Dévastateurs et incontrôlables. Bien qu'en léger retrait en France, les feux de forêt ont détruit près de 400 millions d'hectares de végétation dans le monde en 2023. Des incendies qui ont tué plus de 250 personnes et rejeté 6,5 milliards de tonnes de CO2 dans l'atmosphère. Un désastre malheureusement appelé à se reproduire voire à s'amplifier sous les effets du dérèglement climatique avec des saisons des feux de plus en plus longues sollicitant toujours davantage des moyens aériens anti-incendie bien souvent vieillissants. À commencer par le vénérable Canadair qui peine à trouver une nouvelle jeunesse après l'arrêt de sa chaîne de production en 2015 et malgré l'intérêt de la Commission européenne.
Bruxelles envisage ainsi de commander douze appareils mutualisés, et la France deux avions supplémentaires en espérant les obtenir en 2028 au plus tôt. Un calendrier extrêmement ambitieux juge le sénateur Jean-Pierre Vogel, rapporteur du budget 2024 de la Sécurité civile : « Le renouvellement de la flotte vieillissante de Canadair constitue une source de préoccupations maintes fois soulignées. [...] La livraison des premiers Canadair ne pourra pas intervenir avant 2027 et 2028 d'après les prévisions les plus optimistes. » Les plans du Canadair sont désormais entre les mains de l'entreprise De Havilland Canada qui n'en a jamais construit. Il lui faudra donc redémarrer une chaîne d'assemblage de zéro ou presque sur la côte ouest du Canada à partir d'un avion largement conçu dans les années 1970.
Pour autant, les besoins d'avions bombardiers d'eau sont bien réels. Alors 170 appareils volent actuellement, le marché mondial est estimé autour de 300 d'ici 2050. De quoi potentiellement laisser de la place à un nouvel acteur face au célèbre Canadair. C'est tout le pari de la startup bordelaise Hynaero, créée mi-2023 pour développer un projet européen concurrent, le Fregate-F100. « Notre raison d'être c'est de répondre à une nécessité environnementale face à la multiplication des grands feux de forêts », expose David Pincet, l'un des cofondateurs passé par l'Armée de l'air, les instances de l'Otan et, surtout, la direction du groupement d'avions de la Sécurité civile de Nîmes. Assurant rester « très réaliste et humble » face à l'ampleur de ce défi, il vise un premier vol du Fregate-F100 dès 2029.