf que 2% d'inflation dans un pays dont les prix sont constamment en recul depuis des années, c'est beaucoup.

Et si la sortie de la crise de la dette passait par plus d'inflation ? Les créanciers des Etats-Unis, la Chine, s'en inquiètent alors que la plache à billets tourne à plein régime outre-Atlantique. C'est moins vrai en Europe où la BCE va commencer à reprendre, ce mercredi, une partie des 1000 milliards de dollars prêtés aux banques. La stratégie macro-économique européenne est plus sage que celle menée aux Etats-Unis, mais elle est moins efficace pour relancer l'économie. Tout le problème sera de trouver le bon dosage entre la politique fiscale et la politique monétaire. Une chose semble sûre : le désarmement des politiques accomodantes des banques centrales prendra du temps. Et ce d'autant que le message du FMI sur l'austérité budgétaire s'est un peu atténué. S'étant rendu compte qu'il s'est trompé sur l'impact récessif du désendettement à marche forcé, le FMI vient de changer de pied en indiquant que si elle reste incontournable, la réduction des déficits doit avoir un rythme adapté à la conjoncture. C'est-à-dire pas trop vite, sinon, l'Occident risque de plonger dans une troisième récession ("triple dip").

5 - Y aura-t-il une guerre des monnaies ?

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Alors que les négociations commerciales multilatérales à l'OMC sont au point mort, malgré une tentative de Davos de réveiller le cycle de Doha, la question commerciale sera aussi un des grands sujets de 2013. On va vers la multiplication d'accord commerciaux biilatéraux. Cameron a plaidé comme Merkel pour que l'accord entre l'UE et les Etats-Unis progresse cette année, mais il bute toujours sur l'agriculture et les services. Il y a plus d'espoir sur les négociations entre l'Europe et le Japon. Le risque protectionniste demeure néanmoins le démon du World Economic Forum et il sera difficile à éviter. La question de la manipulation des taux de changes a ainsi été au coeur des débats, avec la mise en accusation de la stratégie de yen faible du gouvernement japonais. Mais l'appréciation de l'euro face au dollar inquiète aussi les industriels européen. Néanmoins, si on regarde plus près, les deux pays dont le taux de change s'est le plus déprécié en terme réel ne sont pas les Etats-Unis et le Japon, mais la Corée du sud et... le Royaume-Uni. Comme quoi David Cameron, qui a certes séduit le Forum économique mondial par un discours offensif et dynamique, n'est peut-être pas le mieux placé pour défendre le fair trade et le libre-échange... Perfide Albion, tu es toujours là !

Philippe Mabille

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