Wall Street 3.0 et le retour de la croissance aux Etats-Unis

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La crise financière aux Etats-Unis,s'était traduite en 2008 par la raréfaction des crédits aux petites et moyennes entreprises. Alors que les banques françaises peinent à prendre le risque de subvenir aux besoins de trésorerie des entreprises, un coup d'oeil outre-Atlantique permet de comprendre comment les Etats-Unis ont réussi à inverser la tendance. Entre la mise en place de système de financement spécifiques, et l'arrivée à Wall Street de nouveaux investisseurs pour les entreprises en difficulté, la Bourse semble profiter aux PME et ETIs...

S?il est une antienne maintes fois répétée au sujet de la crise financière de 2008, c?est bien le tarissement du crédit dans le système économique qui fut son corollaire, et notamment le retrait des banques du marché de l?octroi de prêts aux petites et moyennes entreprises.

Le système américain profite à ses ETIs
Depuis lors, et ce dans le monde entier, la vitalité des marchés obligataires et de la titrisation immobilière ont permis à deux types d?agents, les grandes entreprises d?un côté, et de l?autre les emprunteurs hypothécaires, d?utiliser à plus ou moins bon escient la pompe revigorée du crédit. Force est de constater cependant que les PME et ETIs, elles, n?ont pu bénéficier de cette appétit pour le rendement des investisseurs obligataires. Cette situation est cependant en train de changer aux Etats Unis, à l?aune non seulement d?un système de shadow banking florissant (bien que critiqué) que de l?utilisation d?outils spécifiques.

Il convient avant toutes choses ici de signaler que le contre argument immédiat, qui consisterait à asséner que les flots de liquidités injectés par la Fed entrainent ipso facto l?ouverture abondante du robinet du crédit pour tous, est fallacieux : en effet, des taux bas de par l?Europe et le Japon ne profitent pas aux ETIs de ces pays, ce qui veut donc dire que les mécanismes de transmission ne sont pas si évidents. Quelles sont donc les changements intervenus dans le système financier américain depuis 2009 qui ont profité aux ETIs ?

Un shadow-banking salutaire
En premier lieu, les banques elles-mêmes ont désormais apuré leurs bilans, n?hésitant pas à céder de larges blocs de leurs créances problématiques en 2010 et 2011 à des acheteurs plus spéculateurs (hedge funds, private equity, banques étrangères, structures ad hoc de recouvrement). De facto, elles ont pu repartir tabula rasa et reconstituer leurs portefeuilles de prêts avec de nouveaux emprunteurs corporate. Par ailleurs, le marché de la titrisation a enfin repris, sans les excès pré-bulle, avec un renouveau des prêts d?entreprises regroupés en Collateralized Loan Obligations (CLOs).

Ces titres, liquides, ont eux bénéficié de la vitalité des marchés obligataires et donc l?appétence des investisseurs pour le rendement a pu ainsi indirectement profiter à une myriade d?emprunteurs de taille modeste dont les créances sont à nouveau regroupées en titres obligataires. Par ailleurs, le retour modeste des banques sur le marché des prêts aux ETIs est pour partie compensée par l?arrivée de nouveaux acteurs: hedge funds, fonds de dettes (direct lending), private equity, une myriade d?investisseurs specialisés dans les prêts aux entreprises en difficultés. On a vu aux Etats Unis des institutionnels se lancer dans des placements privés de dettes sur des blocs modestes ($10mln) si le coupon paraissait satisfaisant.

Des financements spécialisés pour les ETIs
Les Etats Unis, en plus de ce système de shadow banking bien plus développé qu?en Europe, possèdent aussi soit des préteurs semi-bancaires mais spécialisés sur les ETIs (comme CIT, remarquablement sorti d?une procédure de faillite), soit des sociétés de prêts aux ETIs sans dépôts, les fameuses BDC (Business Development Corporation) que nous avions présentées dans un précédent article pour la Tribune : les Ares, AIV, American Capital, jouent un rôle primordial dans l?expansion des sociétés dont l?Excédent Brut d?Exploitation se situe entre $2 et $10mln. Goldman Sachs et les principales firmes de Private Equity ont des projets de cotation de nouvelles BDC au cours des prochaines semaines, ce qui devrait accroitre les options pour les emprunteurs.

Certes, certains déploreront le retour d?outils (titrisation, assurances des nouveaux prêts par CDS, rôle des hedge funds) impliqués dans la crise financière de 2007-08 dans cette bonne tenue du marché du crédit aux ETIs aux Etats Unis. Mais compte tenu de la bonne transmission à l?économie réelle, les Européens ne peuvent qu?admirer le rôle central de Wall Street dans la relative bonne tenue des Etats Unis dans le marasme mondial actuel.
 

Sébastien Laye est l?auteur de « Stratégies d'Investissement : Les secrets de la fortune des hedge funds »


 

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Commentaires
a écrit le 03/06/2013 à 17:24 :
Les titrisation, cds et consorts, c'est reparti pour un petit tour. A quand la prochaine crise financière venue d'Outre-Atlantique?
a écrit le 03/06/2013 à 16:27 :
ce qui est évident c'est que les gosses économies ont besoin d'investissement massifs pour se réorganiser et se moderniser. Les manufacturiers, les services entrent dans une période charnière de leur développement avec automatisation maximum des process. ça nécessite de l'investissement et le Japon l'a bien compris. L'agriculture dans 20 ans sera également pratiquement totalement automatisé et les labo agro japonais utilisent les premiers robots cueilleurs et dans les hôpitaux des robots brancardiers. Pendant ce temps en Europe, on saque avec les plans de rigueur dans les secteurs qui seront l'avenir. Au USA on investi dans l'indépendance énergétique et les lignes de train hautes vitesse. Ceux qui investissent vont se placer et pouvoir dégager du cash.
a écrit le 03/06/2013 à 15:47 :
Rien compris.
Réponse de le 12/07/2016 à 18:06 :
On devrait remplacer les agents publics avec leur faible productivité au congé à durée indéterminée et à la culture de l'absentéisme par des RSA qui ne demandent qu'à travailler avec un salaire décent cela serait une excellente idée pour faire des économies à l'état, de plus, gagnerait en productivité et l'usage s'épargnerait du m'en foutisme du fonctionnaire.

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