En santé, la course d'obstacles de la recherche jusqu'au marché

Pierre Cheminade

Forum Santé Innovation
Agence APPA

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"Quand on est au début d'un cycle d'innovation, les gens nous prennent pour des rigolos parce qu'il n'y a pas de précédent. Il faut alors traverser un désert en s'appuyant sur nos preuves de concept. C'est ce que nous avons fait depuis 2010/2011 avec les cellules CAR-T et c'est ce que nous essayons de faire aujourd'hui avec nos travaux sur le microbiome." Georges Rawadi, le CEO de l'entreprise LNC Therapeutics, illustre bien les difficultés qu'il faut surmonter pour passer du stade de la recherche fondamentale à celui du marché. Il s'est exprimé lors d'une table ronde organisée à Bordeaux par La Tribune dans le cadre de la 3e édition du Forum Santé Innovation, mercredi 16 mai, devant plus de 200 personnes à l'Institut culturel Bernard Magrez.
Et s'il n'est nulle part simple de convertir la recherche en produit rentable, la France ne se distingue pas par sa réactivité en matière d'autorisation de mise sur le marché (AMM) puis de décision remboursement des nouveaux traitements. "Il faut compter 500 jours entre l'AMM et le remboursement, la France est ainsi au 20e rang en Europe sur ce sujet et on attend toujours par exemple une décision sur la thérapie des cellules CAR-T dont le traitement coûte autour de 700.000 € par patient", note Christelle Liard-Rossignol, gestionnaire de programme au centre de recherche en cancérologie Siric-Brio (Bordeaux recherche intégrée en oncologie). Et c'est la même problématique avec la validation des essais cliniques :
Christelle Liard-Rossignol, gestionnaire de programme au centre de recherche en cancérologie Siric-Brio (crédits : Agence APPA).
Et tout cela n'est évidemment pas sans conséquence pour les entreprises innovantes et pour le savoir-faire français : "Pour les biotechnologies, l'aspect règlementaire français est complexe, très long et complètement aléatoire alors que chaque mois nous coûte de l'argent parce qu'on a pas de rentrées financières tant qu'on a pas d'autorisation", résume Georges Rawadi qui pointe le risque de voir "de jeunes entreprises françaises se tourner vers nos voisins européens ou même vers les Etats-Unis et le Japon où il y a des cadres plus clairs sur le processus de délivrance de l'autorisation".
Cela n'empêche pas l'innovation d'éclore en France et, plus particulièrement à Bordeaux, comme LNC Therapeutics mais aussi la startup Treefrog Therapeutics qui vient de lever 7,1 M€. "Treefrog a suivi tout le parcours assez classique de transfert de technologie avec Aquitaine science transfert et nous avons aussi pu compter sur l'écosystème bordelais qui est plutôt efficace et plutôt soudé", témoigne Gabriel Chaigneau, directeur administratif et financier chez TreeFrog Therapeutics, qui poursuit : "Chez nous, les scientifiques ont pris à cœur leur métier de chef d'entreprise et montent en compétences sur ces aspects. On est en transition entre le monde scientifique et le monde des startups". La recette du succès peut alors s'apparenter "à la combinaison de deux profils, l'un scientifique qui connaît son sujet en profondeur et de manière experte, et l'autre qui sait lever des fonds, convaincre des investisseurs et sonder le marché", souligne Christelle Liard-Rossignol, de Siric-Brio.
Georges Rawadi (LNC Therapeutics) et Gabriel Chaigneau (Treefrog Therapeutics) (crédits : Agence APPA).
Avec cette levée de fonds, le dirigeant de Treefrog reconnaît qu'il dispose "d'une surface financière plutôt bonne pour le secteur de la biotech et pour une entreprise qui n'a que six mois mais l'enjeu est désormais de développer de quoi soigner et de le faire à un prix compétitif." La startup, qui est en passe de faire sauter un verrou dans la production de masse de cellules souches, installera ses capacités industrielles en fin d'année à Pessac "Cœur Bersol" mais ne doit pas perdre de temps :
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Et Christelle Liard-Rossignol, de Siric-Brio, est convaincue de l'apport de ce type de jeunes entreprises innovantes pour développer de nouveaux traitements : "L'industrie pharmaceutique se détache de ses services de R&D internes et mise davantage sur l'open innovation en confiant cette mission aux startups qui prennent, de fait, le rôle d'un maillon clef dans la chaîne entre la recherche fondamentale et l'industrie pharmaceutique."
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Mais il faudra aussi réussir à faire évoluer deux acteurs cruciaux du secteur : d'une part, mobiliser les patients de façon active pour convaincre les pouvoirs publics d'autoriser, de tester ou d'importer des traitements innovants et, d'autre part, revisiter le fonctionnement du système de santé :
Pierre Cheminade