Confronté à un contexte politique tourmenté, Engie marche sur des œufs aux Etats-Unis. L'entreprise française, qui misait fortement sur ce pays pour déployer sa stratégie dans l'éolien et le solaire, y suspend plusieurs de ses projets d'énergies renouvelables. Dans l'éolien en mer, d'abord : trois projets de parcs offshore ont été suspendus, en attente de décision finale d'investissement, et dépréciés dans les comptes de la société, à hauteur de 133 millions d'euros, sur l'hypothèse d'un retard de quatre ans. Ce sont ainsi 5,6 gigawatts (GW) qui sont mis en pause au total, soit 12 fois la puissance du plus grand parc français de Saint-Nazaire (Loire-Atlantique).
Plusieurs projets terrestres au Texas et dans le nord du pays sont également ajournés, pour une capacité estimée à 1,5 GW. Concrètement, ceux-ci resteront figés au moins jusqu'à la fin du premier semestre 2025, avec un espoir de pouvoir relancer la machine plus tard dans l'année. Par ailleurs, Engie devrait diminuer le nombre de ses salariés présents aux Etats-Unis, aujourd'hui de 3 000. La difficulté à obtenir des visas pour les expatriés a d'ailleurs tendance à s'accroître.
Depuis la réélection de Donald Trump à la Maison-Blanche, en novembre dernier, les énergies renouvelables subissent un véritable « backlash ». Aux menaces permanentes de surtaxes douanières s'ajoutent des difficultés pour obtenir des permis fédéraux de la part du régulateur aérien (Federal aviation administration). La Maison Blanche s'apprête aussi réduire les subventions accordées dans le cadre de l'Inflation Reduction Act (IRA), ce vaste plan d'investissement censé soutenir les énergies « propres » promulgué en 2022 par l'ancien président Joe Biden. Le 22 mai dernier, la Chambre des représentants des États-Unis a approuvé un projet visant à réduire drastiquement les crédits d'impôt pour les énergies renouvelables. Engie attend l'examen du texte au Sénat pour connaître le verdict final.