Ford Aquitaine Industries : Guido Dumarey, le patron de Punch, jette l’éponge

Jean-Philippe Déjean

L'etat vigilant sur l'emploi chez ford a blanquefort
© Charles Platiau / Reuters

Jean-Philippe Déjean

L'etat vigilant sur l'emploi chez ford a blanquefort
© Charles Platiau / Reuters
L'audience de ce mardi au tribunal de grande instance (TGI) de Bordeaux sera consacrée à l'examen du fondement économique des licenciements programmés à Ford Aquitaine Industries (FAI), à Blanquefort (Gironde). Des licenciements qui vont se doubler par la fermeture définitive de l'usine le 1er octobre. Dans cette optique le syndicat CGT de FAI, membre de l'intersyndicale de l'entreprise, avec FO et la CFE-CGC, essaie de mobiliser les élus. FAI, filiale du groupe Ford Motor Company (FMC) spécialisée dans la fabrication de boîtes de vitesses automatiques 6F35, est touchée par un plan de sauvegarde de l'emploi (PSE) qui va se solder au final par la suppression de 850 emplois.
Sur cet ensemble près de 450 départs en pré-retraite devraient être enregistrés, pour plus de 300 licenciements : une partie des salariés pouvant être mutés. Les départs en pré-retraite ont déjà commencé et l'usine compte aujourd'hui 645 salariés actifs. Le TGI, qui a accepté de se pencher sur la demande de la CGT, a exigé que le seul repreneur déclaré à la reprise de cette usine, le groupe belge Punch, soit également représenté pendant l'audience du 4 juin.
La situation actuelle est rendue complexe par le fait que le PSE de Ford, qui intéresse aussi de nombreux salariés intéressés par un départ en pré-retraite, a reçu le feu vert de la Direccte (Direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi) de Nouvelle-Aquitaine et que, d'autre part, la CGT entame une action en justice qui pourrait se traduire (même si pour Ford le risque est réduit) par une interdiction de fermeture de l'usine.
Sachant que depuis plusieurs semaines un groupe de travail, auquel participe la CGT, a été constitué avec l'intersyndicale de FAI, les élus des collectivités territoriales, le ministère de l'Economie et des Finances et les services de l'Etat pour gérer l'après Ford à FAI. Malgré le refus de Ford d'accepter son offre de reprise de FAI, le groupe Punch voulait jusqu'ici continuer à faire partie de la solution. Mais le vendredi 24 mai Guido Dumarey, patron du groupe Punch, a adressé à Gilles Lambersend, secrétaire (CGT) du comité d'entreprise de FAI un mail dans lequel il met fin à cette hypothèse.
Un coup d'autant plus dur que, dans l'esprit des partisans de la réindustrialisation, le groupe Punch restait une option. Gilles Lambersend semble relativiser un peu la déclaration de Guido Dumarey.
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Si l'on en croit le secrétaire du CE, une option de reprise digne de ce nom suffirait à faire revenir Punch. Après avoir adressé une lettre ouverte à Bruno Le Maire, le ministre de l'Economie et des Finances, ce vendredi 24 mai pour l'inciter à se mobiliser contre la fermeture de l'usine en soutenant l'action de ce 4 juin au TGI, le syndicat CGT de FAI a expédié ce mercredi matin 29 mai un nouveau message adressé cette fois aux élus des collectivités locales, du Département de la Gironde à la Ville de Bordeaux en passant par la Métropole. Toujours avec la même intention : les mobiliser pour l'audience au TGI.
La Tribune est en mesure d'annoncer ce mercredi, après avoir contacté Christine Bost, 1re vice-présidente du Département de la Gironde, que les élus des collectivités territoriales (villes de Blanquefort, Bordeaux, Métropole, Région...) vont rédiger un courrier commun pour apporter leur soutien aux syndicalistes dans cette épreuve de force juridique. Sachant que la situation n'est pas d'une simplicité biblique. Alors que les élus sont engagés dans l'après-Ford, l'action de la CGT, qui pourrait se solder par l'interdiction de la fermeture de l'usine, semble ainsi aller à rebours des événements. Comme si en plus de se projeter dans l'après (Ford) et de négocier dans ce sens, il fallait reprendre position sur une sorte d'avant où la fermeture de l'usine ne serait plus une évidence mais redevenait une option...
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Cette gymnastique dialectique ne pose aucun problème aux cégétistes car si le TGI décide que Ford est fondé sur le plan économique à fermer FAI, cette décision ne fera que ramener tout le monde à la situation actuelle... Mais elle ne facilite pas les négociations des élus avec Ford. "Le premier objectif de cette audience est d'empêcher la fermeture de l'usine" rappelle Philippe Poutou. Par ailleurs la décision concernant la procédure intentée au TGI contre Ford en 2016 pour le non-respect des 1.000 emplois à maintenir dans l'usine, qui a fait l'objet d'un passage en appel ce 28 mai, sera rendue le 4 juillet prochain. L'histoire dira rapidement si, comme le pressent Philippe Poutou, la CGT de FAI a tiré sa dernière balle juridique avec cette audience au TGI du 4 juin.
Jean-Philippe Déjean