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Business - La Tribune Bordeaux

Climatisation et portes ouvertes, la mauvaise habitude des commerçants bordelais

Camille Juanicotena

Publié le 22 juillet 2022 à 13:55 - Mis à jour le 22 juillet 2022 à 14:12

Rue Sainte-Catherine

Rue Sainte-Catherine, à Bordeaux, près de huit commerces sur dix climatisent leur locaux en gardant leurs portes ouvertes. Une absurdité énergétique.

CJ / La Tribune

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Photo d'illustration de l'article
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Économie d'énergie et activité commerciale ne font pas bon ménage ! À Bordeaux, de nombreuses enseignes de la rue Sainte Catherine continuent à climatiser à tire-larigot tout en laissant leurs portes ouvertes pour attirer la clientèle. Un gâchis énergétique tenace malgré une timide prise de conscience. Reportage.

Il fait bon dans la rue Sainte-Catherine, principale avenue commerçante du centre-ville d Bordeaux, malgré les chaleurs caniculaires ! Et pour cause : 80 % des boutiques situées entre la place de la Comédie à la place Saint projet, ont les portes ouvertes alors que leur climatisation tourne à plein régime. Une pratique absurde en regard de l'urgence climatique actuelle comme en termes de consommation énergétique.

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« Pour fermer les portes, on doit négocier avec la direction »

"Les portes sont ouvertes, car la direction nous y oblige ! Pour pouvoir les fermer, on doit négocier avec eux.Été comme hiver. [...] Dimanche dernier, il faisait près de 43°C à l'extérieur et on avait la clim à 19°C... [...]Étant pro-écolo, je trouve que c'est une aberration écologique, mais on n'a pas le choix", témoigne Adélaïde (*), vendeuse dans une enseigne de cosmétique du centre-ville.

Une situation loin d'être isolée rue Saint-Catherine. Sarah, vendeuse dans une enseigne de prêt-à-porter, tient le même discours : l'ouverture des portes s'explique par une obligation de la direction, une stratégie commerciale et un confort nécessaire pour les salariés et la clientèle. "Si l'arrêté municipal de Bourg-en-Bresse entre en vigueur à Bordeaux, je pense que nos pratiques vont évoluer", espère-t-elle cependant. A Bourg-en-Bresse ou encore à Lyon, la mairie vient d'interdire cette pratique avec une amende à la clef. Mais à Bordeaux, pour la municipalité écologiste, l'heure est encore à la pédagogie plutôt qu'à la sanction comme l'explique à La Tribune l'adjoint au maire en charge du dossier.

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Une étude du CNRS et de Météo France montrait déjà en 2010 une augmentation de la température de 0.25 à 1°C à Paris uniquement à cause des climatiseurs. Un véritable cercle vicieux. Mais malgré des vagues de chaleur de plus en plus fréquentes et intenses, les commerçants maintiennent leurs mauvaises habitudes.

L'enseigne de prêt-à-porter Mango se cache ainsi derrière un discours quelque peu original : "On n'a pas de porte donc on ne peut pas fermer." Les salariées d'une enseigne de lingerie, ne souhaitent, quant à elles, pas s'exprimer non pas par manque d'intérêt pour le sujet... mais par interdiction de la direction.

« Laisser les portes ouvertes, c'est très Bordelais. »

Mais les consommateurs ont aussi leur rôle à jouer et ce n'est pas forcément gagné. "Voir une porte ouverte me certifie que la boutique l'est aussi. [...] Les portes ouvertes ça me donne envie de consommer. [...] et puis, le confort avant tout !" De nombreuses passantes rencontrées ne prêtent pas attention au phénomène ni à son impact environnemental.

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Eve, vendeuse en maroquinerie, assure à La Tribune que "la porte fermée, c'est une barrière psychologique pour le client." Une porte manuelle difficile à ouvrir, un emplacement pas très favorable, l'enseigne met tout en œuvre pour gagner en visibilité en oubliant parfois le climat et le montant de sa facture d'électricité. "On fait comme dans les centres commerciaux, on laisse ouvert avec la clim. C'est très Bordelais comme pratique. Tout le monde fait ça !" Mais Eve assure qu'elle se pliera à une éventuelle réglementation... si tous les commerces suivent.

Interrogé sur le sujet par La Tribune, Eric Malézieux, directeur général de l'association Commerçants et artisans des métropoles de France (CAMF), considère que "tout est une question d'habitude." Complètement détaché de la situation, il estime que "la plupart des grandes enseignes ont les portes fermées. Par exemple, si vous prenez les galeries Lafayette qui sont un des moteurs de la rue Sainte Catherine, l'enseigne a toujours maintenue son credo : clim ou chauffage avec les portes fermées !" L'arbre qui cache la forêt.

Quelques bons élèves

Picture, Lush... de rares enseignes choisissent effectivement de limiter leur consommation de climatisation au strict minimum, et ce, en gardant les portes de leurs magasins fermées. La marque auvergnate, Picture, n'utilise le climatiseur que lors de fortes chaleurs : "On est en plein soleil aux alentours de 15h, là c'est vrai qu'utiliser la clim c'est nécessaire ne serait-ce que pour le confort des clients. [...] Et puis, on fait attention à l'écart de température, on ne descendra pas en dessous des 26°C par exemple." explique à La Tribune Ludovic un vendeur de la marque. Il assure que portes fermées ou non le flux de la clientèle reste identique.

Quelques mètres plus loin, la marque anglaise Lush, prend aussi le parti d'utiliser la climatisation avec parcimonie. "Aujourd'hui ce n'est plus une question d'argent, c'est une question de survie pour l'environnement !", confie Yann le responsable de la boutique, également située Promenade Saint-Catherine, un centre-commercial qui a incité au début du mois les commerçants à fermer leur porte pendant les fortes chaleurs.

Mais, plus largement, le gaspillage énergétique, qui reste la règle dans la majorité des enseignes de la rue Sainte-Catherine, fait réagir. "Foutage de gueule", pour certains tandis que d'autres croient en la responsabilité de chacun. Qui plus est, ce sujet en soulève d'autres comme le souligne Fabrice, un passant "Si les portes sont ouvertes ça ne sert à rien de mettre la climatisation en marche ! Mais ça ne sert à rien non plus de laisser les lumières et les panneaux publicitaires allumés la nuit..."

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Quel est l'impact de la climatisation sur l'environnement ?

D'après Eric Aufaure, directeur régional de l'Ademe Nouvelle-Aquitaine, utiliser son climatiseur avec les portes ouvertes est bien une aberration énergétique. Un débit d'air important et une température de 26°C, portes fermées, voici les clés d'un local correctement refroidit. Sans cela, une boucle infernale se met en place : l'air chaud entre dans la pièce, la sensation de fraîcheur est moindre poussant, à tort, le commerçant a diminuer encore la température de son climatiseur. En conséquence : la machine chauffe et génère de l'air chaud expulsé à l'extérieur ainsi que de l'air très froid qui s'échappe par les portes ouvertes. Qui plus est, le gaz frigorigène du climatiseur engendre une importante quantité d'émissions de gaz à effet de serre. Les conséquences pour l'environnement sont désastreuses. Il est à noter qu'une baisse de 1°C dans un local engendre une surconsommation du système de climatisation de 12 à 18 %.

Camille Juanicotena

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