GPMB : le nouveau patron du port de Bordeaux veut coopérer avec la place portuaire

Jean-Philippe Déjean

portrait
Majamois-GPMB

Jean-Philippe Déjean

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Premier atout apparent de Jean-Frédéric Laurent pour les Bordelais : ne pas être, comme ses deux prédécesseurs, un haut fonctionnaire ingénieur des Ponts et chaussées mais un diplômé en économie venu du privé et fin connaisseur du transport maritime. Le nouveau patron du port de Bordeaux arrive tout droit de l'île de La Réunion dont il a dirigé le grand port maritime, après avoir notamment assuré la direction de la stratégie et du développement puis la présidence du directoire par intérim du Grand port maritime de Dunkerque, où il a en particulier participé à l'établissement de nouvelles implantations industrielles et contribué au rapprochement avec le port de Calais. Il arrive dans un port bordelais en pleine crise de confiance, dont le trafic poursuit sa descente aux enfers, et où les relations entre les chargeurs, milieux d'affaires, les collectivités et la direction du port sont marquées par une forte dose de suspicion.
Une défiance qui a démarré dès l'origine de la création du Grand port maritime de Bordeaux, en 2009, quand, sur pression du secrétaire d'Etat aux Transports de l'époque et président du Conseil général de Charente-Maritime, Dominique Bussereau, la première présidente du directoire du GPMB, Marie-Luce Bousseton, a dû saborder le projet de terminal méthanier du Verdon, qui devait générer entre 2 et 4 millions de tonnes de trafic additionnel pour le port. Avec à la clé une rupture tonitruante des relations avec la CCI de Bordeaux, des démissions en série et un mouvement de grève des cadres du port, qui dénonçaient une manœuvre du président de Charente-Maritime, accusé de ne pas vouloir d'une installation industrielle en face de la cité balnéaire charentaise-maritime de Royan.
Des faits qui ont sans doute poussé Marie-Luce Bousseton à démissionner l'année suivante. Et puis en 2018 le trafic du GPMB a enregistré un plus bas jamais atteint, à 7 millions de tonnes.
Pour le directeur général, qui rappelons-le a dirigé les GPM de Dunkerque et La Réunion, en haute mer, Bordeaux est un peu le prototype du port proche de son territoire.
Ce constat n'est pas vraiment nouveau mais il est incontournable. Sachant par exemple que la plupart des domaines viticoles bordelais qui exportent n'ont aucune envie d'intégrer le transport à leur activité. Ce qui fait que le vin vendu à l'étranger remonte souvent par camion jusqu'au hub portuaire du Havre. Cette stratégie de développement, Jean-Frédéric Laurent, qui est arrivé depuis une grosse quinzaine de jours, est en train de l'élaborer. Mais sa première mission sera de faire de la couture et plus précisément du raccommodage. Si la tension initiale entre le port, les collectivités et les chargeurs était un peu retombée, à la suite de l'arrivé du second directeur général du GPMB, Christophe Masson, elle a fini par reprendre brutalement le dessus.
Car un autre traumatisme, encore plus proche de Bordeaux que le terminal méthanier, a frappé l'an dernier la place portuaire de plein fouet, quand le géant mondial du transport de fret maritime, la compagnie MSC, a annoncé qu'elle arrêtait d'escaler à Bordeaux, provocant la bronca des chargeurs, manutentionnaires, mais aussi des élus. Dans un contexte général franchement négatif, marqué notamment par les attaques de plus en plus directes du maire de Bordeaux et président de Bordeaux Métropole, Alain Juppé, à l'encontre du directeur général du port, accusé à mots à peine couverts d'incompétence. Cette situation, Jean-Frédéric Laurent a eu le temps de s'en pénétrer.
Le règlement de ces déchirures entre le port de Bordeaux et son environnement politique et économique semble bien être tout en haut de la pile de ses priorités. A peine arrivé, ce sont bien les acteurs clés de ce dossier explosif que le nouveau président du directoire et directeur général du port s'est empressé d'aller voir.
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Ce projet stratégique doit être bouclé d'ici 18 mois et couvrir la période 2021-2025. Le GPM de Bordeaux avait déjà une instance de concertation qui n'a pas vraiment convaincu tout le monde de son efficacité. D'où le virage que veut marquer sur ce terrain le nouveau patron du port.
Ce virage qui devrait être historique, s'il réussit, se double aussi et inévitablement d'une réorganisation interne du port. La relance du dialogue social est ainsi à l'ordre du jour et les affrontements violents entre la CGT-FNPD et direction du port, qui ont eu lieu l'an dernier, viennent de trouver leur épilogue grâce à la mission de médiation menée par le conseiller régional et départemental Philippe Dorthe. Ce dernier, élu du canton de Bordeaux-4 (Bassins à flot-Bacalan), dans la zone portuaire de Bordeaux, représente la Région au conseil de surveillance du GPMB.
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Le GPMB s'est porté acquéreur de la société de droit privé BAT (Bordeaux Atlantique Terminal), exploitant (en liquidation judiciaire) de la manutention verticale au terminal portuaire de Bassens, pour reprendre son activité sous le nouveau nom de BOP (Bordeaux Opérations Portuaires). Et il fallait absolument parvenir à un accord avec les partenaires sociaux pour rendre viable cette reprise. C'est ainsi que ce vendredi 29 mars Jean-Frédéric Laurent a signé, avec Cyril Mauran, secrétaire général de la CGT-FNPD, un accord fiabilisant l'organisation de l'exploitation et la maintenance des outillages sur le port de Bordeaux.
Jean-Philippe Déjean