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Et si Airbnb n’était qu’une (petite) partie du problème ?

Photo de Pascal Rabiller

Pascal Rabiller

Publié le 09 mars 2015 à 14:05 - Mis à jour le 10 mars 2015 à 10:47

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L’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie (Umih) a adressé un courrier au Premier ministre Manuel Valls dans lequel elle stigmatise l’explosion de ce qu’elle appelle le commerce illégal. Ce courrier n’a pas encore eu de réponse, mais Jean-Paul Manenc, président de l’Umih 33, et Denis Thienard, son directeur, évoquent le malaise qui secoue les différentes branches du secteur. Un malaise qui va bien au-delà de l’opposition des hôteliers contre Airbnb…
"Le secteur des cafés, hôtels, restaurants et établissements de nuit est traditionnellement créateur d'emplois... (Ces entreprises) emploient un million de personnes en France. Confrontées à une explosion de la concurrence déloyale liée à la multiplication de toutes les formes de commerces illégaux, en 2014, pour la première fois depuis très longtemps, il n'y a pas eu de création d'emploi et les cessations d'activités augmentent..."

C'est, en substance, ce que l'on peut lire dans le courrier adressé par l'Umih, syndicat qui, avec 80.000 adhérents, représente 80 % des professionnels syndiqués des secteurs de l'hôtellerie, restauration, cafés, établissements de nuit, à Manuel Valls, Premier ministre et signé par l'Aquitain et président confédéral du syndicat Roland Héguy.
Un courrier toujours sans réponse mais qui témoigne du fait que, contrairement à ce que l'on pourrait penser, les problèmes de concurrence jugée illégale par les professionnels ne concerne pas que Airbnb et l'hôtellerie.

"Je pourrais même dire que Airbnb ne serait pas vraiment un problème si le business qu'il génère était soumis à règlementation", assure Jean-Paul Manenc, restaurateur et président pour la Gironde de l'Umih.

Vers la fin de la location de meublé à la nuit ?

"De la même manière que les chambres d'hôtes ne sont pas vraiment un problème pour l'hôtellerie ou la restauration si elles respectent la législation, la location de meublés entre particuliers n'en serait une si elle respectait ce pour quoi elle existe : proposer une offre complémentaire, voire palliative, à l'hôtellerie, un complément de revenu pour un propriétaire souhaitant louer tout ou partie de son domicile."

Il y a deux ans, l'Umih a attaqué 4.000 propriétaires de chambre d'hôtes pour les obliger à se conformer à la loi. Cette décision, si elle n'a pas éradiqué l'offre non conforme, a provoqué une prise de conscience. Aujourd'hui, rares sont les offices de tourisme ou mairies continuant de proposer aux touristes des gites ou chambres d'hôtes qui ne sont en conformité avec la loi.

"Nous ne sommes pas opposés au principe de l'émergence de nouveaux business, comme celui qui est  généré par Airbnb en face de l'hôtellerie, mais ce que nous voulons, c'est faire en sorte qu'ils ne se développement pas en marge de la loi dans un environnement de concurrence déloyale", explique Denis Thienard, directeur de l'Umih 33. "C'est valable pour la location de meublés pour laquelle nous demandons l'interdiction de la location à la nuitée, comme c'est le cas à New York, Barcelone, Berlin, Londres..., la soumission à la taxe de séjour, la collecte de la TVA dès le 1er euro de CA, le classement obligatoire pour tout type d'hébergement... C'est également valable pour d'autres secteurs de notre filière. Nous estimons par exemple que nombre de bars et restaurants associatifs, soirées privées payés sur Internet, cabanes d'ostréiculteurs transformées en restaurants... sont autant d'acteurs d'une économie de l'ombre qui affaiblit nos professions."

La crise explique la montée au créneau

Une profession qui reconnaît que si elle "surfait" sur une croissance à deux chiffres, elle se poserait sans doute moins de questions sur ce qui relève plus de l'économie de la débrouille que de la fraude pure et simple.

"Oui, mais la crise frappe durement notre secteur, et sans demander l'interdiction, nous devons œuvrer pour que tout le monde travaille dans les mêmes conditions et que l'équité soit garantie. Je rappelle que nos établissements sont très contrôlés, et c'est normal. Par contre les contraintes doivent s'appliquer à tous... ou ne plus s'appliquer à personne", précise Jean-Paul Manenc.

Cadre légal pour tous = bataille à armes égales ?

Dans un contexte de crise et de montée en puissance des propositions alternatives, au-delà des réflexes défensifs, les professionnels sont-ils capables de générer des actions commercialement offensives ?

"Oui, j'en suis certain, et c'est aussi une bonne chose d'être bousculés comme nous le sommes avec les propositions de locations de meublés ou encore les plateformes de réservation de chambres qui ont fait le bonheur des hôteliers avant d'apparaître comme trop hégémoniques. Aujourd'hui, les professionnels sont capables de se remettre en question pour reprendre en main la commercialisation de leurs chambres ou de leurs tables. C'est surtout le cas des grands acteurs du secteur, c'est plus compliqué pour l'immense majorité de nos adhérents qui sont des toutes petites entreprises", explique Denis Thienard. Leurs difficultés sont grandissantes. En moyenne, un appel sur trois passé à l'Umih par des adhérents est un appel au secours. Cela n'existait pas il y a seulement six ans. Face à l'explosion de cette concurrence, de fait déloyale, celle des chambres sous louées, des terrasses de particuliers, des cabanes d'ostréiculteurs transformées en restaurants... celle qui est née de la crise et de la débrouille, il est vraiment urgent de légiférer pour imposer à tous un cadre légal, fiscal, règlementaire pour donner à nous tous la possibilité de lutter à armes égales."

Bref, la bataille qui oppose Airbnb à l'hôtellerie, si elle est médiatiquement plus facile à relayer en raison de la notoriété de la société américaine, n'est qu'un des très nombreux combats que doivent mener les différentes branches de l'industrie.
Si, d'ici là, les choses n'évoluent pas, le prochain congrès national de l'Umih, qui aura lieu  en novembre prochain à Bordeaux, risque être chaud.

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Pascal Rabiller

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