Ernest Pignon-Ernest, de la rue à l’Académie des beaux-arts
Par Daniel Schick
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Ernest Pignon-Ernest en juin 2022
© LTD / FRED TANNEAU/AFP
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Ernest Pignon-Ernest en juin 2022
© LTD / FRED TANNEAU/AFP
Les murs parlent parfois. Depuis les années 1960, Ernest Pignon-Ernest est le premier à avoir choisi d'apostropher le passant en collant ses dessins poétiques et politiques sur murs, façades de bâtiment, bunkers ou Abribus. Les œuvres permettent à Ernest Pignon-Ernest d'afficher ses réflexions, de questionner notre société. EPE a mal au monde, celui des hommes qui se font souffrir. Ses dessins représentent toujours des femmes et des hommes grandeur nature. À même hauteur d'yeux, œuvres et passants se retrouvent en tête à tête. Ses dessins ne sont pas là pour faire joli. Ils sont des alertes, des piqûres murales de rappel quant à la condition humaine. Les œuvres qui surgissent des murs sont des fantômes qui viennent gratouiller nos consciences.
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Les dessins disent au passant que l'humanité est inhumaine, que la peur des hommes, leur peur de la différence, conduit à l'intolérance, donc à la souffrance. Le monde est violent. Il est aussi composé des passants qu'EPE interpelle. Des œuvres pour adoucir le monde ? EPE est né en 1942. La veille du jour où l'écrivain-conteur Stefan Zweig se suicida tant il avait, lui aussi, mal au monde. Quelle incroyable concomitance. Mais si EPE a mal aux autres, il n'en est pas pour autant dépité par les humains. Il en admire certains. Il n'est pas sûr qu'il ait admiré ses parents, en tout cas par leur destin. Ils ont plutôt subi leur vie. La mère d'EPE était coiffeuse et le père, brutal, travaillait aux abattoirs. EPE les quitte à 16 ans. Il ne veut pas subir. Pour avancer, lui manquent des héros, des exemples.
Par Daniel Schick