Singapour, le Google de la politique

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Singapour est aujourd'hui l'un des rares Etats à encore bénéficier d'une notation AAA de la part des trois principales agences de notation.
Singapour est aujourd'hui l'un des rares Etats à encore bénéficier d'une notation AAA de la part des trois principales agences de notation. (Crédits : © )
La condamnation récente, à Singapour, d'un homme à 12.800 euros d'amende pour avoir jeté des mégots dans la rue peut paraître grotesque. Elle ne doit pourtant pas masquer l'extraordinaire réussite du pays.

En France, la ville-Etat de Singapour n'est souvent perçue que comme un petit confetti folklorique, connu pour prohiber la vente de chewing-gums et offrir une discrétion toute helvétique à ceux qui souhaitent optimiser leur patrimoine.

Ce serait pourtant faire injure à ce pays que de s'arrêter là. Singapour est en effet plus que ça. C'est une success story politique et un destin hors du commun, qui rappelle celui de ces start-ups parties de rien et qui, souvent, doivent tout à la vision de leurs dirigeants historiques.

Un extraordinaire succès économique

La réussite économique de Singapour est en tout point extraordinaire. Lors de son indépendance en 1965, le territoire a un PIB équivalent à celui d'une autre ancienne colonie britannique, la Jamaïque (devenue indépendante trois ans plus tôt). Aujourd'hui, cinquante ans plus tard, Singapour a un PIB plus de 20 fois supérieur.

La comparaison avec la Malaisie - dont Singapour faisait partie jusqu'en 1965 - permet également de mesurer le chemin parcouru. Alors que les deux pays avaient un niveau de vie comparable dans les années 60, le PIB par habitant de Singapour est aujourd'hui cinq fois plus important. Le chômage y est en outre extrêmement faible (2,8% de la population active) et des champions nationaux, comme Temasek dans l'investissement ou Singapore Airlines dans le transport aérien, se sont imposés depuis longtemps déjà comme références mondiales dans leurs secteurs respectifs.

Une excellente gestion du pays

Singapour est aujourd'hui l'un des rares Etats à encore bénéficier d'une notation AAA de la part des trois principales agences de notation. Plus étonnant encore, il fait en outre, selon Transparency International, partie des pays les moins corrompus au monde. Il est 7ème du classement, loin par exemple devant la France (21ème) ou les Etats-Unis (18ème) ; un comble lorsqu'on songe aux critiques faites - parfois avec raison - sur le manque de caractère réellement démocratique du régime singapourien.

Les infrastructures du pays sont excellentes, notamment en matière de santé. Le pays est, derrière Monaco et le Japon, le 3ème endroit du monde où l'on vit le plus vieux. Après avoir vu la qualité des hôpitaux locaux, le milliardaire Jim Rogers, ancien complice de Soros, confiait d'ailleurs dans son livre Street Smarts qu'il ne voulait plus jamais se faire soigner dans un autre pays.

Un succès dans la douleur

Le destin de Singapour s'est pourtant affirmé dans la difficulté. Le premier Premier Ministre du pays, Lee Kwan Yew était d'ailleurs à l'origine opposé à la séparation d'avec la Malaisie, pensant qu'un pays si petit et sans ressources naturelles n'aurait aucune chance de survie à long terme. Menacé un temps par ses voisins malaysien et indonésien, le pays a en outre dépensé (et dépense encore) beaucoup d'argent dans son armée.

Malgré les doutes et les difficultés, Lee Kwan Yew s'est engagé avec courage pour son nouveau pays. En ce sens, son parcours ressemble à celui de Steve Jobs ou de ces fabuleux entrepreneurs qui se battent - souvent seuls contre tous - pour imposer leur vision. Il n'est d'ailleurs pas étonnant que ses seules idoles politiques soient Churchill, de Gaulle et Deng, trois personnages qui, chacun de façon différente, ont su redresser des situations que tous jugeaient perdues.

Il serait compliqué de citer ici de façon exhaustive les ingrédients du succès de Singapour. On pourra néanmoins rappeler que Lee Kwan Yew a souvent préféré l'action au verbe et le pragmatisme à l'idéologie. Qualifié par ses détracteurs, tantôt de gauchiste (lorsqu'il impose à la fin des années 60 un partage des terres au profit des plus démunis, expliquant que la jeune république n'a d'avenir que si tout le monde a le sentiment d'en faire partie), tantôt d'ultralibéral (lorsqu'il se bat pour maintenir des impôts faibles et limiter l'intervention de l'Etat), Lee Kwan Yew a réussi, en insistant sur la stabilité juridique et sur une éducation de qualité, à attirer les investissements extérieurs et à transformer le pays, d'abord en dragon asiatique et aujourd'hui en centre financier.

Et si Singapour doit répondre aujourd'hui à de nouveaux challenges (comme la faible natalité et l'accroissement des inégalités), il serait injuste, à cause d'une amende incroyable, d'oublier la réussite de ce pays et le mérite qui en revient à son dirigeant historique.

Depuis Hong Kong, Charles-Henri Larreur

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a écrit le 16/03/2015 à 16:37 :
Il y a parmi vos lecteurs un grand connaisseur de Singapour, c'est M. Alain LAMBERT notre brillant ancien ministre du Budget.

C'est à mon avis un des français les mieux à même de s'exprimer sur Singapour, d'ailleurs ses enfants vivent là bas.

La fille A une "boîte" de communication, les beau-fils est un des cadres de BNP PARIBAS ASSET MANAGEMENT.

De grands connaisseurs de la vie d'expatrié.
a écrit le 04/02/2015 à 7:51 :
L'auteur de cet article oublie de mentionner que Singapour est le pays au monde qui pratique le plus la peine de mort (par rapport au nombre d'habitants), que la presse est muselée par l'Etat, que les partis politiques d'opposition n'ont presque pas la possibilité de s'exprimer, que les élections sont truquées, que c'est un des paradis fiscaux les plus importants au monde, que les chatiments corporels font partis de l'arsenal répressif des juges... Mais bon, les milliardaires sont contents de s'y faire soigner et la population peut assouvir ses pulsions consuméristes...
Réponse de le 05/02/2015 à 7:16 :
vous semblez reprocher à Singapour d'être "un paradais fiscal important". Mais que voulez-vous dire par là ? Que les impôts en général (et sur le revenu en particulier) y sont faibles ? C'est juste. Mais ou est le problème ? Le gouvernement Singapourien gère bien les comptes publics, et dégage chaque année des excédents qui sont ré-investis. La monnaie est stable, le chomage est de 2%, la croissance de l'économie oscille chaque année entre 3% et 5%. Avec ce genre d'économie florissante et un gouvernement responsable (= qui ne dépense pas systématiquement plus qu'il ne gagne), il est plus facile de maintenir des impôts faibles. Mais ils existent. Je ne vois donc pas ou est le "paradis fiscal".
Je crois que la France pourrait prendre des leçons de gouvernance et de gestion des deniers publics auprès de Singapour (comme de la Suisse). Ces "petits" pays savent gérer leurs budgets, contrairement à la France. Singapour a d'ailleurs un fort système redistributif vers les plus pauvres. La France creuse chaque année de 80-100 Milliards d'Euros sa dette, et les intérêts de la dette sont devenus depuis quelques années le premier poste du budget de l'Etat. Quelle honte.
Avec cette irresponsabilité des gouvernements français successifs, la France va continuer sa chûte et celle du pouvoir d'achat des Français.
Le fait que la presse soit muselée ou qu'il existe encore le système du "caning" (héritage colonial) sont dans ce contexte assez secondaires. La criminalité est insignifiante à Singapour, et les locaux s'en réjouissent. Les prisons sont quasi-vides et la police est très discrète. Singapour est chaque année dans le top 5 des villes les plus agréables à vivre (établi par The Economist sur une centaine de critères).
A voir l'Etat de siège des grandes villes françaises ou la Police (depuis des années) et l'armée (depuis quelques semaines) sont omniprésentes à chaque coin de rue, je ne sais pas quel système est le meilleur...
La peine de mort est peu utilisée à Singapour, presque uniquement dans les cas de traffic de drogue. Singapour est ainsi un des rares pays développés qui ne connaisse pas de problème lié à la drogue (ghettos, délinquance, mafias, etc).
a écrit le 03/02/2015 à 15:10 :
Ce n'est peut-être pas un confetti ,mais il faut comparer ce qui est comparable :Singapour:699 km2 France 549 000km2 (en comparaison c'est un peu plus que le territoire de Belfort :609 km2 Soit pour un pays 785 fois plus petit il est 13 fois plus peuplé (en comparaison ).Le système économique est complètement faussé .D'ailleurs regardez la différence avec la Jamaïque .Cet article est de la propagande pour ce pays et pas plus ,donc je l'élimine.(dans l'esprit naturellement )
Réponse de le 08/02/2015 à 8:59 :
Comment serait-il possible qu'une petite portion de France s'inspire de Singapour, déclare son indépendance par rapport au reste du pays (qui pourrait continuer à voter socialiste ou front national, si ça lui chante) pour se gouverner aussi efficacement que Singapour ?
a écrit le 03/02/2015 à 6:50 :
Singapour a dû faire face à une forte immigration depuis 10 ans, qui a notamment vu l'arrivée de 2 millions de Chinois de Chine. Ceux-ci arrivent avec leur habitudes, mais n'ont aucune idée des pratiques locales à Singapour en ce qui concerne la propreté et l'hygiène, la façon de se comporter en public, etc. C'est dans cette phase de la vie locale, que de très nombreux Singapouriens se sont plaints depuis des années de voir des ordures jetées par les fenêtres des immeubles, des mégots par terre, de l'urine dans les ascenseurs, etc. Le gouvernement a réagi. L'immigration a été -temporairement- fortement ralentie. Des campagnes d'éducation sur la propreté ont été relancées.
La forte amende infligée récemment a un individu qui jetait toutes ses poubelles par la fenêtres de son immeuble va dans ce sens. Elle est destinée à donner un signal fort. Elle est largement approuvée par la population.
Le système de santé Singapourien est, comme le logement, largement segmenté. Les locaux (Singapouriens) et les autres. Les locaux peuvent bénéficier de subventions massives dans tous les domaines de la Santé (services de santé publics). Les personnes agées (génération des Pionniers de plus de 65 ans) ne paient presque rien. Les riches Singapouriens et étrangers, eux, bénéficient d'un autre système entièrement privé, qui leur assure des soins dans des établissements 5 étoiles et très chers (un autre domaine ou Singapour rejoint la Suisse). Les "étrangers pauvres" se retrouvent au milieu, pas vraiment bienvenus.
a écrit le 02/02/2015 à 21:50 :
C'est marrant comme la connaissance d'un pays semble se résumer à trois articles lus sur wikipédia (apparemment) et des infos à deux balles de seconde main. Je suis proprement outré de constater le manque de recherches sérieuses du journaliste dans le domaine de la santé dans ce pays, quand par exemple l'auteur de cet article sans la moindre référence claire sur le sujet nous apprend que les gens extrêmement riches se font soigner efficacement, ce qui est bien le moins, mais il oublie de dire que le commun des mortels, dans ce pays, peuvent crever aux urgences ou l'attente dépasse parfois les 24 heures (l'info ici étant récente et confirmée par des gens qui, eux , savent.) Pour le reste des conclusions de l'article, pour le moins hâtives et dénuées de la moindre profondeur en termes d'arguments, je préfère encore me taire, ça vaudra mieux...
Réponse de le 04/02/2015 à 18:37 :
Vous connaissez Singapour ? Ma femme et ma belle famille sont singapouriens, et je connais Singapour depuis 30 ans. Oui, c'est une réussite fabuleuse, ne vous en déplaise, mais vous préférez peut-être notre situation économique si démocratique en France.
a écrit le 02/02/2015 à 15:08 :
notamment par les déjections canines, il faut croire que les amendes pratiquées ici n'ont aucun effet dissuasif.
Réponse de le 03/02/2015 à 14:12 :
Promenez-vous avec un fusil, vous verrez que les propriétaires de chiens seront beaucoup plus coopératifs... et responsables.
Réponse de le 08/02/2015 à 9:09 :
La France est un pays en voie de sous-développement socialiste... et elle crache sur tout ce qui se développe réellement et efficacement.
La France aime la médiocrité et elle s'y enfonce allègrement.

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