WhatsApp : une bonne affaire pour Facebook. Même pour 19 milliards !

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En Silicon Valley, seuls les paranoïaques survivent. Mark Zuckerberg a clairement démontré qu’il fait bien parti de cette catégorie des survivants à tout prix... | REUTERS
En Silicon Valley, seuls les paranoïaques survivent. Mark Zuckerberg a clairement démontré qu’il fait bien parti de cette catégorie des survivants à tout prix... | REUTERS (Crédits : Reuters)
Le montant astronomique payé par le réseau social de Mark Zuckerberg ne serait, finalement, pas si cher payé pour ce que peut rapporter Whatsapp... Explications de Dominique Piotet, CEO de Rebellion Lab.

C'est la nouvelle de la semaine dernière  en Silicon Valley: le rachat pour 19 milliards de dollars de l'application de messagerie via mobile WhatsApp. Le plus gros rachat pour Facebook, après s'être offert Instagram pour plus d'un milliard en avril 2012.

Et l'opération donne le tournis! Est-ce trop cher payé? Est-ce irrationnel de la part de Facebook ? Est-ce simplement raisonnable de racheter une entreprise qui n'a pas encore de revenus et dont le business model semble bien léger (refus absolu de la publicité, gratuité la première année puis 1 dollar par an…). Et surtout, est-ce un des signes annonciateurs de plus d'une nouvelle bulle internet, que tout le monde semble craindre dans le monde…sauf en Silicon Valley?

 

Une nouvelle bulle?

D'abord, ce rachat est-il le signe supplémentaire d'une bulle?  S'il semble partout ailleurs totalement irrationnel de racheter 19 milliards une entreprise qui n'a pratiquement pas de revenus, il ne semble pas que ce soit le cas en ce moment dans la Baie de San Francisco, qui semble vivre une course aux acquisitions. Mais souvenons-nous de 2000. AOL est racheté par Time Warner pour 160 milliards de dollars. Steve Case a réussi le coup du siècle…mais Time Warner aura du mal à s'en remettre et la bulle internet est déclenchée.

Mais voilà, il y au moins deux différences de taille: Time Warner ne comprenait rien à l'internet de l'époque et le marché n'était pas là.  Aujourd'hui, ce sont des entreprises sœurs qui se rachètent avec une vision assez claires des complémentarités d'offres possibles. Les rachats sont bien plus stratégiques qu'ils ne l'étaient en 2000.


Il faut suivre l'audience

Enfin, l'audience est là, et elle continue de croître dans des proportions exponentielles. Comme on se plait à le dire dans la Valley : cette application « scale » ! Ce n'était certainement pas encore le cas en 2000.

Dans le cas de WhatsApp, nous parlons d'une application qui a déjà 450 millions d'utilisateurs, dont 70% l'utilisent quotidiennement (300 millions), et qui gagne un million de nouveau utilisateurs par jour. Le volume d'échange sur l'application est déjà équivalent au volume d'échange mondial de SMS. C'est d'ores et déjà l'équivalent de la taille du troisième pays au monde! Et du jamais vu en terme de croissance pour une application. A ce stade, WhatsApp est sur la route du milliard d'utilisateurs. Impossible à ignorer pour Facebook, lui-même déjà dans la catégorie du milliard et dont, nécessairement, les utilisateurs sont pour un part non négligeable aussi des utilisateurs de WhatsApp. Mark Zuckerberg a appris une grande leçon des années AOL: il faut suivre l'audience!

 

Une bonne affaire pour Facebook?

Pour autant, 19 milliards, n'est-ce pas une somme délirante? En fait, si on projette la trajectoire d'audience de WhatsApp, c'est peu cher! Aujourd'hui (chiffres de juillet 2013), un utilisateur de Facebook vaut environ 98 dollars si on s'en tient à la valorisation de l'entreprise en bourse. Un utilisateur de Twitter est valorisé autour de 110 dollars et un utilisateur de LinkedIn autour de 93 dollars. Bref, autour de 100$. En payant environ 42 dollars l'utilisateur, Facebook fait donc plutôt une bonne affaire, surtout si on regarde le potentiel de croissance de WhatsApp.

Ensuite, Facebook doit renforcer sa position sur mobile, coûte que coûte. Sa faiblesse d'origine lui a coûté une introduction en bourse a moitié réussie et il aura fallu 18 mois à l'entreprise pour se rattraper, dans un de ces revirements stratégiques et technologiques qu'on ne voit guère qu'en SIlcion Valley. Aujourd'hui, Facebook est bien présent sur le mobile mais sa position doit se renforcer à tout prix. L'acquisition de WatsApp est donc bien stratégique.

Enfin, Facebook paye une grande partie de cette acquisition en actions. Le compte en banque de Facebook compte plus de 11 milliards de dollars, ce qui rend la partie en cash du deal (4 milliard) facile à payer. Pour le reste, avec une valorisation au 20 février de 175 milliards de dollars, le montage de l'opération ne devrait pas poser de problème. En ce sens, ce deal ne met pas Facebook en danger

 

Seuls les paranoïaques survivent

Surtout, ce deal rassure le fondateur de Facebook, qui s'inquiète de voir des services potentiellement concurrents de son audience se développer. Andy Grove, le co-fondateur d'Intel, est connu pour avoir dit qu'en Silicon Valley seuls les paranoïaques survivent. "Zuck", comme on le surnomme ici, a clairement démontré qu'il fait bien parti de cette catégorie des survivants à tout prix. Par la même occasion, il est en train de prendre la stature d'un vrai grand patron, et cela, c'est nouveau. On l'a vu évoluer avec les années mais voilà, c'est fait: il est enfin mûr.

Reste à savoir comment Facebook va intégrer WhatsApp. Pour le moment, les deux entreprises resteront distinctes, mais cela ne semble pas tenable à terme. Or le risque en intégrant, et notamment en appliquant le modèle publicitaire de Facebook, c'est de tuer la poule aux œufs d'or. Comme d'habitude dans ce genre d'opération, tout est dans l'exécution. Et Facebook n'est pas encore maître en la matière. Vu le prix payé, il faudra quand même que cela marche…

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Commentaires
a écrit le 27/02/2014 à 19:46 :
C'est le genre de montage qui me fait penser à une structure pyramidale ! Mais pour être aussi assertif, il faudrait bien entendu réunir tous les ingrédients... Il reste donc à trouver les gogos du business, et la boucle sera bouclée... (pardon la bulle, la cavalerie, la pyramide, m'enfin c'est vous qui voyez après tout !)
a écrit le 27/02/2014 à 16:27 :
L'auteur est-il sérieux quand il dit qu'il n'y a pas de bulle internet, et qu'il continue en justifiant le prix de rachat de WhatsApp par la valorisation boursière de facebook, twitter et linkedIn ??
Si oui, c'est inquétant.... Personne dans la Tribune n'est là pour relire les articles publiés avec un minimum de sens critique ?
Réponse de le 03/03/2014 à 8:55 :
Il n'y a pas de bulle internet , mais il y a une bulle des sites sociaux.
Cette bulle-là éclatera avant toutes les autres.
a écrit le 27/02/2014 à 12:01 :
considérant d'origine que la validation de FB est une vaste blague puisque FB ne rapportera jamais en bénéfices cash ne serait ce que le 10eme de sa valeur, le rachat en cascade qui est constitué essentiellement par des actions FB revient à acheter de la roupie de sansonnet avec de la monnaie de singe. Il est d'ailleurs symptomatique que jamais FB n'aurait pu acheter Whatsap s'il n'avait pas été introduit en bourse.
a écrit le 27/02/2014 à 0:27 :
Shangai Kid a oublié de mentionner que les Analytics démontrent que la publicité sur mobile passe très mal. Pas de retour sur investisement à ce niveau. Ou alors , insuffisant .
a écrit le 27/02/2014 à 0:24 :
Andy Grove a raison...et Zuckerberg a aussi raison d'être paranoiaque...
Les investisseurs estimaient s'être fait "Zucked" , lors de l'introduction de Facebook.
Depuis , il a acheté Whatsapp à un prix grotesquement élevé.
Et le coeur de clientèle de Whatsapp sont d'anciens utilisateurs de Facebook qui ont fui un site où " ils se retrouvaient nez à nez avec leurs parents". Donc , " ça craint".
Additionnellement , l'arnaque sera éventée puisque seul facebook peut acceder aux résultats des pubs payantes.
Additionnellement , l'arnaque peut durer encore un temps mais les américains disposent d'Analytics , qui traquent chaque dollar investi dans une campagne publicitaire. Avec retour sur investissement.
Eventuellement , les usagers de Whatsapp peuvent migrer de nouveau , ce ne sont pas les applications de messagerie qui manquent.
Rationnellement , "Zucker" apparait comme un paranoiaque instable , entièrement occupé à préserver son entreprise et perdant tout autre considération de vue.
Ce n'est pas exactement ce que la communauté financière , qui décide du sort des sociétés apprécie , à New-York.
Par conséquent...oui , Facebook va droit vers son déclin annoncé.
A Wall-Street , si on veut survivre , il faut être fort , équilibré , analytique et...un vieux loup.
a écrit le 26/02/2014 à 23:13 :
Avec les rumeurs persistantes de problèmes de fiabilité des clics, et donc des profils, pour la pub (j'ai d'ailleurs découvert à cette occasion que les conditions de FB interdisaient d'utiliser des vérificateurs extérieurs pour attester de la validité des clics vendus... si c'est le cas, c'est quand même gênant) il se pourrait qu'une telle acquisition soit une question de survie pour FB tout simplement.

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