Comme son nom ne l'indique pas, Isabelle a cette rondeur enfantine qui nous entraîne dans une bourrasque de candeur. L'actrice césarisée et écrivaine passionnée nous donne rendez-vous au Lutetia. Un palace parisien aux antipodes de son quotidien : celui d'une mère de famille au look juvénile et qui n'a jamais connu la sérénité de l'esprit. À 15 ans, elle a préféré laisser derrière elle une enfance chaotique pour s'envoler de ses propres ailes et suivre des cours de théâtre. Loin de ses parents pour tenter de retrouver cette âme d'enfant qu'elle n'a jamais connue, mais avec la nécessité vitale de se décharger de ce trop-plein d'émotions sur scène ou devant la caméra. « Bonjour ! Isabelle Carré », se présente-t-elle. Bonjour, Isabelle Carré, on a tout simplement envie de vous cajoler.
LA TRIBUNE DIMANCHE - Vous n'aimez pas trop parler de vous...
ISABELLE CARRÉ - Je préfère écouter les autres. Tout comme je déteste me regarder dans les films. J'ai essayé plusieurs fois, mais ça me coûtait beaucoup. J'étais trop souvent déçue par mon jeu. Les souvenirs de tournage sont beaucoup plus précieux. Surtout avec des partenaires de jeu comme Bernard Campan ou Benoît Poelvoorde.
Il se dégage de vous une extrême douceur, comme si vous étiez un radar à émotions...
Ma perméabilité aux émotions m'a causé de grosses difficultés quand j'étais adolescente. À la suite d'un chagrin d'amour à 14 ans, j'ai tenté de mettre fin à mes jours. Une tentative de suicide qui m'a conduite à l'hôpital psychiatrique. Ce séjour a été fondateur pour moi puisque c'est là-bas que j'ai eu envie de m'inscrire à des cours de théâtre après avoir regardé un film avec Romy Schneider. C'est grâce à ces périodes sombres, celles où j'avais vraiment touché le fond, que j'ai trouvé une solution pour moi. Lorsque l'on arrive à les surmonter, on ressent une très grande force en soi.
Comment évacuez-vous ce trop-plein d'empathie ?
Soit au théâtre, soit dans l'écriture. Le mot n'est pas très beau mais l'écriture me « purge ». Sinon, je peux exploser comme une cocotte-minute.
Propos Recueillis Par Joséphine Simon-michel