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La stratégie de Betclic Group pour redevenir leader européen

Photo de Mikaël Lozano

Mikaël Lozano

Publié le 15 décembre 2017 à 12:54 - Mis à jour le 15 décembre 2017 à 16:07

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Acteur des paris sportifs et hippiques ainsi que des jeux de casino et de poker en ligne, Betclic Group est à un tournant stratégique. L'entreprise (450 emplois) a manqué le virage du mobile et a choisi Bordeaux pour se relancer et réunir ses bureaux de Paris et de Londres. De retour aux commandes depuis le début de l'année, son fondateur Nicolas Béraud confirme qu'il recrutera 100 personnes en 2018 dans la capitale girondine et détaille pour La Tribune sa stratégie de reconquête européenne.

Nicolas Béraud l'avait confié à plusieurs médias fin octobre : Betclic Group avait choisi Bordeaux comme prochain point de chute. Le spécialiste des paris sportifs, hippiques et des jeux d'argent en ligne, avait alors annoncé le transfert à venir de ses bureaux de Paris et de Londres dans la capitale girondine, et la création de 150 emplois localement. Un plan de marche confirmé hier par un communiqué de presse où le groupe indique qu'une cinquantaine de recrutements sont en cours sur 35 types de postes et qu'une centaine de personnes devraient être embauchées sur l'année 2018. L'entreprise a mis sur pied une journée spéciale le 12 janvier prochain dans les locaux de la Chambre de commerce et d'industrie de Bordeaux Gironde, le Betclic Champions Day, durant laquelle les membres du comité de direction rencontreront des candidats essentiellement orientés technologie mobile : développeurs, data analysts, product designers, marketing... (consulter le site officiel et s'inscrire). Pour Betclic Group, dont l'effectif est monté à un millier de personnes à son âge d'or avant de retomber à 450 aujourd'hui (pour un chiffre d'affaires non communiqué), c'est le début d'une nouvelle étape stratégique que Nicolas Béraud présente en détail.

Vous avez créé Betclic à Londres en 2005 puis vous avez revendu le groupe tout en continuant à le diriger jusqu'à fin 2011. Entre temps vous vous êtes installé à Bordeaux. Pourquoi être revenu aux manettes en début d'année ?

"Lorsque les actionnaires de Betclic Group m'ont proposé de revenir, fin 2016, j'ai trouvé ce qu'on a reproché pendant des années à Bordeaux : une belle endormie. La marque est restée très forte, la base clients est très fidèle, mais la société avait pris du retard dans le virage du mobile. En 2011 quand j'ai quitté Betclic, 10 % des paris se faisaient sur mobile. Fin 2016, le chiffre était passé à 70 %. Tout le secteur a basculé vers le mobile mais Betclic n'a pas suivi assez rapidement. Pendant ce temps, j'avais expérimenté le mobile avec TripleFun, la société de jeux mobile que j'aie créée à Bordeaux et qui est désormais intégrée au groupe, et j'ai trouvé que le challenge de réinventer Betclic était formidable et ne pouvait pas se refuser."

Quelle stratégie avez-vous adopté depuis votre retour à la tête du groupe et comment va-t-elle se décliner dans les prochains mois ?

"J'ai rapidement constitué une petite équipe d'une dizaine de personnes, réunissant les différentes composantes des métiers, avec pour mission de développer une nouvelle application de paris sportifs avant la reprise du championnat de Ligue 1. C'est un immense challenge, le délai était très court mais il a été tenu avec succès. Depuis la sortie de la 1re version en août, elle est la plus téléchargée du secteur et la mieux notée par les utilisateurs. L'enjeu, c'est de faire vite et bien. Sur le mobile, on n'a pas le droit à l'erreur, ça doit être clair et simple à utiliser. Sur un site web la donne est différente car tout le monde ou presque a connu des interfaces moches ou mal conçues, la tolérance est plus importante. Dans les prochains mois, je vais donc continuer à monter en interne des équipes agiles et autonomes sur des sujets bien définis."

Pourquoi avoir choisi Bordeaux pour regrouper les bureaux de Londres et de Paris ?

"Mon premier constat a été que l'entreprise était trop éclatée pour mettre en place les structures associant compétences produits et business que je viens de décrire. J'ai donc voulu réunir les équipes. J'ai créé Betclic à Londres donc elle aurait pu être une destination logique mais le Brexit générait trop d'incertitudes, et ce qui se passe actuellement semble me donner raison. A Paris, nous étions dans le VIIIe arrondissement, c'était trop cher et il nous fallait de grands bureaux. Le risque de se délocaliser en banlieue, c'est de perdre une partie des équipes pour aller dans un endroit pas très attractif. J'ai choisi Bordeaux, où j'ai fait une partie de mes études et où je suis installé depuis plusieurs années, pour son écosystème numérique en plein boom, son dynamisme avec l'éclosion de beaucoup de nouvelles entreprises, et où Betclic Group a la possibilité d'être une boîte qui compte. Les bureaux de Paris et Londres y seront transférés ainsi que le siège social. Nous conservons notre bureau à Malte avec notamment le service clients, les bookmakers, le corporate..."

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"Plus on sera nombreux et plus on attirera de nouveaux talents"

Ne craignez-vous pas les tensions qui existent en matière de recrutement sur des profils technologiques ?

"Sans parler des acteurs déjà présents, il est vrai qu'OVH s'installe à Bordeaux, Ubisoft vient d'y créer un studio... Un des craintes des salariés du groupe est la suivante : si je déménage et que je m'installe à Bordeaux et que dans le futur ça se passe mal avec Betclic, où vais-je retrouver du boulot ? Plus il y a d'entreprises du numérique et plus ils auront d'options. Alors oui, on se sera un peu en concurrence pour recruter, mais j'ai tendance à penser que plus on sera nombreux et plus on attirera de nouveaux talents. La balance sera positive."

Quels sont les effectifs actuels du groupe à Bordeaux et comment vont-ils évoluer ?

"Aujourd'hui, nous sommes une dizaine à Bordeaux. L'arrivée est prévue à partir d'avril. D'ici janvier nous saurons qui de nos salariés arrivent à Bordeaux et qui vont quitter le groupe. Tout le monde ne suivra pas et la journée du 12 janvier va nous permettre de compléter nos équipes. Une cinquantaine de recrutements sont en cours actuellement et 2018 devrait nous voir embaucher 100 personnes au total à Bordeaux. Concernant notre point de chute, ce n'est pas totalement finalisé. Nous devrions nous installer dans un premier temps en février dans le futur espace Mama Works. Je suis un grand fan du quartier des Bassins à flot, de son architecture, de sa proximité avec l'hyper-centre et de l'écosystème dans le numérique qui s'y crée. A terme nous cherchons un site d'environ 4.000 m2."

Vous donnez la priorité du moment au sujet du mobile. Mais demain ?

"Notre ADN, c'est d'être créateur de fun. Nous suivons donc de près ce qui touche au mobile mais aussi aux autres devices (supports, NDLR), entre autres les enceintes connectées. Google y est avec Google Home, Amazon aussi avec Amazon Echo, Apple y arrive avec Homepod. Demain on peut imaginer regarder un match de football et passer un pari uniquement par la voix. Mais peu importe le device : ce qui comptera toujours, ce sera la qualité de service, qui devra être impeccable, et l'importance de délivrer la meilleure expérience possible. Nous voulons être en pointe en termes de technologies, nous avons par exemple été les premiers dans notre secteur à intégrer Face ID, le système de reconnaissance faciale de l'iPhone X. L'utilisateur peut ainsi l'utiliser et n'a plus besoin d'entrer ses identifiants en se connectant à l'application. Nous avons donc besoin de nouveaux talents sur ces sujets. L'autre enjeu est d'être le plus pertinent possible, par exemple en proposant sur la page d'accueil de l'application les matches qui peuvent vous intéresser sans que vous ayez à faire une recherche ou à renseigner vous-même vos préférences. Nous allons justement muscler l'équipe data sciences dans cette optique."

D'un point de vue purement business, quels sont vos objectifs ? Et comment allez-vous piloter le développement : croissance organique, externe, levée de fonds ?

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"Aujourd'hui nous sommes présents dans une vingtaine de pays. En France et au Portugal nous sommes leaders, ailleurs en Europe nous sommes dans le top 10. Nous voulons consolider notre leadership dans ces deux pays et nous renforcer ailleurs. Financièrement parlant, 2017 sera pour le groupe une vraie progression en termes de chiffre d'affaires et de profitabilité. Nous sommes sur le chemin du retour à la croissance profitable. Lorsque je suis revenu aux commandes, en début d'année, les actionnaires avaient accepté de réinvestir dans la société. Notre croissance sera organique."

Mikaël Lozano

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