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« Lacq a un futur parce qu’il le veut »

Photo de Mikaël Lozano

Maxence Le Gallou

Publié le 25 avril 2014 à 13:37 - Mis à jour le 28 avril 2014 à 07:54

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Avec l’arrivée du géant japonais Toray, le Béarn est en passe de devenir une « Carbon Valley ». Il devient également une terre d’implantation et d’attractivité pour les PME et les jeunes entreprises innovantes, véritables pépites qui construisent l’avenir de Lacq.

C'est un symbole fort en ces temps de crise et de débat sur la désindustrialisation de la France. Le puissant groupe Toray - 15,5 milliards d'euros de chiffre d'affaires et 39.000 salariés - a choisi d'implanter sur le bassin de Lacq une usine de 160.000 m² pour fabriquer la matière première de la fibre de carbone, actuellement importée du Japon. « Ce sera la seule usine du groupe en Europe », précise Bernard Martin, PDG de Toray. L'investissement est majeur : 130 millions d'euros.

La qualité du tissu industriel dans la chimie à Lacq a pesé dans la décision. Et Total, qui lui a vendu son terrain pour un euro symbolique, a grandement facilité cette arrivée. D'autant plus, qu'il a viabilisé le terrain à ses frais, soit 10 millions d'euros !

Il faut dire que le secteur est porteur, avec une demande mondiale en croissance de 15 % par an. « L'Airbus A320, c'est 8 % de composite carbone. L'A350, ce sera 50 % et une moindre consommation de kérosène », explique Bernard Martin. Conscients des enjeux et des perspectives d'emplois, les collectivités locales, le conseil régional d'Aquitaine, le conseil général des Pyrénées-Atlantiques et la communauté de communes de Lacq ont apporté leur soutien à ce projet à hauteur de 4 millions d'euros chacun.

Une base de référence

L'activité de l'usine va débuter cette année, à la fin du deuxième trimestre. Une cinquantaine d'emplois directs seront créés à Lacq. Son principal client sera le site de Toray à Abidos, qui produit de la fibre de carbone et emploie plus de 400 salariés. D'ici trois à cinq ans, une deuxième usine de pré-imprégnation de fibres devrait voir le jour. Avec, à la clé, une centaine d'emplois. Ainsi, Toray maîtrisera la totalité de la chaîne de la fibre de carbone, de l'amont à l'aval. Le géant nippon nourrit l'ambition de transformer le bassin de Lacq en « Carbon Valley ». Il veut en faire sa base européenne pour fournir des secteurs tels que l'aéronautique, l'automobile et l'éolien.

Car Toray sait qu'ici l'écosystème est riche dans la chimie lourde, fine, verte et celle du carbone. Le premier chimiste français, Arkema, y est fortement implanté avec 700 salariés, dont 150 chercheurs au sein du GRL (Groupement de recherche de Lacq). Le GRL, qui travaille, entre autres, sur les polymères et la chimie du soufre depuis plus de cinquante ans, dépose pas moins de trente brevets par an. La collaboration intelligente entre la recherche et les industriels locaux est l'un des multiples atouts de Lacq. De nombreux échanges existent avec l'université de Pau et des Pays de l'Adour.

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Des infrastructures en plein essor

Au fil des décennies, autour de ce gisement de gaz qui a requis des compétences nouvelles pour être exploité, un environnement propice à l'innovation s'est créé, grâce à Total, à Arkema, aux collectivités locales et à la forte acceptabilité de l'industrie par la population. « Total et Arkema ont mis les moyens pour nous aider à mettre en valeur notre savoir-faire et préparer la reconversion de la plateforme gazière, ce qui a créé un climat de confiance », souligne David Habib, ex-président de la Communauté de communes de Lacq.

Résultat, aujourd'hui, le programme d'investissement sur les toutes prochaines années avoisine les 400 millions d'euros. Ainsi, Cofely Services va dépenser 56 millions d'euros pour sa future centrale de cogénération biomasse en 2016, qui amènera la création d'une centaine d'emplois dans la filière bois locale. La chimie verte est, à l'évidence, en plein essor. Le pionnier, l'Espagnol Abengoa, emploie désormais 80 personnes dans son unité de production de bioéthanol.

« J'espère aussi convaincre Toray de développer une "Green Carbon Valley", c'est-à-dire de fabriquer la fibre de carbone, non plus à partir de polyacrylonitrile, mais avec de la cellulose issue des pins, des plantes…», dévoile Alain Rousset, le président de la Région Aquitaine. Dans la chimie fine, Novasep investit 33 millions d'euros pour une nouvelle unité de fabrication d'un principe actif pour l'industrie pharmaceutique. En activité dès cet été, elle créera une trentaine d'emplois.

Grands et pépites

Mais derrière les « grands », il y a aussi des PME qui sont de vraies pépites et constituent l'avenir de Lacq. L'exemple de OP Systèmes, société née en 2005, illustre parfaitement cet avenir. Elle utilise un procédé innovant, la pyrogazéification, pour traiter les déchets et elle produit aussi de l'énergie. Elle traite maintenant également le CO2 émis par la nouvelle unité de gaz, recycle les résidus soufrés et « avale » les effluents gazeux émis par Arkema. Selon ses prévisions, son chiffre d'affaires devrait passer de 3,8 millions aujourd'hui à 20 millions en 2017 !

À l'heure où les industriels doivent répondre à des normes environnementales de plus en plus fortes, Rolkem tire également son épingle du jeu en remplaçant progressivement les matières premières d'origine chimique par des produits biosourcés (issus notamment de tanins végétaux).

A la pointe des énergies renouvelables

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Enfin, n'oublions pas que, malgré l'arrêt de l'exploitation commerciale du gaz, Total a encore des projets sur place et reste l'une des pièces maîtresses de la chaîne, via la plateforme de services Sobegi, sa filiale. Le groupe a choisi le bassin de Lacq pour lancer, il y a quatre ans, un projet expérimental et unique en France de stockage de CO2. Si les essais sont concluants, le groupe pétrolier, qui se situe aussi désormais à la pointe des énergies renouvelables, pourrait encore faire de conséquents investissements sur place. « Lacq a un futur parce qu'il le veut », avait déclaré il y a quelques années Jacques Puéchal, un ancien haut dirigeant d'Elf-Aquitaine.

Maxence Le Gallou

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