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OpinionsLa Tribune des Municipales 2014

Municipales 2014: Quelle maire pour un Paris plus "smart" ?

Photo de Jean-Pierre Gonguet

Jean-Pierre Gonguet

Publié le 17 février 2014 à 10:28 - Mis à jour le 24 février 2014 à 15:36

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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L'économie n'est pas un thème porteur en campagne électorale pour les municipales. Mais si les principales prétendantes, Anne Hidalgo et Nathalie Kosciusko-Morizet, en parlent assez peu, c'est que le rôle du maire de Paris en la matière est en train de changer radicalement. Faute de moyens financiers, la capitale doit construire son développement en partenariat avec le secteur privé. En particulier pour rattraper son retard dans la smart city, la « ville intelligente ».
« L'économie ? L'attractivité de Paris ? Franchement, cela n'intéresse pas grand monde dans une campagne municipale. Même à Paris. Et surtout pas chez les CSP+ ! Les enquêtes d'opinion sont sans appel : personne n'associe le maire de Paris à l'attractivité économique de la capitale. »

L'aveu émane du coordinateur du programme de l'une des deux candidates majeures à la mairie de Paris. Son alter ego du camp d'en face est en phase avec lui. Il en rajoute même un peu :

« Si l'économie n'a jamais permis de gagner une élection municipale, elle peut en faire perdre... »

Les dossiers économiques sont en effet à manier avec des pincettes. Ils sont même parfois à oublier. Nathalie Kosciusko-Morizet est ainsi intimement convaincue qu'une ville-monde n'existe pas si elle n'est pas une grande place financière. Pour elle, Paris ne peut plus se contenter d'être une place de seconde zone, derrière Londres et même Francfort, siège de la BCE. Seulement voilà : la franche aversion des citoyens envers la finance lui interdit d'évoquer le sujet. À moins de se tirer une balle dans le pied. Elle se contentera donc d'effleurer la question au détour d'un meeting, pas plus.

Même souci chez Anne Hidalgo, qui peut oublier certains débats au sein même de son camp pour ne pas froisser l'électorat. Exemple : en période financière tendue, estil judicieux d'afficher 30% de logements sociaux dans la capitale, de vouloir acheter du terrain pour construire dans Paris intramuros alors qu'à quelques centaines de mètres, de l'autre côté du périphérique, on peut, comme le dit un député socialiste parisien, « construire dix fois plus de logements pour le même prix ».

Ou, encore plus iconoclaste : pourquoi, en plein coeur de Paris, à quelques minutes à pied de la Sorbonne, de l'école des Mines et du CHU de Cochin, construire des logements sociaux sur le superbe emplacement de l'hôpital Saint-Vincent-de-Paul plutôt qu'un centre de recherche, un cluster scientifique que le monde entier nous enviera ? Anne Hidalgo ne remettra donc pas en cause le dogme de la mixité sociale de Paris et Nathalie Kosciusko-Morizet ne plaidera pas pour une place financière retrouvée.

Dès 2016, la concurrence de la future métropole

La difficulté est d'autant plus grande que les élections municipales de 2014 sont tout à fait singulières. L'une et l'autre candidate savent que le poste qu'elles briguent n'est plus du tout celui occupé par Jacques Chirac et Bertrand Delanoë. Le 1er janvier 2016, la métropole fonctionnera et Paris lui aura transféré sa compétence en matière de logement. La compétence en matière de développement économique devrait suivre. Bien sûr, il y aura des aménagements.

Tout cela se fera sans brutalité, la mairie de Paris comme les autres communes définira son PLU, mais il devra être compatible avec celui de la métropole étalé dans le temps. Le Paris de 2016 ne sera plus le Paris de 2014, la capitale perdra une partie sensible de ses leviers d'action économique traditionnels. Soyons honnêtes : il est difficile de mener une campagne en expliquant que d'ici deux ans un président de la métropole aura peut-être plus de pouvoir que soi-même ! C'est ce qui donne ce goût un peu étrange à la période actuelle. Comme le glisse un proche de NKM, « on est un peu obligés de faire comme si... ».

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Du coup, on candidate encore un peu à l'ancienne. Nathalie Kosciusko-Morizet a chaussé les bottes du maire « porteur de grands projets » : couverture du périphérique, réaménagement de certaines Portes de Paris, reconstruction de Bercy-Charenton ou transformation de la Petite Ceinture en voie cyclable. Mais si la plupart de ces projets ne sont ni raisonnablement chiffrés ni vraiment budgétés, ils ne sont surtout absolument pas à l'horizon d'une mandature. Le périphérique ?

« D'ici cinquante ans » glisse la candidate. La construction d'un nouveau quartier sur dalle à Bercy-Charenton sur la rive droite ? Son pendant, rive gauche avec la Grande Bibliothèque, a été lancé en 1988 et il n'est toujours pas fini. Alors, la rive droite...! Anne Hidalgo ne l'a guère suivie sur ce terrain : le projet de transformation de l'avenue Foch n'est pas le sien alors que, comme NKM, elle avait depuis longtemps rencontré les promoteurs.

Elle se présente plus comme une « réaménageuse » (places de la Bastille, de la Nation ou à Montparnasse) qu'une bâtisseuse.

En filigrane, apparaissent deux conceptions du rôle économique du maire de Paris. Nathalie Kosciusko-Morizet, qui a toujours reproché à Bertrand Delanoë de « n'être jamais allé à l'étranger avec des chefs d'entreprise en deux mandats », souhaite devenir l'ambassadrice de Paris à l'étranger. Une super VRP redonnant à la ville son aura perdue. À l'anglo-saxonne, comme le maire du Grand Londres qui « vend la marque Londres » dans le monde.

Anne Hidalgo est peut-être plus dans une approche « bottom up » (« du bas vers le haut »), plus organisatrice d'écosystèmes, de méthodes de travail nouvelles et collaboratives. Elle préfère mettre l'accent sur le milliard qu'elle veut dépenser dans la « ville intelligente » que sur les grands projets.

Un milliard disséminé dans tous les budgets de la ville, du logement aux voies urbaines, ce qui le rend particulièrement difficile à tracer. Ces différences tiennent autant à la personnalité des candidates qu'à leur couleur politique. Mais elles témoignent aussi d'un débat de fond, absent de la campagne municipale : comment gère-t-on une ville-monde ?

Comment développe-t-on économiquement une ville comme Paris avec des finances publiques comprimées et des investissements privés rares et à la recherche surtout de retours sur investissements rapides, qui ne correspondent en rien au temps long de l'aménagement urbain ? Comment, enfin, décide-t-on un investissement dans l'urbain alors que plus personne n'a le droit à l'erreur.

Paris libéré... mais Paris privatisé ?

Les grands acteurs privés de la ville pouvaient, lors des Trente Glorieuses, se tromper dans un aménagement urbain ou une construction immobilière, il suffisait souvent de passer un autre contrat et de rectifier le tir, car la collectivité était riche et l'État dispendieux. « La fête » est finie : chaque investissement doit désormais être juste, chaque euro dépensé, utile. Et, comme toutes les métropoles dans le monde, Paris se développera désormais sur une complémentarité public-privé.

Certains économistes, comme Isabelle Baraud-Serfaty commencent à évoquer une « privatisation de la ville ». Aucun jugement moral, juste un constat. L'exemple le plus connu à Paris, c'est bien sûr JCDecaux avec le Vélib' et surtout, en 2014, le mobilier urbain digitalisé. Le n° 1 mondial du mobilier urbain installe des abribus digitaux, verse une redevance à la ville, et se rémunère sur la publicité. Idem avec le Vélib' entièrement financé par la publicité et dont les abonnements vont à la ville.

JCDecaux, le Google de l'abribus ?

Le modèle peut monter en puissance tant que la publicité finance : en 2014, JCDecaux installe ainsi une centaine d'écrans digitaux dans les abribus (les recettes publicitaires escomptées ne peuvent pour l'instant en financer plus). L'idée la plus novatrice est que le donneur d'ordres, la mairie, garde le contrôle du contenu. Pour le maire, le contrat a du sens s'il permet d'offrir aux Parisiens des services utiles qui, eux, auront ensuite une incidence sur la fluidité de la ville, sur son attractivité et donc, in fine, des conséquences économiques et sociales. Le marché est contrôlé par le donneur d'ordres, les développements en deviennent plus cohérents.

Depuis un an, JCDecaux a ainsi pu avoir un terrain de jeu, dérogatoire par rapport aux règlements, pour étudier les usages des Parisiens. Parallèlement, la mairie de Paris, les services de la voirie essentiellement, étudie la possibilité d'installer des « small cells » dans ce mobilier urbain. Ces petites antennes radio, parfois à peine plus grandes qu'un paquet de cigarettes, faciles à installer partout, permettront d'étendre et d'améliorer la connexion au réseau Internet et mobile. L'avantage est qu'elles ne présentent aucun danger par rapport aux « big cells », les antennes surpuissantes installées un peu partout en hauteur dans Paris et qui pourront ainsi être détruites. Si la prochaine maire de Paris demande à JCDecaux d'installer ces « small cells », elle offrira un service à tous les Parisiens et l'économie du système sera trouvée par JCDecaux dans la location de leur accès aux opérateurs. Et JCDecaux deviendra alors le « Google de l'abribus », s'ouvrant de nouveaux marchés considérables à l'international.

Le business modèle mairie de Paris-JCDecaux ou mairie de Paris-Bolloré avec Autolib', n'est peut-être pas reproductible pour tous les types de services. Mais il est symptomatique du phénomène de privatisation de la ville : les entreprises se rémunèrent sur les marchés qu'elles obtiennent sous condition de services rendus demandés par la collectivité, la collectivité ne dépensant rien, étant même associée aux bénéfices.

Les contrats d'éclairage public ou de traitement des déchets sont de plus en plus dans le même moule à Chicago, New York ou Paris : une partie pour l'entretien du réseau, une autre pour les économies où le prestataire se rémunère sur ce qu'il permet de mettre de côté à la ville. Bouygues et Veolia le font à Paris ou à New York. Toutes les grandes entreprises poussent les collectivités à adopter ce cercle économique vertueux. Avec un argument choc, celui de l'emploi : les données étant ouvertes, ce seront autant de nouveaux business pour des start-up. JCDecaux avec Vélib', Bouygues avec l'éclairage public font déjà travailler des petites structures futées...

Sous les pavés des municipales de 2014, il y a la plage d'un changement de paradigme, une redéfinition radicale du rôle du maire de Paris : il va perdre des compétences au profit de la métropole, mais en fait il n'en a peut-être plus besoin pour développer « sa » ville, s'il sait coordonner et contrôler un développement assuré en coproduction avec le privé. Sauf que ce n'est vraiment pas un thème de campagne porteur...______

>>> [MUNICIPALES 2014] Les candidates à la mairie de Paris face au Medef

À lire également

  • Paris: Anne Hidalgo promet d'investir sans augmenter les impôts
  • Anne Hidalgo défend son projet de logements sociaux avenue Foch
  • NKM veut foncer sur le Big data et créer « une startup publique » à Paris
  • NKM veut faire de Paris une ville de propriétaires

A l'initiative de La Tribune, du Medef Paris, de la CGPME Paris, Anne Hidalgo et Nathalie Kosciusko-Morizet ont répondu mercredi soir aux entrepreneurs de Paris et d'Ile-de-France. A un mois du scrutin, les positions s'affûtent...

Jean-Pierre Gonguet

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