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Lacq, un modèle de développement industriel

Photo de Mikaël Lozano

Maxence Le Gallou

Publié le 25 avril 2014 à 12:48 - Mis à jour le 28 avril 2014 à 07:55

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Lacq a tourné une page de son histoire avec l'arrêt de la production du gaz par Total Exploration Production France (TEPF), mais l'avenir est en marche grâce à une reconversion longuement préparée qui a permis de préserver les emplois. Retour sur un modèle économique unique.

« Vous êtes une référence dans l'anticipation parce que vous avez refusé le déclin. » Le 22 novembre 2013, lorsque Jean-Marc Ayrault, alors Premier ministre, inaugure la nouvelle unité de traitement de gaz du projet Lacq Cluster Chimie 2030, il ne cache pas son admiration devant la qualité de la reconversion de ce bassin industriel près de Pau. Le 14 octobre, Total Exploration Production France (TEPF) a fermé les vannes des puits dédiés à l'exploitation commerciale du gaz. Mais le groupe a décidé de consacrer pendant trente ans les derniers 3 % du gisement à l'alimentation en énergie bon marché des entreprises spécialisées dans la chimie qui se sont installées ici, ou qui le feront dans les prochaines années.

Dans les années 1980, au pic de la production, le bassin comptait 8 000 emplois industriels. Et aujourd'hui, malgré le départ des « gaziers », il en a encore 7 600. Une « reconversion unique en France », selon Jean-Marc Ayrault.

Une reconversion préparée pendant 40 ans

C'est le fruit d'un long travail mené main dans la main, par les industriels, les élus locaux et les organisations syndicales. « On parlait déjà au début des années 1980, de l'épuisement de ce gisement de gaz en 1995 », rappelle Nicolas Terraz, ancien directeur de TEPF de 2011 à fin 2013.

Dès 1957, un « franc gazier » était mis de côté pour chaque mètre cube extrait, afin de préparer l'avenir. Au final, la « tirelire » a atteint 20 millions d'euros. Puis, dans les années 1970, la diversification du site dans la chimie fine a été entamée. « Elf-Aquitaine (ex-Total) a donné l'impulsion en faisant venir ses ex-filiales Sanofi et Arkema en 1975 et 1976, ce qui a attiré ensuite Chimex (filiale de L'Oréal) puis Novasep et ses molécules pharmaceutiques… », explique Jacques Seguin, président de la Sobegi, gestionnaire des plateformes industrielles à Lacq et Mourenx (société détenue à 60 % par Total et à 40 % par GDF-Suez).

Des PME et des grands groupes, comme Toray, ont été séduits par la qualité des infrastructures sur ce site classé Seveso, mais aussi par la culture industrielle locale, la compétence en termes de management de la sécurité et « la forte acceptabilité de ces industries à risques par la population », souligne David Habib, ex-président de la Communauté de communes de Lacq.

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Une incroyable aventure humaine

Pourtant il n'y avait ici, avant la découverte du gaz, au début des années 1950, que des champs et des agriculteurs. Une ville, Mourenx, dont il fut maire jusqu'à cette année, est même sortie de terre pour accueillir les hommes et les femmes venus des quatre coins de la France, pour travailler à Lacq.

Ne l'oublions pas, derrière l'épopée industrielle de Lacq, il y a une formidable aventure humaine. En effet, dès la découverte du gisement, le 19 décembre 1951, les hommes se sont surpassés pour relever des challenges techniques. Ce jour-là, du gaz - alors que l'on s'attendait à trouver du pétrole - a jailli brutalement à 3 555 m de profondeur, à très haute pression (660 bars) et chargé en hydrogène sulfuré (H2S). Un gaz hautement toxique et corrosif, puisqu'il a même fait rompre le train de tiges (l'outil de forage, dont une partie creuse le sol).

Il a fallu stopper l'éruption quotidienne de 300 000 m3 de ce gaz, mortel s'il est inhalé. Un spécialiste du contrôle des éruptions, l'Américain Myron Kinley, a été appelé à la rescousse. Le 24 janvier 1952, après avoir définitivement obstrué le puits numéro 3, ses dernières paroles n'incitaient guère à l'optimisme : « Oubliez ce champ de gaz, c'est une bombe… Rebouchez vos forages. »

Mais poussés par un esprit pionnier etinnovant, les ingénieurs de Lacq ont relevé les défis un à un, notamment la recherche d'aciers résistants à la corrosion fissurante sous l'effet de l'hydrogène et de pressions anormalement élevées, à une époque où les connaissances scientifiques sur ces sujets étaient encore faibles.

Au final, le Béarn a produit 330 milliards de mètres cubes de gaz et assuré plus du tiers de la consommation de tout le pays depuis 1957. « Notre devoir était de valoriser cette nouvelle source d'énergie utile au pays », avait justifié, à l'époque, André Blanchard, le président de la SNPA (Société nationale des pétroles d'Aquitaine).

Le plus grand projet industriel chimique en France

Car le pays est en pleine reconstruction après la Seconde guerre mondiale et la France du général de Gaulle cherche à développer son indépendance énergétique. Résultat, dès les années 1960, ingénieurs et ouvriers ont su transformer le principal handicap du site - la forte présence d'hydrogène sulfuré - en atout, en produisant du soufre. La France devient alors le deuxième producteur mondial dès 1962, grâce à Lacq. Une prouesse technologique qui a ensuite permis de diversifier la chimie sur le bassin et d'inventer des molécules aux nombreuses applications : de la santé animale à la santé humaine, en passant par l'industrie des matières plastiques, l'agrochimie ou encore l'industrie minière.

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Aujourd'hui, l'aventure continue avec Lacq Cluster Chimie 2030, le plus grand projet industriel chimique en France, grâce à un exceptionnel travail d'équipe entre les industriels, les collectivités et les syndicats.

Maxence Le Gallou

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