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« Le recyclage de plastique est une hérésie » (Rosalie Mann, fondatrice de No More Plastic)

Propos recueillis par Laurence Bottero

Publié le 21 septembre 2024 à 17:00 - Mis à jour le 30 septembre 2025 à 20:43

Dans le monde, 460 millions de tonnes de plastique sont produites chaque année, dont 37 % concernent uniquement les emballages.

Dans le monde, 460 millions de tonnes de plastique sont produites chaque année, dont 37 % concernent uniquement les emballages.

© Ozge Elif Kizil/Anadolu via AFP

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ENTRETIEN – Lutter contre le plastique est son combat. Rosalie Mann nous alerte sur une pollution invisible, véritable fléau pour l’océan et notre santé. Et dit haut et fort que nos solutions de retraitement ne sont qu’une illusion.

LA TRIBUNE DIMANCHE - Vous estimez que le recyclage du plastique est une légende. Pourquoi ?

ROSALIE MANN - Plus qu'une légende, le recyclage du plastique est une hérésie. C'est exactement comme si on remettait un poison en circulation. Le plastique recyclé contient 1,24 fois plus de substances toxiques que le plastique vierge et libère davantage de microparticules et de nanoparticules ; recycler le plastique ne règle donc pas le problème des toxiques, qui sont toujours présents. Lorsqu'on cherche à transformer le plastique en autre chose - par exemple les bouteilles en vêtements -, cela s'appelle du décyclage. Et c'est encore plus vicieux, car cela se revendique de l'écoresponsabilité, avec une impression de bien faire, d'agir dans l'immédiat, tout de suite... Le recyclage du plastique est un fléau bien enrobé dans du marketing afin de tromper le grand public. Il est indispensable d'arrêter de faire croire que c'est vertueux, d'autant que l'on a tendance à valoriser et à mettre sur un piédestal ceux qui inventent des solutions pour recycler le plastique. Certaines entreprises, qui étaient jusqu'alors plutôt vertueuses dans leur processus, tombent dans le panneau, précisément parce qu'elles sont persuadées d'agir pour la planète, pour l'océan. Il est temps que les entreprises comme le grand public soient avertis. C'est très simple : le recyclage du plastique n'existe pas.

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Le plastique a été l'un des premières raisons qui ont poussé le citoyen à faire attention à ce que l'on jette dans la mer. La prise de conscience est-elle réelle ?

Le plus grand danger pour l'océan, ce sont les microparticules et les nanoparticules de plastique qui le polluent. Il existe un éveil des consciences, certes, mais en trente ans, toutes les plages du monde ont été contaminées. Trente ans, ce n'est rien à l'échelle du monde. Il est affolant de constater qu'en trois décennies nous avons atteint de tels niveaux de pollution. Le grand public imagine que la pollution plastique démarre avec le déchet. Raison pour laquelle son recyclage fonctionne si bien ! Or la pollution démarre avec la production des matériaux. C'est une pollution invisible et une pollution qui impacte plus les femmes que les hommes. Ces dernières sont davantage exposées aux perturbateurs endocriniens présents dans le plastique pour des raisons biologiques et elles sont en contact avec - par les cosmétiques ou les produits d'hygiène notamment -, le plastique leur ayant été présenté comme un élément d'émancipation, capable de leur faire gagner du temps. Matériau utilisé dans la fabrication des jouets pour enfants, le plastique est une véritable bombe atomique. Alors, certes, il a permis une accélération, mais la facture est élevée, car une société malade est coûteuse à l'économie.

Quel doit être le rôle des grandes marques ? Des industriels ?

Les grandes marques ont un rôle, un pouvoir d'influence, notamment via le vecteur du marketing et de la publicité. On attend d'elles qu'elles changent la donne. Il n'est pas question de revenir en arrière, mais de faire autrement. Quant aux industriels, ils agissent souvent à leurs demandes...

L'enjeu n'est pas de durer mais d'endurer, prendre en compte les contraintes environnementales dans la définition d'un nouveau modèle

En cosmétique, de nombreuses marques investissent énormément en R&D. Ce secteur peut-il aider à une plus grande prise de conscience ?

Il n'y a pas encore suffisamment d'alternatives. Les plastiques biosourcés ne peuvent pas s'adapter aux crèmes. Le verre est confronté à des problématiques de coût, mais il a aussi mauvaise presse, alors que cette industrie a effectué d'énormes progrès. Clairement, l'impact des microparticules et des nanoparticules plastiques n'est pas intégré dans l'équation. Les marques cosmétiques font énormément de recherche et développement sur la formulation de leurs crèmes, avec l'objectif qu'elles ne polluent pas l'océan, mais elles ne tiennent pas compte des emballages et de la nocivité de ces derniers. Sur les 460 millions de tonnes de plastique produites par an dans le monde, 37 % concernent uniquement des emballages. Il est essentiel que les marques - et plus largement les entreprises - se posent la question de l'emballage. Car, même si on évoque la fin du recours au plastique, il faut savoir que les prévisions tablent sur une augmentation de sa production qui attendrait 600 millions de tonnes par an à horizon 2030. Il faut bien se rendre compte que le niveau de production est lié à la demande. Donc beaucoup de tout cela est lié à la demande. De plus, au-delà de la cosmétique, en matière de santé publique, le plastique est un vrai fléau. Depuis les années 1990, nous remarquons une augmentation du nombre de cancers. Or, depuis les années 1990-2000, le plastique est utilisé partout.

Qu'est-ce que le principe d'« endurabilité » ?

Le principe d'endurabilité est un concept qui a été développé par Hamilton Mann, mon mari. L'idée est de prévoir le modèle de société de demain, un modèle qui, parce qu'il prend en compte les problématiques écologiques, n'a plus rien de commun avec ceux des sociétés industrialisées que nous avons connus jusqu'ici. Nous savons que nous ne pouvons pas revenir en arrière. L'enjeu, ce n'est donc pas de durer, mais d'endurer, c'est-à-dire de prendre en compte les contraintes environnementales dans la définition d'un nouveau modèle. Nous défendons ce principe d'endurabilité dans les universités.

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Où en sont les innovations pour remplacer le plastique ?

Tout est là, mais on ne les utilise pas. Lutter contre le plastique est son combat. Rosalie Mann nous alerte sur une pollution invisible, véritable fléau pour l'océan et notre santé. Et dit haut et fort que nos solutions de retraitement ne sont qu'une illusion.

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Une véritable question de santé publique

Des microplastiques dans l'océan, mais aussi dans le CocaCola, le Schweppes, le placenta des mamans, le cerveau... Voilà un petit bout de ce que Rosalie Mann appelle un scandale sanitaire dont le plastique est le nom. Et parce qu'un scandale de cette ampleur doit être porté à la connaissance du plus grand nombre, elle explique tout dans un ouvrage paru ce 18 septembre, au sous-titre évocateur, Comment le plastique ruine notre santé, et qui se veut d'utilité publique. Au-delà de la dénonciation d'une pollution à l'ampleur insoupçonnée, dont les liens avec certaines maladies telles que le cancer, le diabète, Alzheimer ou la maladie de Crohn sont avérées, Rosalie Mann dessine des pistes, appelle à revoir les business models des entreprises, à faire confiance à la nouvelle génération et surtout à imaginer des solutions.

No More Plastic - Comment le plastique ruine notre santé, de Rosalie Mann, éd. La Plage, 256 pages, 22 euros.

Propos recueillis par Laurence Bottero

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