Traité sur le plastique : un premier texte sur la table, espoir d'un accord
latribune.fr
« Le texte n'est pas parfait, mais je pense qu'il peut être une bonne base si d'autres ont la même opinion » a réagi auprès de l'AFP un diplomate européen requérant l'anonymat (Photo d'illustration de Luis Vayas Valdieso, président du CIN).
Reuters
À deux jours de la fin des négociations, un texte de synthèse a été rendu. Il tente de rapprocher les positions très éloignées des plus de 170 pays. Enjeu central, la baisse du volume de production de plastiques.
[Article publié vendredi 29 novembre 2024 à 11h27, mis à jour à 13h41]
Un pas en avant. Ce vendredi, a été rendu un texte de synthèse sur le premier traité international sur la pollution plastique. Et ce, à deux jours de la fin des négociations, organisées par l'ONU à Busan, en Corée du Sud. Le document tente de rapprocher les positions très éloignées des plus de 170 pays présents.
Au cinquième jour de discussions, la synthèse (« non-papier », dans le jargon diplomatique) propose un mécanisme de contrôle de la production mondiale de plastique demandée par la coalition des pays les plus exigeants sur le sujet. Mais elle ne contient aucune liste de produits chimiques jugés dangereux pour la santé, renvoyant ce sujet à de prochaines conférences des parties (COP), selon le document mis en ligne sur le site de la conférence.
Encore beaucoup de sujets non résolus
Le texte de synthèse comporte encore beaucoup de sujets non résolus, laissés entre crochets, ou différentes « options » possibles. Il comporte ainsi huit définitions possibles de ce qu'est un plastique, et cinq pour ce qu'est une « pollution plastique ».
Il est rendu public après cinq jours de débats où un groupe de pays producteurs de pétrole, la matière première du plastique, a « tenté de remettre en cause » les fondements, l'ampleur, et l'objet même de la négociation, engagée depuis deux ans, souligne auprès de l'AFP David Azoulay, directeur du centre international pour la loi environnementale (CIEL), basé à Genève.
« Le texte n'est pas parfait, mais je pense qu'il peut être une bonne base si d'autres ont la même opinion » a réagi un diplomate européen requérant l'anonymat, alors qu'il reste 48 heures de négociations. « Nous devons trouver des compromis pour atteindre le consensus », a ajouté Juan Carlos Monterrey, chef de la délégation du Panama auprès de l'AFP.
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« C'est bien d'avoir un traité en 2024 qui traite bien du sujet d'une réduction de la production », s'est aussi réjouie la ministre française de l'Energie Olga Givernet, tout juste arrivée de Paris pour assister à la fin des négociations de Busan.
Mais de nombreuses tensions et incertitudes persistent parmi les pays. Le brouillon de traité prévoit notamment une option qui permettrait la suppression totale de l'article prévoyant un contrôle de la production, ainsi qu'il avait été demandé par l'Arabie saoudite durant les débats depuis le début de la semaine. La création ou non d'un nouveau fonds international pour soutenir les pays en développement n'est pas non plus complètement réglée
Débat sur la baisse de production
Avec trois autres pays latino-américains, le Panama est à l'origine d'une proposition de compromis établissant le principe d'un contrôle de la production mondiale de plastique. Mais sans mentionner de cible précise. Une proposition qui a été reprise dans la synthèse par le président du comité de négociation.
Ce texte a permis un déblocage des discussions, certains pays ne voulant pas entendre parler de baisse obligatoire de production de plastique, alors que ce sujet faisait figure de « ligne rouge » de la part des pays les plus exigeants.
Les ONG et entreprises pas satisfaites
En outre, ce texte a laissé sur leur faim les militants de l'environnement, qui souhaitaient une base de discussion beaucoup plus coercitive pour restreindre les effets du plastique sur l'ensemble de sa durée de vie, de la création des polymères vierges jusqu'au traitement des déchets.
« Le non-papier est une pauvre tentative de nous obliger à trouver une conclusion et obtenir un traité pour l'amour du traité, avec une pléthore d'options, dont certaines pourraient être calamiteuses. Le seul élément positif est qu'il inclue un objectif global de réduction de production » a réagi de son côté Graham Forbes, chef de la délégation de Greenpeace à Busan.
L'insatisfaction est aussi là du côté des entreprises. Jodie Roussell, responsable du suivi des négociations chez Nestlé, et porte-parole de la coalition des entreprises, l'exprime de cette manière: « Ce texte n'apporte pas la certitude dont les entreprises ont besoin, des règles claires et légalement contraignantes », a-t-elle ajouté. Sa coalition comporte des géants mondiaux de l'agroalimentaire, de la distribution ou du textile utilisateurs de plastique, de Coca Cola à Ikea en passant par L'Oréal ou Unilever.
Deux camps s'affrontent
Dans ces négociations à Busan, deux camps s'opposent. Il y a d'abord la « Coalition des hautes ambitions » (HAC), qui regroupe de nombreux Etats africains, européens et asiatiques. Ces pays veulent un traité couvrant l'ensemble du « cycle de vie » des plastiques, de la production aux déchets.
La HAC milite pour des objectifs mondiaux contraignants de réduction de la production et des déchets, et pour imposer des changements dans la conception des plastiques pour faciliter leur réutilisation ou leur recyclage. Elle a mis en garde contre les « intérêts particuliers » qui pourraient faire capoter un accord.
Dans le camp adverse, d'autres pays, principalement des gros producteurs de pétrole, comme la Russie et l'Arabie saoudite, voudraient que le traité ne concerne que la gestion des déchets. Ces mêmes divisions ont paralysé les quatre précédents cycles de négociations.
Pour mémoire, en 2019, le monde a fabriqué environ 460 millions de tonnes de plastique, un chiffre qui a doublé depuis 2000, selon l'OCDE. Et la quantité risque encore de doubler d'ici 2040. La pollution plastique est si répandue qu'elle a même été détectée dans les nuages, dans les plus profondes fosses océaniques, et dans pratiquement toutes les parties du corps humain y compris le cerveau et le lait maternel. Si tout le monde s'accorde pour reconnaître la gravité du problème, les avis divergent radicalement sur la façon de le combattre.
En outre, plus de 90% du plastique n'est jamais recyclé, et plus de 20 millions de tonnes finissent chaque année dans la nature, souvent après seulement quelques minutes d'utilisation. Le plastique représente aussi 3% des émissions mondiales de carbone, principalement en raison de sa production à partir de combustibles fossiles.