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Antoine Amiel (LearnAssembly) : "Il n'est pas compliqué d'entreprendre en France!"

Photo de Matthieu Cisel

Propos recueillis par Mathieu Cisel

Publié le 23 octobre 2014 à 09:26 - Mis à jour le 23 octobre 2014 à 09:51

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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Le tour d'horizon des startups françaises de l'éducation continue ! Mathieu Cisel a rencontré Antoine Amiel, fondateur de LearnAssembly, "université des entrepreneurs et professionnels du web".

Mathieu Cisel : Pouvez-vous nous dire quelques mots sur votre parcours, les motivations qui vous ont poussé à créer votre propre entreprise ?

Antoine Amiel : J'ai fait des études littéraires, puis une école de commerce, car je souhaitais comprendre de l'intérieur le fonctionnement de l'économie. C'est à ce moment que j'ai découvert l'entrepreneuriat et que j'ai décidé de me lancer pendant mes études. La liberté, l'indépendance, le fait de travailler sur de nombreux projets m'ont attiré tout de suite.

Quel est le principe de votre entreprise ? Comment cela fonctionne-t-il au jour le jour ?

LearnAssembly a deux activités : une activité de cours du soir,  conférences organisées dans des incubateurs ou des galeries d'art, puis filmées et mises en ligne en VOD. Le but est de permettre à n'importe qui de se former pour le prix d'une baby-sitter avec des experts prestigieux. Chaque mois, nous organisons une quinzaine d'événements et accueillons plus de trois cents personnes.

Pour les entreprises, LearnAssembly organise des formations au digital et à la culture startup et accompagne des entreprises souhaitant innover, via la pédagogie en ligne et la culture du Web. Nous travaillons avec les groupes Amaury, Danone, BNP, Afnic, Paris-Saclay, Axa, entre autres.

Pensez-vous que les formations traditionnelles à l'entrepreneuriat telles qu'elles sont dispensées dans les écoles de commerce soient adaptées à la réalité du terrain ?

L'entrepreneuriat ne s'apprend pas comme une matière théorique. Il faut à la fois des formations techniques (vente, communication, management, finance etc...) et de la sensibilisation autour de la posture entrepreneuriale. Ce sont donc des formats et des modalités pédagogiques diférentes. En France, on enseigne souvent l'entrepreneuriat en commençant par le comptabilité et le droit, ce qui est regrettable car les étudiants ont une perception biaisée. Or il faut casser les mythes : l'entrepreneuriat n'est pas réservé à une élite et il n'est pas non plus compliqué d'entreprendre en France, contrairement à ce qu'on entend partout dans les médias.

Les écoles et les facs créent de plus en plus d'incubateurs et de formations, cela va dans le bon sens. Mais elles doivent s'ouvrir à l'extérieur car elles ne disposent pas forcément des compétences en interne (un prof n'est pas entrepreneur, par définition); il faut arrêter de fonctionner en silo.

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Enfin, l'entrepreneuriat est un apprentissage permanent : c'est le règne de l'auto-formation ! C'est pour cela que c'est une thématique qui s'applique bien pour les MOOC et pour l'auto-formation en général.

Cherchez-vous à combler un vide à travers ces formations ?

Bien sûr ! De nombreux participants nous disent qu'ils n'ont pas eu la possibilité de faire une grande école : nous essayons de compenser les inégalités via un apprentissage collaboratif ou plus accessible. Nous permettons aussi à des salariés insatisfaits des offres de formation de leur entreprise de prendre leur formation en main.

Et qu'est-ce qui vous a motivé plus particulièrement  pour vous lancer dans l'aventure qu'est la création d'un MOOC ?

Je suis persuadé qu'on ne peut pas travailler dans la formation sans avoir soi-même formé et enseigné. Je suis passionné par l'éducation, j'adore transmettre et donner envie aux autres d'entreprendre. la seconde motivation est que beaucoup de bruit est fait autour des MOOC mais que peu de gens ont réellement mis la main à la pâte : je voulais comprendre de l'intérieur l'ingénierie pédagogique d'un MOOC !

L'entreprenariat est votre passion. Ce MOOC est-il une façon de la transmettre ?

Oui bien sûr: l'entrepreneuriat se prête bien aux MOOC car dans mon cours j'ai essayé de rassembler des conseils pratiques et des ressources utiles que les participants peuvent ensuite explorer chez eux. Je voulais donner envie, motiver, partager une passion et une conviction que l'entrepreneuriat est vecteur de changement et de mobilité sociale, un problème récurrent de notre système universitaire.

Avez-vous d'autres manières de la transmettre ? Qu'est-ce que le MOOC apporte de plus à vos yeux ?

J'organise des ateliers, des conférences plus descendantes, des cours du soir, et je fais des vidéos pédagogiques, MOOC ou juste vidéo, pour des publics d'entrepreneurs, de dirigeants d'entreprises et d'étudsiants : pour chaque public, il y a une modalité pédagogique pertinente. J'essaye de les explorer toutes.

Le MOOC permet de toucher massivement des participants (plus de 4000 à mon cours) et de casser les barrières géographiques. J'ai aussi pu rencontrer des participants à mon cours et approfondir l'expérience. Le MOOC concentre tous les efforts sur un instant T et permet de créer une communauté active, autour des activités par les pairs.

Quel public visez-vous précisément ? Cherchez-vous à déclencher des vocations?

Le public de LearnAssembly est composé à plus de 50% d'entrepreneurs, parfois très jeunes. Nous essayons d'élargir notre audience car nous avons constaté que les offres de formation innovantes touchaient toujours au début les publics les plus favorisés : ainsi, les MOOC forment en majorité des diplômés. En entreprise, nos clients sont souvent des cadres et des dirigeants : or ce sont déjà les plus favorisés. Cette question de l'accès à l'information est cruciale, le MOOC est une partie de la réponse.

Nous voulons donner envie d'entreprendre et déclencher des vocations : par exemple le fondateur du media Startup Brics, qui cartonne aujourd'hui a participé à de très nombreux cours LearnAssembly pour réaliser son projet, et je suis hyper heureux de voir le résultat !

Vous êtes la preuve vivante que les MOOC ne sont pas réservés aux universitaires et que même les startupers peuvent en faire. Comment avez-vous réussi à caser la création du MOOC dans votre emploi du temps, par ailleurs très chargé comme on peut s'en douter ? L'expérience n'a pas été trop difficile ?

Les MOOC sont encore beaucoup trop réservés aux universitaires et je le regrette car ils ne remettent pas toujours en question leur pédagogie, au contraire d'un intervenant qui doit tout apprendre et réfléchir à chaque étape. J'ai été par l'équipe d'Openclassrooms qui a fait un travail énorme d'accompagnement : un cours en ligne c'est un travail d'équipe. Ensuite, je suis entrepreneur, je ne compte pas mes heures, je travaille le weekend, je n'ai même pas l'impression de travailler ! Je suis un passionné qui en a fait son métier : c'est très différent

Et qu'attendez-vous en termes de retours sur investissement ? Clairement, ce n'est pas une question de rentabilité, est-ce une question de visibilité, de montée en compétence ?

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La visibilité est importante, la montée en compétence également. Cette expérience m'a appris à formaliser une somme d'expériences personnelles, de lectures et de conversations sur l'entrepreneiriat. Le travail de conception et d'écriture est aussi passionnant et m'aide aujourd'hui à faire mon travail en pensant aux participants, à leurs réactions. La notion d'expérience utilisateur n'est pas assez développée dans le monde de l'éducation.

Propos recueillis par Mathieu Cisel

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