Climat : les émissions mondiales de CO2 des jets privés bondissent
latribune.fr
Les chercheurs estiment que l'aviation d'affaires est responsable de « 1,7 à 1,8% », soit 15,6 millions de tonnes de CO2 en 2023, de l'empreinte carbone de l'aviation commerciale.
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Alors que la COP29 va s'ouvrir lundi 11 novembre en Azerbaïdjan, une étude parue ce jeudi dévoile que l'aviation privée a vu ses émissions mondiales de CO2 bondir de 46% entre 2019 et 2023 et sa contribution au réchauffement, encore marginale, va s'aggraver faute de mesures de régulation.
L'aviation dite « d'affaires » est dans le collimateur de nombreuses ONG. Elles seront confortées dans leur plaidoirie pour limiter l'utilisation de jets privés par une étude parue dans la revue « Communications earth & environment » affiliée à Nature. L'étude rédigée par des chercheurs d'universités suédoise, allemande et danoise pointe un recours « saisonnier évident, avec une pointe estivale » à ce type d'appareil notamment vers les Baléares et la Côte d'Azur.
Elle met aussi en évidence l'usage de centaines de jets privés pendant le Super Bowl (finale de football américain), lors de la Coupe du Monde de football en 2022 au Qatar, ainsi que pour le festival de Cannes, les rencontres économiques de Davos... et le sommet climatique COP28 de Dubaï en 2023.
68,7% des appareils sont basés aux Etats-Unis
Les chercheurs estiment que l'aviation d'affaires est responsable de « 1,7 à 1,8% », soit 15,6 millions de tonnes de CO2 en 2023, de l'empreinte carbone de l'aviation commerciale. Celle-ci, selon les compagnies, représente elle-même entre 2,5 et 3% des émissions mondiales de CO2, qui totalisent 57 milliards de tonnes équivalent CO2 en 2023 selon l'ONU Environnement. La contribution du secteur aérien au réchauffement est toutefois plus élevée en raison d'autres émissions et de traînées de condensation.
L'étude pointe que la croissance de l'aviation privée va largement invalider les gains de consommation réalisés grâce à des avions moins gourmands : selon ses auteurs, 8.500 jets d'affaires sont censés entrer en service d'ici à 2033, à comparer à la flotte actuelle de près de 26.000 appareils dans le monde. Autres éléments de contexte sur cette « forme la plus polluante de transport aérien » : près de la moitié des trajets sont inférieurs à 500 km et 68,7% des appareils sont basés aux Etats-Unis. Leurs utilisateurs, « 0,003% de la population adulte mondiale », disposent d'un patrimoine moyen de 123 millions de dollars et les auteurs de l'étude remarquent que cela représente un « casse-tête » de régulation pourtant à leurs yeux nécessaire, car les pouvoirs publics « sont réticents à s'en prendre aux riches et puissants ».
Fin septembre, le Réseau Action Climat prônait ainsi l'introduction d'une « taxe grands voyageurs » pour pénaliser « les riches urbains », principaux utilisateurs d'avions, jugeant que la baisse du trafic aérien est le seul moyen efficace pour réduire les émissions de gaz responsables du réchauffement dans le secteur. Parmi d'autres propositions figurent l'interdiction des jets privés, la suppression des vols courts ou l'instauration d'un quota d'un aller-retour par an et par personne. Le gouvernement français, à la recherche de nouvelles sources de revenus, a dit vouloir alourdir dans son budget 2025 la taxation des passagers des jets privés, un projet dénoncé par le secteur qui assure que ces appareils servent surtout à du transport médical et à des déplacements professionnels.
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