Électricité : une hausse de prix reportée au 1er février
latribune.fr
La CRE anticipe ainsi « dans les conditions de marché et de fiscalité actuelles une baisse d'au moins 10% des TRVE en février 2025 », une première depuis le début de la crise énergétique.
Reuters
La Commission de régulation de l'électricité (CRE) a décidé de reporter la revalorisation du « tarif réseau » de la facture de la majorité des clients à février contre août normalement. Un report qui va contribuer à baisser la facture des ménages au « tarif bleu d'EDF » dans le futur.
Après plusieurs hausses, des millions d'abonnés à l'électricité vont pouvoir souffler: le gendarme de l'énergie a décidé de reporter la revalorisation d'une des composantes de la facture de la majorité des clients à février, au moment où les cours de l'électricité devraient fortement baisser.
L'augmentation du « tarif réseau », lié aux coûts d'acheminement, sera appliquée seulement à partir du 1er février. Cette hausse, qui représente une augmentation de 1% sur la facture pour les abonnés au « tarif bleu d'EDF » (tarif réglementé), sera alors absorbée par le repli attendu des cours de l'électricité. Au final, les ménages concernés pourraient bénéficier d'une baisse de leur facture d'« au moins 10% », a indiqué la Commission de régulation de l'énergie (CRE) dans une délibération mercredi.
La hausse, liée à une revalorisation de 4,8% du « tarif réseau » (TURPE), était initialement prévue au 1er août. Mais le gouvernement démissionnaire avait décidé de ne pas l'appliquer, une façon d'éviter un « yo-yo » des prix incompréhensible pour les consommateurs, avait justifié mi-juillet Bercy en s'évitant au passage une nouvelle polémique, en pleine crise politique.
Les prix de l'énergie, au plus haut en 2021-2022 du fait de la reprise post-Covid et de la guerre en Ukraine, ont en effet largement agité les débats des élections européennes et législatives. Sur deux ans, ceux de l'électricité ont bondi de plus de 43% malgré le bouclier tarifaire mis en place par l'Etat. Le gouvernement avait donc demandé à la CRE de prendre une nouvelle délibération tenant mieux compte de ses recommandations de stabilité.
En réponse, celle-ci a décidé de maintenir « l'actualisation annuelle » du TURPE (tarif d'utilisation des réseaux publics d'électricité), l'une des trois briques de la facture à côté du coût du courant lui-même et des taxes, pour une entrée en vigueur au 1er novembre. Mais, « dans un objectif de stabilité et de lisibilité des prix », pour les ménages et TPE aux tarifs réglementés de vente de l'électricité (TRVE) - soit 22,4 millions de compteurs - la CRE propose de reporter cette hausse du TURPE au 1er février, date de révision habituelle du TRVE. Le but du report? Rendre la hausse indolore, grâce au recul des cours de l'électricité qui entrent dans le calcul de la facture.
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Stabilisation du cours du mégawattheure
Même s'ils n'ont pas encore retrouvé leur niveau d'avant crise (40/50 euros du mégawattheure), ces prix sur les marchés se stabilisent aujourd'hui autour de 60-70 euros du MWh, loin des sommets de 2022, explique la CRE.
La CRE anticipe ainsi «dans les conditions de marché et de fiscalité actuelles une baisse d'au moins 10% des TRVE en février 2025», une première depuis le début de la crise énergétique.
Cette baisse inclurait donc la hausse du TURPE et le relèvement de l'accise sur l'électricité, une taxe que le gouvernement démissionnaire a promis de rétablir au maximum pour sortir définitivement du coûteux bouclier tarifaire.
« La facture d'électricité de chaque Français baissera de 10 à 15% en février 2025 », avait assuré en juin le ministre de l'Economie Bruno Le Maire. Concrètement, dès février, pour un ménage moyen avec une facture annuelle de 2.000 euros, l'économie est estimée à au moins 200 euros par an, une bouffée d'oxygène qui s'ajoute au recul des prix des carburants. Reste que la hausse du TURPE sera elle bien applicable au 1er novembre pour les 17,5 millions de ménages et entreprises en offres de marché (indexées sur les marchés). Mais cela n'est que de la théorie, car les opérateurs peuvent aussi décider de ne pas la répercuter. « Il n'est pas exclu que très peu le fassent », indique la CRE à l'AFP. Ces fournisseurs proposent déjà aujourd'hui des offres très inférieures au TRVE, d'environ 20%.
Dans sa délibération du 26 juin, la CRE préconisait d'augmenter de 4,8% le « tarif réseau », revu chaque année en août, pour tenir compte de la hausse des coûts d'acheminement du gestionnaire de la distribution Enedis, sorte de péage payé par les fournisseurs et répercuté aux particuliers et professionnels. Une actualisation « nécessaire » répète la CRE, alors que la France va devoir utiliser davantage d'électricité pour sortir des énergies fossiles.
Les boucliers mis en place par l'Etat pour modérer l'impact de la flambée des prix sur la facture d'électricité et de gaz ont coûté 20,4 milliards d'euros nets, essentiellement sur les années 2022 et 2023, selon la Commission de régulation de l'énergie (CRE).
Ce coût a couvert le plafonnement des prix du gaz et de l'électricité pour les particuliers et très petites entreprises abonnés au tarif réglementé, ainsi que l'amortisseur proposé au cas par cas aux entreprises, dans le contexte de la flambée des prix alimentée par la reprise post-Covid et la guerre en Ukraine. Il concerne les années 2021-2024, mais surtout 2022 et 2023.
D'autres mesures avaient également été mises en place à l'époque - chèque énergie, indemnité carburant... La Cour des comptes a estimé que l'Etat devrait acquitter 36 milliards d'euros net entre 2021 et 2024 au titre des multiples dispositifs de soutien aux consommateurs.