La géante ZAC Bordeaux Bastide va-t-elle écraser le petit écosystème Darwin ?

Jean-Philippe Déjean

Darwin écosystème Bordeaux
La Tribune / Mikaël Lozano

Jean-Philippe Déjean

Darwin écosystème Bordeaux
La Tribune / Mikaël Lozano
Officiellement il s'agit pour Bordeaux Métropole Aménagement (BMA), chargé de la réalisation de la ZAC Bastide Niel, qui s'étend sur 35 hectares, un projet de 3.400 logements conçu par l'architecte hollandais Winy Maas (agence MVRDV) et dans lequel se retrouve enclavé l'écosystème Darwin, de récupérer des parcelles de terrain que Darwin ne pouvait utiliser que dans le cadre d'une autorisation d'occupation temporaire (AOT).
Une autorisation arrivée à terme sans que toutes les associations occupant le terrain soient encore parties. Et c'est bien ce que BMA, qui poursuit l'écosystème Darwin au TGI, va faire valoir. Mais les Darwiniens ne voient pas la situation de la même manière. Pour s'en tenir au premier volet de ce conflit, qui en compte plusieurs, les AOT dont bénéficie Darwin depuis 2010 ont non seulement été reconduites par les élus mais aussi rallongées, a fait valoir ce jeudi matin Philippe Barre, dirigeant du groupe Evolution devenu le moteur de l'écosystème, car elles permettent le fonctionnement de structures associatives qui ont rendu de nombreux services à la collectivité dans l'ancienne friche militaire de la caserne Niel.
Ce dernier ne supporte pas d'être accusé par les opposants à Darwin de grignoter sans cesse de nouvelles parcelles pour y installer plus d'associations.
Pépinière d'entreprises, espaces de cotravail, restauration... l'écosystème, qui s'est fait auditer par un cabinet indépendant, revendique désormais un chiffre d'affaires global de 125 M€, mais aussi plus de 1.000 emplois créés dans la Métropole, dont 700 en direct dans ses murs, avec 600 cotravailleurs, sans oublier le plus grand restaurant Bio de France, un système de récupération des eaux pluviales couvrant 90 % des besoins des sanitaires, un programme Négawatt permettant de consommer trois fois moins d'énergie que « dans un site urbain conventionnel comparable » et qui émet six fois moins de gaz à effet de serre qu'un site urbain conventionnel. L'Ecosystème Darwin, qui mixe entreprises et associations, fonctionne sur un modèle si original qu'il attire de nombreux curieux, qui seraient un million par an à se lancer dans la visite.
Ces bons résultats et cette notoriété constituent l'amorce du deuxième volet de ce dossier explosif : l'écosystème Darwin n'aurait jamais pu voir le jour sans le soutien actif du maire de Bordeaux, Alain Juppé, mais aussi de nombreux élus.
Au centre de la bataille pour conserver le cœur de l'activité associative se trouvent le skate-park en espace couvert, qui compte 5.000 adhérents et emploie quatre salariés, le dépôt Emmaüs avec son projet d'accueil d'urgence, mais aussi le lycée expérimental Edgar Morin, dirigé par Nathalie Bois, et ses 80 élèves. Elizabeth Touton, adjointe au maire, a été dépêchée pour établir une médiation entre les dirigeants de l'écosystème Darwin et de BMA. Elle aurait obtenu que BMA cède à Darwin les hangars hébergeant le skate-park et le dépôt Emmaüs au lieu de les détruire mais, comme il n'a rien vu d'écrit à ce propos, Philippe Barre a du mal à y croire. D'autant que cette décision ne devrait pas être votée par les élus métropolitains avant le mois prochain. Et d'ici-là Philippe Barre, qui ne peut plus parler de vive voix à Alain Juppé, craint que des dégâts probablement irréversibles ne soient commis par BMA à Darwin.
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Le troisième volet de ce conflit aux contours parfois surréalistes devrait ainsi commencer avec l'irruption d'engins de chantiers dans la petite voie de communication qui sert de point d'entrée à Darwin.
"Dès le 16 octobre, au lendemain du procès, BMA veut commencer les travaux sur cette rue, qui est le point d'entrée et l'axe central de la circulation à Darwin. Ils parlent de concertation mais il n'y en a eu aucune et ils n'hésitent pas à comparer à ce qu'ils vont faire ici aux travaux du tramway dans la rue Fondaudège !" déplore Philippe Barre.
Avec quelques raisons, puisque contrairement à cette rue bordelaise, celle de Darwin a été coupée par BMA et ne comporte plus de sortie. Une situation dangereuse qui dure depuis six mois et qui a selon Philippe Barre ému les représentants du Service départemental d'incendie et de secours (SDIS) de la Gironde quand ils sont passés sur place.
Alain Getraud, qui a dirigé de grands travaux urbains en génie civil, et qui s'occupe désormais du skate-park de Darwin, se dit très surpris par la méthodologie de BMA. "Normalement avant le début d'un chantier urbain il y a une concertation sur le plan économique, pour évaluer les pertes d'exploitation des commerçants, et une autre consacrée à la sécurité. Ce dernier point est traité par les coordinateurs sécurité qui en l'occurrence ont été nommés, du côté de Darwin comme de BMA, mais qui ne se sont pas encore coordonnés alors que les travaux vont démarrer dans cinq jours", s'étonne ce spécialiste en génie civil.
Selon lui les travaux que va lancer BMA sur la voirie n'ont fait l'objet d'aucune étude préalable alors que cet ancien site militaire compte des blockhaus souterrains, des bâtiments anciens jointés à la chaux ou encore des rails enrobés de bitume. Autant de particularismes qui exigeraient selon lui une approche d'ingénierie spécifique, dont l'absence est synonyme de risque aggravé. BMA a décidé de faire passer tous les réseaux au-dessous de la voie principale de Darwin apparemment sans se préoccuper de l'accès aux bâtiments de l'écosystème qui se trouvent de part et d'autre.
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Si l'espace n'est pas libéré pour permettre le début des travaux mardi 16 octobre alors BMA lancera une nouvelle assignation au tribunal contre l'écosystème. Dans une tribune publiée ce jeudi 11 octobre dans les colonnes du quotidien Le Monde, 100 personnalités appellent à la sauvegarde l'écosystème Darwin à Bordeaux.
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