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OpinionsInside Davos

Larry Summers : ce qui pourrait mal tourner pour l'économie mondiale en 2013

Larry Summers, ancien conseiller de Barack Obama

Publié le 24 janvier 2013 à 06:54

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En partenariat avec Project Syndicate, nous publions à l'occasion de cette 43ème édition du World Economic Forum les points de vue de cinq "davosiens" célèbres. Aujourd'hui, Larry Summers, ancien conseiller économique de Barack Obama et secrétaire au Trésor pendant les années Clinton.

Cette année a commencé sur une note d'optimisme prudent pour l'économie mondiale. L'Europe n'est plus au bord du gouffre, les Etats-Unis ne se sont pas fracassés contre la falaise budgétaire, le Japon évolue vers un changement de stratégie économique et la Chine semble se redresser.

Aux Etats-Unis, les indicateurs des marchés financiers sont proches de ce qu'ils étaient avant la crise et l'attente de volatilité est à un niveau très bas. La plupart des grandes institutions financières sont mieux capitalisées qu'elles ne l'ont jamais été depuis longtemps. Les bilans se sont redressés et beaucoup d'acteurs sont inondés de liquidités. 2013 ne sera sans doute pas une année phare, mais elle pourrait être la première année de la période de post-crise.

Il est vrai que presque partout l'environnement politique reste difficile. Les Etats-Unis seront confrontés à trois défis budgétaires avant fin mars : l'absence d'une autorité légale pour payer la dette, l'absence d'un budget effectif pour l'Etat fédéral et la perspective inquiétante de coupes budgétaires automatiques. Des élections cruciales s'annoncent en Italie et en Allemagne. Le nouveau gouvernement chinois accède au pouvoir alors que l'opinion publique s'indigne comme jamais auparavant de la corruption et de l'enrichissement frauduleux des hauts responsables. Et au Japon il n'est pas sûr que les clivages politiques permettront une gouvernance stable dans les années à venir.

Mais existe aussi la perspective d'un cercle vertueux dans lequel la reprise économique suscite une politique plus attirante, susceptible de réduire les incertitudes et de donner à son tour un coup de fouet supplémentaire à la reprise. Au moins jusqu'à présent, les pires craintes quant aux répercussions politiques négatives que peuvent engendrer les mauvais résultats économiques ne se sont pas matérialisées - même en Grèce. C'est pourquoi, sauf si quelque chose tourne vraiment mal, je pense que la politique ne sera pas un obstacle à la reprise de l'économie mondiale.

Malheureusement, bien d'autres choses peuvent mal tourner. Ainsi, chaque grande région du monde affiche sa propre stratégie de croissance apparemment convaincante, mais il n'est pas sûr qu'elles soient compatibles entre elles. Les économistes ne s'accordent pratiquement que sur un seul point : "la somme de toutes les balances commerciales doit être nulle". En corollaire, à toute hausse de la croissance engendrée par les exportations dans un pays donné doit correspondre dans un autre une production insuffisante par rapport à la demande. Aussi un grand problème se pose maintenant à l'économie mondiale : nombre de pays prévoient de baser la croissance sur une augmentation des exportations, mais rares sont ceux qui envisagent de réduire leur compétitivité ou d'accroître leurs importations.

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Début 2010, le président Obama a fixé l'objectif ambitieux de doubler les exportations américaines fin 2014. Plus qu'à mi-chemin de cette période de cinq ans, les Etats-Unis sont en voie d'y parvenir, ce qui implique que la croissance des exportations est supérieure à celle des importations et à celle de la croissance dans l'économie mondiale.

En Europe, la seule manière dont les pays de la périphérie en difficulté peuvent éponger leur dette et d'avoir un excédent commercial. L'Allemagne est réticente à diminuer sa compétitivité et la Banque centrale européenne semble indiquer qu'elle restera très souple en matière de politique monétaire. Autrement dit, les pays européens ont eux aussi une stratégie de croissance basée sur les exportations.

En Asie, le nouveau gouvernement du Premier ministre Shinzo Abe a déjà diminué la valeur du yen et encouragé les exportations en favorisant la relance en mettant les mesures de relâchement monétaire au centre de sa politique, tandis que les derniers chiffres produits par la Chine, montre que ses exportations croissent plus rapidement que ce qui était prévu.

Dans ces conditions, d'où viendra le supplément d'importations nécessaire à une augmentation des exportations ? Peut-être un fléchissement du cours des matières premières doperait-il les importations d'autres biens et la position commerciale des producteurs de matière première pourrait-elle basculer vers une baisse de leur excédent. Mais l'exemple du passé ne permet guère d'espérer des matières premières moins chères dans le contexte d'une économie mondiale vibrante.

Peut-être les pays émergents en plein boom attireront-ils les flux de capitaux qui financeront d'importants déficits commerciaux liés notamment à l'achat direct ou indirect de moyens de production. Cela sera-t-il suffisant pour répondre aux attentes des pays économiquement plus importants ? Il est très probable que des pays qui se voudraient des champions de l'exportation soient déçus de constater que l'augmentation de compétitivité sur laquelle ils comptaient ne se matérialise pas.

C'est pourquoi on fait fausse route à ne pas se préoccuper des conséquences de l'austérité en raison du passé. Un seul pays ou une seule région qui consolide sa position financière ou qui se désendette dans le contexte d'une économie mondiale prospère peut s'attendre à ce que la baisse de ses taux d'intérêt entraîne un affaiblissement de sa devise et une amélioration de sa position commerciale. Mais les grands pays développés ne peuvent espérer cela dans le cadre d'une économie mondiale en difficulté. La politique d'austérité d'un pays entraîne des coûts externes liés à la réduction de la demande pour les produits des autres pays. En ce sens, c'est une politique du chacun pour soi qui pourrait se renforcer si l'expansion monétaire compense les mesures d'austérité.

Les conséquences pour les responsables politique sont claires. Sans doute plus que jamais depuis plusieurs années, le succès de l'économie mondiale devra-t-il reposer sur une coordination internationale destinée à éviter un excès d'austérité. En 2013, le G20 et le FMI auront pour tâche essentielle de veiller à ce que les stratégies des différents pays et régions ne soient pas simplement judicieuses à leur niveau individuel, mais aussi cohérentes au niveau global. Sinon, l'équation de la croissance mondiale pourrait ne servir à rien.

Lawrence H. Summers a été secrétaire du Trésor américain de 1999 à 2001 et directeur du Conseil national américain de 2009 à 2010. Il a également été président de l'université de Harvard où il est actuellement professeur.

Copyright: Project Syndicate, 2013.
www.project-syndicate.org

Larry Summers, ancien conseiller de Barack Obama

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