2012 : les marchés dopés par l'argent frais de la BCE

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Les places boursières connaissent un début d'année prolifique grâce à l'injection de liquidités par la BCE Les places boursières connaissent un début d'année prolifique. L'opération d'injection de masse de liquidités déclenchée par la BCE explique une bonne partie de cette ascension.

Mardi dernier, le Dow Jones a clôturé la journée au-dessus des 13?000 points pour la première fois depuis mai 2008 et le plongeon dans la crise financière. Tout un symbole. D?autant que l?indice vedette de la bourse new-yorkaise n?est pas le seul à avoir connu un début d?année prolifique. Le S&P 500, indice qui reflète les 500 entreprises américaines qui comptent, a lui aussi retrouvé son niveau de l?été 2008. En Europe également les marchés s?envolent. Après un mois de janvier record depuis sa création en 1988 (+9,5%), le DAX, indice phare de la bourse de Francfort, a enregistré une hausse de 17% sur les deux premiers mois de l?année. De son côté, l?indice européen Eurostoxx a progressé de 10% et le SMI de près de 4%. Le sursaut est d?autant plus marquant qu?il concerne également les valeurs bancaires, durement frappées au cours d?une année noire qui a vu la capitalisation boursière de certaines fondre de moitié. Le titre de Société Générale a, par exemple, bondi de 47,5% depuis le 31 décembre dernier. Dans le même temps, l?action de Deutsche Bank a gagné 21,8% et celle de BNP Paribas 24,9%.

Alors, bien sûr, il y a le début d?une résolution de la crise de la dette en zone euro avec un nouveau plan d?aide de 130 milliards accordé à la Grèce le 21 février. Et puis, à partir de la fin de l?année, de bons indicateurs économiques en provenance des Etats-Unis ? reprise du marché de l?emploi ou encore augmentation des commandes industrielles ? ont également permis de redonner confiance aux investisseurs. Mais cela ne suffit pas à expliquer un tel rebond des places boursières. Ni pourquoi, la semaine dernière, la décision de Standard & Poor?s d?abaisser la note de la Grèce au rang de «défaut de paiement sélectif», ou la volonté de l?Irlande de tenir un référendum sur le nouveau traité fiscal européen, n?ont ébranlé les marchés financiers.

Le bazooka financier

Un autre facteur explique ce regain d?optimisme. Le 21 décembre, suivant les traces de la Réserve fédérale américaine (Fed) et son programme d?assouplissement monétaire, la Banque centrale européenne a sorti son «bazooka» financier. Sous la direction de son nouveau président, Mario Draghi, l?institution monétaire a octroyé des prêts sans limite, et sur trois ans, aux établissements financiers européens pour un taux d?intérêt de 1%. Résultat des courses: 523 banques ont répondu présent et emprunté 489 milliards d?euros. Comme prévu, cette opération LTRO (pour «Long-Term Refinancing Operation») a été reconduite mercredi dernier avec, cette fois-ci, 800 établissements y participant pour 529 milliards d?euros.

Pour l?instant, ces mesures dites «d?assouplissement quantitatif» à la sauce européenne, destinées à stabiliser le système financier et relancer le crédit, semblent avoir un effet important. Mais pas seulement sur les problèmes de liquidités des banques. Dans une note récente, les analystes de HSBC accordaient la quasi-totalité de la performance des marchés boursiers ces deux derniers mois au premier volet de cette opération. «Mettre à la disposition des banques des liquidités de manière illimitée a un effet psychologique ­indéniable sur les marchés», confirme Fabrizio Quirighetti, chef économiste à la banque Syz & Co. «Ce pragmatisme de la BCE a également permis aux banques de se refinancer, de renforcer leur bilan, de rouvrir les vannes du crédit pour certaines d?entre elles et d?acquérir également des emprunts souverains de pays périphériques avec une maturité allant jusqu?à trois ans», reconnaît cependant ce dernier. La meilleure preuve? Les taux d?intérêt réclamés à l?Italie pour emprunter sur deux ans sont passés de 7,5% à la fin du mois de novembre à 1,7% vendredi.

Le dopage ne dure jamais...

Pourtant, nombre d?analystes craignent que l?euphorie actuelle ne dure pas, tant les sources d?incertitudes demeurent nombreuses. En rappelant les tensions politiques avec l?Iran et leurs répercussions sur les prix du pétrole. Ou en soulignant le maintien de la crise de la dette en zone euro avec, notamment, l?Espagne qui a d?ores et déjà annoncé qu?elle ne tiendrait pas son déficit budgétaire cette année. «Même les Etats-Unis devront un jour recourir à des mesures d?austérité», souligne Fabrizio Quirighetti.

Thomas Stücki, responsable des investissements chez Hyposwiss Private Bank, reste, lui aussi, prudent. «Avec les bonnes nouvelles de ces derniers mois, les attentes des investisseurs ont été revues à la hausse, explique-t-il. Or, je ne crois pas que l?on assistera à d?autres surprises positives dans un avenir proche. Il paraît même probable que la Grèce finira par quitter la zone euro. Les marchés ont donc de grandes chances d?être déçus.»

Les experts recommandent de prendre son bénéfice

Des doutes partagés par Fabrizio Quirighetti. «Après l?opération LTRO en Europe, je ne vois pas ce qui pourrait encore arranger la ­situation», souligne-t-il. D?autant plus que la Fed et son président Bernanke ont laissé entendre, mercredi dernier, qu?un nouveau programme d?injection massive de dollars frais dans le système (QE3) n?était pas nécessaire? dans l?état actuel. Selon l?économiste genevois, «au même titre que les marchés aiment à se faire peur, ils ont eu tendance, récemment, à prendre leurs désirs pour des réalités».

Pour l?heure, les experts recommandent aux investisseurs de ne pas hésiter à encaisser leurs bénéfices pendant qu?il en est encore temps. «Les marchés vont rester très volatils ces prochaines années, prévient Thomas Stücki, avec des pics à la hausse mais également à la baisse.» Comme lui, d?autres stratèges des marchés recommandent déjà de réaliser les gains rapidement quand la situation s?améliore. Et d?attendre que la situation se dégrade à nouveau pour réinvestir.

Pour plus d'information, consulter le site du Temps en cliquant ici

 

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