Les stations balnéaires ne sont plus les seules à s’inquiéter des prévisions alarmantes du GIEC. Ville de fond d’estuaire, Caen fait son deuil d’un projet d’éco-quartier qui était censé voir le jour sur une immense friche baignée par les eaux. Entre forêt citadine et urbanisme transitoire, l’agglomération cherche un autre modèle d’aménagement en version « redirection écologique ».Dix ans d'études détaillées, des concertations en pagaille, des litres de jus de crâne et puis stop. En juin 2023, la communauté urbaine de Caen mettait un coup d'arrêt inattendu à la construction de son éco-quartier de la presqu'ile. Sur le papier, le projet labellisé « d'intérêt majeur » par l'Etat avait pourtant fière allure. Sur une bande en friche de 30 hectares bordée d'un côté par un canal menant à la mer et de l'autre par un fleuve côtier, 2.500 logements et presque autant de locaux d'activité devaient sortir de terre à deux pas du château de Guillaume le Conquérant. L'ensemble était élégant, bien conçu et répondait aux meilleurs standards environnementaux.
Mais patatras. La révision -à la hausse- des prévisions du GIEC sur la montée du niveau des mers est venue soudainement obscurcir l'horizon. Les élus ont du se rendre à l'évidence. Tout laisse à prévoir que tout ou partie du site se muera en marécage à plus ou moins long terme. « Des marges étaient prises dans le projet initial mais tout s'accélère », est bien obligé de constater Emmanuel Renard, vice-président de l'agglomération en charge de l'urbanisme. D'où la décision du maire de Caen de renvoyer les pelleteuses au garage et les promoteurs à leurs affaires. « J'ai agi en responsabilité pour ne pas créer un défi supplémentaire pour les générations futures », nous confiait Joël Bruneau, l'été dernier.
Un virage à 180 degrés
Un an plus tard, la communauté urbaine n'a pas renoncé à aménager la presqu'ile devenue, au fil des années, une sorte de no man's land peu engageant pour le chaland. Mais ses élus revoient leurs plans de fond en comble. Oubliés les appartements avec vue sur le canal, les restaurants pieds dans l'eau et la ligne de tramway qui devait desservir le quartier. « On redirige le projet pendant qu'il en est encore temps », résume Nicolas joyau, maire adjoint, à La Tribune. Le rediriger mais vers où ? Telle est la question qui se pose désormais au microcosme.