Lors du lancement de l'invasion à grande échelle de l'Ukraine, le 24 février 2022, il avait fallu moins de deux jours aux soldats russes pour faire sauter le barrage bloquant l'écoulement de l'eau dans le canal de Crimée du Nord. En Russie, les images de l'événement qualifié d'« historique » sont passées en boucle à la télévision, les habitants du nord de la Crimée, émus aux larmes, ont témoigné : « Ça fait huit ans qu'on attendait ça », « on va pouvoir recommencer à pêcher, se baigner, passer de bons moments... » Deux militaires dont le rôle a été jugé déterminant dans l'opération ont été décorés du titre de Héros de la Russie.
Dans le conflit opposant la Russie et l'Ukraine depuis dix ans, la question de l'eau en Crimée est un enjeu stratégique. Pendant des années, le canal de Crimée du Nord a acheminé via le réservoir de Kakhovka l'eau du fleuve Dniepr en Ukraine vers les terres arides du nord de la presqu'île... En 2014, à la suite de l'annexion de la Crimée par la Russie, Kiev décide de stopper l'approvisionnement. « À partir d'avril 2014, en réponse au coup de force russe, l'Ukraine a réduit progressivement le débit du canal avec des sacs de sable, puis a fini par le bloquer complètement par la construction d'un barrage », relate Franck Galland, spécialiste des questions sécuritaires liées aux ressources en eau, auteur de Guerre et eau - L'eau, enjeu stratégique des conflits modernes (éd. Robert Laffont).