DÉCRYPTAGE. Un document technique révèle un niveau de température au-delà de la limite autorisée au niveau de deux paliers de la turbine du réacteur normand. Selon un spécialiste de ces machines tournantes hors norme, cela pourrait être dû à une erreur à l'assemblage.
[MAJ] Article mis à jour le 18/03/25 avec les commentaires d'EDF
À l'arrêt depuis le 15 février dernier, l'EPR de Flamanville (Manche) ne redémarrera pas avant le 30 mars prochain, selon les dernières déclarations d'EDF. Cet arrêt, non programmé, a été prolongé en raison de multiples aléas techniques. L'ultime prolongation, actée le 28 février dernier, a été décidée pour procéder, par anticipation « à des réglages du groupe turbo alternateur afin d'optimiser son fonctionnement », expliquait vendredi dernier un cadre d'EDF à l'AFP.
En réalité, plus que des opérations d'optimisation par anticipation, l'électricien historique fait face à un échauffement anormal au niveau du groupe turbo alternateur. Il s'agit de la pièce maîtresse d'une centrale nucléaire. Au cœur de la salle des machines, la turbine Arabelle, longue de 70 mètres et fabriquée par General Electric, permet de transformer l'énergie thermique, contenue dans la vapeur, en énergie mécanique pour actionner l'alternateur, qui, lui, produit l'électricité.
Or, dans un document technique publié à l'issue d'une assemblée générale, organisée le 25 février dernier dans le cadre de la Commission locale d'information (CLI), l'électricien révèle « que la température augmente au-delà de la limite autorisée sur les paliers 7 et 8 du groupe turbo alternateur quand on cherche à rejoindre le vide condenseur attendu ».
« Un palier qui chauffe est l'un des paramètres les plus suivis des grosses machines tournantes. Selon moi, c'est le symptôme d'un problème potentiellement assez lourd », commente Ludovic Leroy, ingénieur et formateur spécialiste des machines tournantes dans l'industrie nucléaire.
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Or, si ce problème n'est pas réglé, les conséquences peuvent être considérables. « Si un palier casse, on perd le contrôle de la position du rotor, qui peut alors entrer en contact avec la partie fixe de la turbine. Avec un rotor qui pèse 200 tonnes et tourne à 1 500 tours minutes, les dégâts peuvent être gigantesques et entraîner une perte irréversible de la turbine », expose cet expert.