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Carburant : le géant américain du pétrole ExxonMobil réduit la voilure en France

latribune.fr

Publié le 11 avril 2024 à 09:32 - Mis à jour le 30 septembre 2025 à 20:54

Raffinerie esso a fos-sur-mer, en france

Raffinerie esso a fos-sur-mer, en france

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Le géant pétrolier américain ExxonMobil a annoncé ce jeudi une réduction de ses activités à Port-Jérôme (Normandie), qui « devrait entraîner la suppression de 677 emplois », ainsi qu'un projet de vente, via sa filiale Esso France, de la raffinerie de Fos-sur-Mer et de dépôts de carburants dans le sud de la France.

[Article publié le jeudi 11 avril 2024 à 10h08, mis à jour à 18h00] ExxonMobil réduit la voilure en France. Le géant pétrolier américain a annoncé une réduction de ses activités à Port-Jérôme (Normandie), ainsi qu'un projet de vente, via sa filiale Esso France, de la raffinerie de Fos-sur-Mer et de dépôts de carburants dans le sud de la France. Ainsi, la raffinerie de Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône) et les dépôts de Toulouse et Villette de Vienne (Isère), appartenant à Esso, vont être vendus à Rhône Energies, consortium composé d'Entara et de Trafigura. Dans un communiqué, il a indiqué « avoir débuté ce jour un processus d'information et de consultation des instances représentatives du personnel pour la vente de ses activités de raffinage et de logistique dans le sud de la France ».

Les 310 salariés travaillant sur ces sites seront « transférés dans la nouvelle entité Rhône Energies conformément à la réglementation en vigueur », assure le groupe dans un communiqué. Dans un communiqué distinct, Rhône Energies précise qu'elle « compte maintenir les effectifs actuels » et qu'elle vise également « à conserver un programme compétitif de rémunérations et d'avantages sociaux pour les collaborateurs du site, ainsi que la mise en œuvre d'opportunités de formation continue et de développement des compétences ».

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Une opération finalisée d'ici la fin 2024

L'offre d'achat prévoit l'acquisition des actifs et des inventaires sur site(s), indique Esso. Rhône Energies explique également « projeter d'investir dans la durabilité du site afin de réduire son empreinte carbone ». Elle compte aussi « investir dans des projets innovants permettant le co-traitement de matières premières biogéniques pour produire des carburants renouvelables ».

« La mise en œuvre du projet de cession reste soumise à des conditions suspensives ainsi qu'aux formalités et autorisations d'usage pour ce type de transaction »,ajoute Esso.

Les deux groupes espèrent finaliser la transition « d'ici la fin de l'année » 2024. Ils doivent, pour cela, obtenir l'approbation des autorités réglementaires compétentes. Le montant de la vente n'a toutefois pas été communiqué.

Ce projet « s'inscrit dans le cadre de la stratégie à long terme d'Esso en France visant à maintenir la compétitivité de ses opérations, tout en garantissant la continuité de l'approvisionnement de ses clients dans le sud de la France », indique le PDG du groupe, Charles Amyot, cité dans le texte. L'entreprise explique néanmoins qu'elle « continuera à approvisionner ses clients dans le sud de la France et à servir le reste du marché Français » en carburants et combustibles et en produits de spécialités.

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600 emplois supprimés en Normandie

Pour ce faire, Esso indique compter s'appuyer sur sa raffinerie de Gravenchon, située à Port-Jérôme-sur-Seine en Normandie, détenue par ExxonMobil. Le groupe pétrolier américain a, dans le même temps, annoncé une réduction de ses activités sur ce site.

Plusieurs unités de pétrochimie pas « économiquement viables », dont un vapocraqueur, seront ainsi arrêtées. Ce qui « devrait entraîner la suppression de 677 emplois » en 2025. La direction promet d'engager une « recherche de solutions individuelles et collectives » pour les salariés concernés par les suppressions d'emplois et précise qu' « aucun départ n'est envisagé avant 2025 ».

Le projet de vente d'Esso est, en outre, « totalement distinct » de cette annonce, précise l'entreprise française.

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Le raffinage, une activité pas toujours rentable

Selon Philippe Chalmin, professeur d'histoire économique à l'université Paris-Dauphine et spécialiste des matières premières et de l'énergie, « même si les compagnies pétrolières ont gagné beaucoup d'argent ces deux dernières années sur le raffinage, il s'agit d'une activité dont les marges sont extraordinairement volatiles ».

«Sur les trois dernières années en Europe, la marge moyenne était au minimum de 12 euros la tonne et au maximum 120 euros la tonne», indique le président fondateur du Cercle Cyclope.

Olivier Gantois, président de l'UFIP Énergies et Mobilités, rappelle que la marge brute des raffineries correspond à « la différence entre la vente de tous les produits finis à la sortie de la raffinerie (sans plomb, matières premières pour la pétrochimie, diesel, carburant avion, fioul domestique, lubrifiants, bitumes) et l'achat du brut, ainsi que le coût du transport du brut jusqu'à la raffinerie ». Or, « les marchés des produits finis sont des marchés extrêmement instables, comme ceux du brut », complète Philippe Chalmin.

« Le montant de ces marges brutes, qui s'exprime en euros par tonne de brut traité, sert à couvrir les coûts d'une raffinerie, qui comprend les coûts fixes (personnel, maintenance), les coûts variables (achat d'énergie), et les investissements », détaille Olivier Gantois auprès de La Tribune. En l'occurrence, sur les dix dernières années, la marge brute de raffinage a « en moyenne tout juste suffi à couvrir ces coûts », selon le président de l'UFIP Énergies et Mobilités.

Sur cette période, « le raffinage n'a ni perdu ni gagné d'argent », observe Olivier Gantois. « Entre 2012 et 2019, les marges étaient tout juste équilibrées. En 2020-2021, elles se sont effondrées lors des confinements liés à la crise Covid. Il y a ensuite eu une remontée en 2022-2023 », détaille-t-il.

«En 2023, la marge brute du raffinage en moyenne était à 71 euros par tonne de brut. Depuis le début de l'année 2024, il est à 73 euros par tonne de brut, et cette semaine à 50 euros par tonne de brut», précise-t-il.

« Le coût du raffinage varie beaucoup. Il n'est pas suffisant pour dégager des profits significatifs », résume le porte-parole des pétroliers en France. Dans ce contexte, « c'est probablement le bon moment pour ExxonMobil de se débarrasser de raffineries, dans la mesure où il y a, d'avenir, pas mal d'investissements au niveau mondial, notamment en Chine, qui est un exportateur de produits pétroliers », estime Philippe Chalmin.

Dans une Europe qui cherche à sortir du pétrole

Thierry Bros, expert énergie et professeur à Sciences Po, estime de son côté que la production de pétrole est beaucoup plus rentable que les activités de raffinage. « Pour prendre un ordre de grandeur, vendre du pétrole à 90 dollars par baril rapporte aux alentours de 70 dollars de profit, alors que la raffinerie permet de dégager 10 dollars maximum par baril », schématise le spécialiste. Consacrer son investissement sur « l'amont » fait donc « plus sens » pour ExxonMobil, analyse Thierry Bros.

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Autre point soulevé par l'expert : « Dans un monde où les Européens sont anti-pétrole, il est inutile pour le groupe pétrolier américain de s'exposer donc il va mettre ses investissements ailleurs », déclare Thierry Bros, alors que l'Europe cherche progressivement à sortir des énergies fossiles. « Pourquoi donc avoir affaire à des gens qui sont contre vous matin midi et soir si vous pouvez gagner beaucoup plus d'argent ailleurs ? », interroge-t-il. L'expert ajoute que les raffineries européennes sont contraintes de restituer financièrement les émissions de CO2 qu'elles émettent, ce qui pourrait aussi expliquer qu'ExxonMobil cherche à réduire la voilure en France.

(Avec AFP)

latribune.fr

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