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Business - La Tribune Bordeaux

Le port de Bordeaux déconstruit huit navires militaires... avant des éoliennes ?

Photo de Pierre Cheminade

Pierre Cheminade

Publié le 10 avril 2024 à 13:35

L'ex-Meuse est découpé en petits morceaux au sein du port de Bordeaux. 98 % de ses plus de 7.000 tonnes de matériaux seront recyclés.

L'ex-Meuse est découpé en petits morceaux au sein du port de Bordeaux. 98 % de ses plus de 7.000 tonnes de matériaux seront recyclés.

Agence APPA

Le Quotidien Numérique

04 juin 2026

Photo d'illustration de l'article
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Huit bâtiments militaires désarmés de la Marine nationale sont actuellement déconstruits par l'entreprise Cardem dans le port de Bordeaux. Ce chantier industriel de grande envergure, qui doit durer 40 mois, confirme l'essor de cette nouvelle activité de recyclage qui pourrait concerner, à terme, les futurs gisements d'éoliennes en fin de vie.

Trois pelleteuses et une quarantaine de personnes équipées de matériels de protection s'affairent à dévisser, découper et dessouder 7.600 tonnes d'acier au milieu des gerbes d'étincelles et d'une odeur prégnante de métal chauffé. Ce chantier gigantesque, surplombé par une grue mobile, c'est celui de la déconstruction de l'ex Meuse qui est littéralement découpé en petits morceaux jusqu'à qu'il n'en reste plus rien. Après avoir sillonné les mers de la planète pendant quinze ans, ce pétrolier-ravitailleur long de 160 mètres gît depuis quelques mois dans la forme de radoub du Grand port maritime de Bordeaux, à Bassens, une cale-sèche de 240 mètres de long et de 15 mètres de profondeur. Le Meuse a fait office de véritable station-service flottante au sein des groupes aéronavals de la Marine nationale autour des porte-avions Foch, Clemenceau puis Charles-de-Gaulle avant d'être désarmé en 2015. Il disposait aussi d'un hôpital embarqué, de salles d'état-major et de généreuses capacités de stockage de matériel pour un total 18.000 tonnes une fois chargé entièrement.

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Matériaux recyclés à 98 %

« Cette déconstruction est assez similaire au démantèlement d'une friche industrielle ou d'une barre d'immeubles qui est notre métier historique », remarque Nicolas Masson, le directeur de Cardem. Cette filiale lyonnaise d'Eurovia (groupe Vinci) pilote le groupement d'entreprises constitué avec Snadec Environnement (désamiantage) et Sirmet (recyclage des métaux) qui a remporté cet énorme marché auprès de la Marine nationale, considéré comme le plus important depuis dix ans. Au total, huit navires militaires désarmés seront déconstruits à Bassens, dans les installations du Grand port maritime de Bordeaux, pour un total de 30.000 tonnes.

Déconstruction Port de Bordeaux
Photo d'illustration (Crédits : Agence APPA)

Cliquez sur l'image pour l'agrandir. Amarré sur le quai à côte de l'ex Meuse, la frégate lance-missile ex Suffren attend son tour de déconstruction (crédits : Agence APPA).

Avant 2005, les bateaux militaires étaient « océanisés », c'est-à-dire coulés au large, parfois après avoir servi de cibles d'exercice. Depuis, cette pratique est interdite et les navires sont déconstruits en France ou à l'étranger après le lancement d'appels d'offres.

«Nous gérons le processus industriel de bout en bout : le remorquage des coques jusqu'à Bordeaux, la sécurisation des navires, le désamiantage à quai puis le démantèlement dans la forme de radoub,précise Nicolas Masson.Les matériaux déconstruits seront recyclés à 98 %. Il s'agit quasi exclusivement de métal et très majoritairement d'acier.»

Revendus à des aciéries, les morceaux de ces bâtiments militaires auront donc une seconde vie dans des voitures, des casseroles ou des chariots de supermarché. Pour chaque navire, il faut compter en moyenne six mois de chantier.

« Engranger de nouveaux marchés »

« Cette activité de démantèlement est déjà ancienne à Bordeaux puisque nous avons déjà traité le Jeanne d'Arc et le Colbert mais aussi onze bateaux de pêche envoyés à la casse après le Brexit. C'est une activité importante pour nous puisqu'elle boucle le cycle de vies des navires », rembobine Jean-Frédéric Laurent, le patron du port de Bordeaux qui dispose avec cette forme de radoub d'un des 18 sites dans le monde homologués par l'Union européenne pour procéder à ce type de travaux. « Nous y avons investi 15 millions d'euros sur plusieurs années dans ce site classé ICPE [installation classée pour la protection de l'environnement] et nous comptons bien valoriser à la fois nos installations et nos services associés », poursuit-il. Car si le marché est passé entre la Marine nationale et le groupement de Cardem ce dernier loue les infrastructures et les services du port.

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Déconstruction Port de Bordeaux
Photo d'illustration (Crédits : Agence APPA)

Cliquez sur l'image pour l'agrandir. La déconstruction est en cours dans la forme de radoub du port de Bordeaux (crédits : Agence APPA).

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Le plan de charge est déjà plein pendant une quarantaine de mois mais la plateforme bordelaise se projette déjà sur la suite. « Nous voulons engranger de nouveaux marchés et on a déjà du monde qui toque à la porte, notamment des armateurs européens qui doivent aujourd'hui démanteler leurs bateaux en Europe », sourit Jean-Frédéric Laurent. « Cette activité de démantèlement et d'économie circulaire pèse aujourd'hui moins de 5 % de notre chiffre d'affaires mais elle est appelée à grandir. À terme, je souhaite que nous puissions être un site de démantèlement des éoliennes qui arriveront en fin de vie notamment sur la façade atlantique. » Avec une durée de vie d'une trentaine d'année, le marché du démantèlement des éoliennes terrestres et offshore est en effet appelé à monter en puissance dans les années qui viennent avant de, pourquoi pas, devenir une activité récurrente. Parallèlement, d'autres chantiers sont en vue pour la Marine nationale : « Sur la décennie à venir on peut comptabiliser une centaine de coques de fort et moyen tonnage à déconstruire et un peu plus de 300 petits navires et engins nautiques », prévoit Nathalie Le Rest, la responsable des opérations de déconstruction au sein du service de soutien de la flotte.

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Pierre Cheminade

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