Son fauteuil en osier est devenu iconique. Tourné en Thaïlande pour quelques sous, le film érotique Emmanuelle, réalisé par Just Jaeckin, sort en 1974 et devient un phénomène, attirant 9 millions de spectateurs en France (45 millions dans le monde) et couronnant une nouvelle star, l'actrice Sylvia Kristel. Dans la France de Giscard, de la pilule et de la loi Veil sur l'avortement, la découverte du plaisir par une jeune femme un peu naïve venue retrouver son petit ami à Bangkok incarne un symbole de la libération sexuelle.
Le film, adapté du livre éponyme d'Emmanuelle Arsan (publié en 1959), restera plus de douze ans à l'affiche sur les Champs-Élysées. Cinquante ans plus tard, c'est la réalisatrice Audrey Diwan (L'Événement, Lion d'or à Venise en 2021) qui adapte cette histoire à notre époque, avec Rebecca Zlotowski (Les Enfants des autres) au scénario et Noémie Merlant (Portrait de la jeune fille en feu) en Emmanuelle. Des années 1970 au mouvement MeToo, le changement d'époque est drastique. Comment s'emparer d'un tel mythe érotique aujourd'hui ? Comment parler de sexe, le filmer, en plein mouvement MeToo et lorsque de nombreuses voix dénoncent la sexualisation des corps à l'écran ?
Le nouvel opus prend logiquement ses distances avec l'histoire initiale. Il questionne le désir d'un point de vue plus féminin, dans une société devenue aseptisée. Quand son producteur, Édouard Weil, lui a parlé pour la première fois d'une autre adaptation du livre d'Emmanuelle Arsan, la réalisatrice n'avait pas vu le fi lm en entier. « J'étais juste intriguée par la puissance de l'image érotique d'Emmanuelle dans l'inconscient collectif, tout en me demandant si l'on pouvait aujourd'hui en faire un langage de cinéma. » Un défi de taille pour Audrey Diwan, qui file son propos féministe sans se laisser enfermer ni dans un discours trop binaire qui exclurait les hommes ni dans des références encombrantes au fi lm original. La preuve ? Le fauteuil en osier a disparu de la nouvelle version.