Bulle ou pas bulle immobilière à Bordeaux ?

Mikaël Lozano, avec Orianne Dupont

Mikaël Lozano, avec Orianne Dupont
A en croire certains Bordelais "historiques" ou d'autres qui ont fait le buzz récemment avec une poignée d'autocollants, c'est la cause de tous les maux immobiliers de la métropole. La ligne à grande vitesse mettant Bordeaux à 2h04 de Paris, inaugurée le 2 juillet dernier, a-t-elle joué un rôle dans la folle inflation des prix, + 15 % en un an dans l'ancien selon les notaires ? Pas si simple.
Les travaux de l'Institut d'urbanisme français Lab'Urba, et plus particulièrement ceux de la chercheuse Marie Delaplace, montrent que la mise en service d'une ligne à grande vitesse n'est pas synonyme de boom économique et que les métropoles nouvellement desservies ne sont pas mieux loties que les autres : tout dépend de leur propre dynamique. Reste qu'effectivement, un impact est généralement noté en matière d'immobilier, particuliers comme promoteurs anticipant quelques années avant l'inauguration d'une LGV pour rénover des logements puis les revendre au prix fort à la mise en fonction de la ligne afin de réaliser une belle plus-value. Mais cette évolution se concentre essentiellement sur les quartiers de gare. On peut aussi noter que l'arrivée d'une population francilienne aisée génère de la hausse sur certaines franges de marché : maisons avec jardins en centre-ville, appartements de standing en hyper-centre. L'expérience de ces deux dernières décennies prouve donc que de fortes augmentations de prix, de l'ordre de 30 à 40 %, ont eu lieu à Saint-Malo, Vendôme, Aix, Avignon... Mais ces poussées n'ont duré que quelques années et encore une fois, n'ont rien d'automatique. Dans son étude de 2011 sur "l'impact de la LGV Est sur les prix de l'immobilier" pour le Commissariat général au développement durable, Dominique Dron souligne bien que "les villes traversées par une LGV n'ont pas connu un rythme de croissance des prix immobiliers plus important que la moyenne des villes françaises de taille similaire". Si un "effet LGV" n'est donc pas à exclure, il n'est certainement pas le seul facteur à prendre en compte. Et e banc des accusés est bien rempli.
Il faut souligner en premier lieu que les prix bordelais avaient du retard sur ceux pratiqués dans d'autres métropoles, Toulouse par exemple. Aujourd'hui, ce retard est comblé et plus encore. Mais l'attractivité de la métropole girondine ne faiblit pas. Bordeaux a été placée au sommet de tous les classements possibles et imaginables ces derniers mois : Lonely Planet pour ses charmes touristiques, Cadremploi pour l'attrait que lui manifestent les cadres d'Ile-de-France, et bien d'autres encore. Cette "hype" bordelaise largement relayée par de nombreux média se traduit démographiquement parlant par 16.800 nouveaux habitants par an en Gironde, dont 8.000 s'installant sur le territoire métropolitain (dont un millier en provenance d'Ile-de-France). Le marché immobilier local, lui, ne suit pas la tendance, pas plus d'ailleurs que les infrastructures. La rareté des biens génère la hausse des prix.
Les fameux couples parisiens quadras débarquant après une première partie de carrière réussie sont des boucs émissaires idéals dans l'esprit de certains, mais ils s'intéressent avant tout à la vieille pierre et cherchent en priorité des maisons avec jardins, voire des appartements spacieux en hyper-centre. Autrement dit, une frange assez réduite du marché immobilier, pour laquelle effectivement les prix bondissent. On en arrive alors à des situations ubuesques.
"Dans le neuf, les prix ont augmenté de 6 % au premier semestre 2017 par rapport à la même période en 2016 sur l'agglomération bordelaise. Comparativement, l'agglo de Lyon affiche + 5 %, celle de Montpellier + 3 %, celle de Nantes + 5 % et celle de Toulouse +2,3 %. Le vrai sujet, c'est l'envolée des prix dans l'ancien où les collectivités ont moins de marge de manœuvre", relève Laurent Mathiolon, président du promoteur Aqprim et de l'Oiso, l'Observatoire de l'immobilier du Sud-Ouest, qui s'intéresse avant tout au neuf.
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Pour le promoteur, trois facteurs expliquent cette situation :
Si l'on résume, on arrive donc au constat suivant : l'effet LGV est difficilement quantifiable, l'attractivité de la métropole entraine une raréfaction des biens et donc une hausse des prix, et les nouveaux arrivants à fort pouvoir d'achat se concentrent sur le segment haut de gamme du marché ancien. Que dire alors des petites surfaces ? On touche ici à un sujet sensible qui se résume en un seul mot : Airbnb, accusé d'assécher le parc de logements traditionnellement dévolus à la location de longue durée et d'entrainer l'éviction des populations les moins fortunées.
Fin septembre, la vice-présidente de l'Université de Bordeaux appelait solennellement les personnels disposant d'une chambre ou d'un logement à les proposer aux étudiants. Quelques jours après, le recteur de l'académie de Bordeaux lançait un SOS supplémentaire auprès des propriétaires.
"Plus d'appartement à louer." Certaines agences n'ont effectivement pas hésité à afficher leur désarroi ces derniers mois, à l'arrivée des étudiants à Bordeaux. "On est à flux tendu", confirmait en septembre Catherine Coutellier, d'Immo de France.
Les agences bordelaises constateraient une baisse de 10 % à 20 %, selon les cas, de leur activité locative. Afin d'enrayer le phénomène, les propriétaires devront, à partir de mars 2018, se déclarer en mairie et seront limités à 120 nuitées par an.
Une fois ces facteurs tous posés, la question de la dimension psychologique reste entière. La mécanique est connue. D'un côté, nous avons des acquéreurs qui bénéficient de taux immobiliers très bas et peuvent donc s'endetter facilement, y compris en sur-payant. La rareté des biens a tendance à pousser à l'achat impulsif. De l'autre, nous avons des vendeurs qui voient les prix grimper tout autour d'eux, et qui se disent qu'ils seraient bien bêtes de ne pas en profiter eux aussi pour céder au prix fort. Doit-on parler de bulle spéculative ?
Selon Pierre-Edouard Lagraulet, juriste bordelais en droit immobilier :
Alban Lacondemine, fondateur du réseau de courtage Emprunt Direct, apporte un point de vue différent :
Chez de nombreux agents immobiliers, l'inquiétude est pourtant de mise depuis le début de l'année.
La directrice de Stéphane Plaza Immobilier Quinconces évoque ainsi des marchands de biens qui achetaient un immeuble pour le rénover et le revendre en lots, mais qui aujourd'hui font l'acquisition du même type d'immeuble pour le revendre tel quel au bout de quelques semaines et faire une plus-value en tablant sur une poussée des prix entre temps.
Directeur du développement immobilier au Crédit agricole d'Aquitaine, Dominique Moreau-Ferellec partage cette analyse en tous points :
Alors, bulle ou pas bulle ? Dominique Moreau Ferellec reste prudent... mais inquiet :
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Dans le neuf, la situation semble donc sous contrôle. Dans l'ancien, c'est moins le cas. Le maire de Bordeaux et président de Bordeaux Métropole, Alain Juppé, a en tout cas fixé le cap, redit encore en septembre lors de son point presse de rentrée : "Il faut construire, construire, construire." Et ainsi alimenter un marché qui tourne autour de 7.000 nouveaux logements livrés chaque année. Conséquent, mais aujourd'hui insuffisant.
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