Métallurgie : comment recruter 7.500 personnes par an en Nouvelle-Aquitaine ?
Jean-Philippe Déjean

Des campagnes de communication ciblées en fonction des métiers.
Photo DR
Jean-Philippe Déjean

Des campagnes de communication ciblées en fonction des métiers.
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Le rapport Commete (Compétences, mutations, métiers et transition des emplois en Nouvelle-Aquitaine) réalisé par le cabinet Katalyse pour le compte de l'UIMM (Union des industries et métiers de la métallurgie) de Nouvelle-Aquitaine a été réalisé et rendu public, en présence de Xavier Esturgie, vice-président-délégué général de l'UIMM Gironde-Landes/UIMM Aquitaine et de nombreux syndicalistes, juste avant le lancement par l'UIMM de la campagne de communication nationale sur l'image de l'industrie.
Portée par le titre générique "Je fabrique mon avenir", en référence à l'accroche "La fabrique de l'avenir" lancée il y a deux ans pour rafraîchir l'image de l'UIMM, cette campagne de communication va se dérouler du 2 au 7 décembre. En même temps que la Semaine de l'apprentissage dans l'industrie, au cours de laquelle le pôle formation UIMM Nouvelle-Aquitaine/CFAI Aquitaine ouvrira ses portes. Comme la soulignée Cécile Collot, du cabinet Katalyse, lors de la présentation de l'étude Commete, les besoins du secteur sont importants, de l'ordre de 7.000 à 7.500 recrutements par an jusqu'à 2027 et l'offre ne correspond pas à la demande.
Alors que le secteur de la métallurgie néo-aquitain a besoin de recruter 2.300 à 2.500 salariés de niveaux 3 et 4 (ouvriers qualifiés) chaque année pendant cette période, le système éducatif n'en proposera que 1.400 à 1.500. L'écart est également important du côté des salariés de niveaux 5 et 6, ceux des techniciens et agents de maîtrise (TAM), la branche régionale de la métallurgie en attendant 1.300 à 1.400 par an, alors qu'ils ne seront pas plus de 600 à 700 à sortir de formation initiale. Il est enfin encore défavorable en Nouvelle-Aquitaine pour les niveaux 7 et 8, ceux des ingénieurs. Alors que les entreprises en auront besoin de 1.000 à 1.100 par an, ils seront 700 à 750 à sortir de formation avec une spécialité métallurgie.
Spot de la nouvelle campagne de sensibilisation nationale
Dans sa synthèse l'étude Commete préconise ainsi de s'appuyer notamment sur la formation continue pour capter de nouveaux profils et booster les recrutements. Une stratégie qui varie selon les profils recherchés. Commete explique ainsi qu'il vaut parfois mieux jouer dans les entreprises sur la promotion en interne de certaines fonctions que de recruter. Ce qui est le cas pour les techniciens méthodes, type de poste pour lequel Commete incite à former en interne "de la production vers la méthode", en accompagnant les salariés par la formation.
L'étude met par contre en avant des démarches volontaristes de recrutement en externe pour les postes d'usineur/opérateur de machine à commande numérique et chaudronnier/soudeur, en améliorant l'attractivité du métier auprès des demandeurs d'emplois et des publics en reconversion. La stratégie est comparable pour les pilotes de ligne de production, pour lesquels l'étude Commete appelle à proposer des parcours inter-industries, soit un socle de formation commun additionné de spécificités selon les secteurs qui recrutent.
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Cette nécessité d'amélioration de l'attractivité du métier reste centrale pour les postes d'ajusteurs-monteurs, monteurs-câbleurs/câbleurs (où l'adéquation de la formation par métiers est bonne), techniciens test électronique (offre de formation à ajuster), peintres industriels (touchés par une carence dans l'offre de formation), opérateurs de traitement de surface (avec plus d'offres de niveau bac Pro et BTS) ou encore technicien de maintenance. Cet élargissement du cercle de recherche des candidats au recrutement doit s'étendre hors industrie et englober des salariés et des chômeurs éloignés de l'emploi. Sachant, entre autres, qu'il est encore mieux de renforcer les acquisitions de compétences industrielles fondamentales dès le cursus initial.

Alain Rousset, président du Conseil régional de Nouvelle-Aquitaine
Tous membres de la Commission paritaire régionale de l'emploi et de la formation professionnelle (CPREFP), les syndicalistes patronaux et salariés ont éclairé la situation à leur manière. Claude Le Floch (CFE-CGC) a ainsi estimé que l'image que projette désormais l'industrie n'est plus celle d'hier, soulignant "nous aimerions que beaucoup de femmes viennent dans l'industrie", expliquant par exemple que la production additive n'a plus rien à voir avec le laminage métallique. "Les particules ne sont plus éjectées dans l'air mais rajoutées à la pièce que l'on fabrique" a-t-il illustré.
Avant de s'étonner du manque de sensibilisation des chefs d'entreprises à la cybersécurité.
Philippe Martin (FO), venu de Tulle (Corrèze), a rappelé qu'il était toujours difficile de faire venir des jeunes à la campagne, notamment parce que la situation des transports collectifs y est compliquée, avec un service très insuffisant pour coller au territoire. Ce qui ne facilite pas le développement de la formation.
Delphine Lhostis, secrétaire générale de l'UIMM du Limousin, n'a pas tergiversé.
La figure du sidérurgiste exposée aux feux de l'enfer ne serait elle aussi plus ce qu'elle était.
Alain Rousset, président de Nouvelle-Aquitaine, ne pouvait pas rester insensible à ces arguments. Après s'être félicité de la relance du dialogue public-privé, en faveur duquel il s'est toujours beaucoup investi, le président de Nouvelle-Aquitaine a souligné qu'il n'est pas facile d'anticiper sur les besoins du monde industriel pour créer de nouveaux diplômes, dans les lycées professionnels, les centre de formation d'apprentis, dans les cursus BTS ou ingénieur. Ce qui n'empêche pas la Région d'être impliquée dans la création de quatre nouvelles écoles en aéronautique et transport en particulier.
Alain Rousset réfléchit aussi aux nécessaires relations avec leur environnement immédiat que doivent entretenir les entreprises.
Et puis devant l'assistance de syndicalistes salariés et patronaux de l'UIMM, Alain Rousset a ensuite revêtu non pas le traditionnel bleu de chauffe mais une tenue de combat plus proche du gilet jaune.

Gilets jaunes : la menace de l'explosion sociale
Avant de poursuivre dans cette même veine de critique sociale où une fois de plus Alain Rousset, plus Girondin que jamais, a pointé du doigt le centralisme.
Concernant les difficultés territoriales d'accès à la formation, voire aux aides publiques, le président de la Région s'est montré très clair. Soulignant que plus de 50 % des entreprises qu'aide chaque année le Conseil régional de Nouvelle-Aquitaine sont des très petites entreprises (TPE) de moins de 10 salariés. Les usines sont désormais majoritairement installées à la campagne a observé Alain Rousset, qui a enchaîné pour dire tout le mal qu'il pensait de la réforme Pénicaud, qui va selon lui redéployer les centres de formation d'apprentis (CFA) vers Paris et les pousser à abandonner les campagnes.
"La réforme Pénicaud c'est de l'incompétence, presqu'une perversité ! Avec cette réforme tous les grands groupes vont faire leurs CFA à Paris" a-t-il averti.
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En termes d'aménagement du territoire, le président de Nouvelle-Aquitaine, qui a rappelé qu'il avait doublé le budget pour la desserte des petites lignes ferroviaires, a annoncé que la Région envisageait de transformer le technicentre SNCF de Saintes (Charente-Maritime) en un ferro-campus, avec des opérateurs du transport ferroviaire comme le groupe canadien Bombardier, auquel la Nouvelle-Aquitaine achète désormais ses trains express régionaux (TER).
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