Jeu vidéo : Activision-Blizzard (Candy crush, World of Warcraft, Call of Duty) fortement bousculé par un #MeToo interne

Production ralentie, partenariats en danger... Plongé depuis cet été dans une affaire de harcèlements et d'agressions sexuelles, le géant du jeu vidéo Activision Blizzard est dans la tourmente. La publication d'une nouvelle enquête par le Wall Street Journal, révélant que le CEO du groupe, Bobby Kotick, avait connaissance de plusieurs agissements alors qu'il affirmait le contraire, remet désormais en cause sa position.
François Manens

6 mn

(Crédits : Jonathan Alcorn)

Mercredi 17 novembre, le prix des actions d'Activision-Blizzard a chuté de 2,5%. Et pour cause : la veille, le Wall Street Journal exposait dans une longue enquête l'inaction du CEO (et actionnaire) Bobby Kotick face aux cas d'harcèlements et d'agressions sexuelles d'employés hommes contre des femmes de l'entreprise. Fourni de détails et nourri de témoignages et de documents internes, l'article révèle plusieurs nouvelles  histoires d'agressions sexuelles dans différents studios de l'entreprise.

Surtout, il insiste sur le fait que Kotick, en poste depuis 30 ans, ne remontait pas les incidents dont il avait connaissance - même les plus extrêmes, comme le suicide d'une employée suite à la diffusion de photos dénudées - au conseil de direction et aux investisseurs. Le comité de direction affirme de son côté que les informations soumises au cadre réglementaire lui sont remontées.

Le jour des révélations, 150 employés du groupe ont arrêté de travailler pour exiger des réponses sur la situation. Dans la foulée, 500 salariés ont signé une pétition pour appeler le CEO à démissionner de ses fonctions, une demande également déposée par un groupe d'actionnaires.

La goutte de trop pour Bobby Kotick ?

L'article du Wall Street Journal fait suite à l'ouverture d'une enquête en Californie cet été sur des cas de de harcèlement, agressions sexuelles ou encore inégalités de paiement au sein d'Activision, alimenté par plus de 500 rapports. Face à la tempête médiatique, Bobby Kotick, payé 154 millions de dollars en 2020 (136 millions d'euros), s'était engagé à réduire sa rémunération annuelle à seulement à 62.500 dollars (près de 55.000 euros), et à introduire une politique de tolérance zéro face au harcèlement.

Il affirmait alors qu'il n'avait pas eu vent des incidents. Au WSJ, la porte parole d'Activision-Blizzard défend qu'il "ne peut pas être raisonnablement attendu de lui qu'il soit à jour sur tous les problèmes du personnel", mais concède que parfois Activision "n'a pas réussi à s'assurer que le comportement de ses employés soient en accord avec les valeurs et les attentes de l'entreprise".

A plus de 48 milliards de dollars, le géant américain du jeu vidéo fait partie des trois entreprises les mieux valorisées de son secteur, et emploie plus de 10.000 personnes. Il divise sa production en 12 studios de développement, parmi lesquels King (parent du jeu mobile Candy Crush) et le célèbre Blizzard (World of Warcraft, Starcraft, Diablo...).

Avant l'acquisition de ces studios (en 2015 et 2008 respectivement), l'éditeur s'était avant tout distingué par sa célèbre franchise de jeu de tir, Call of Duty. Profitant de l'explosion du marché du jeu vidéo, Activision a vu son chiffre d'affaires passer de 14 milliards de dollars (12,3 milliards d'euros) à un pic de 54 milliards (47,7 milliards d'euros) en l'espace de 10 ans.

La production d'Activision-Blizzard en retard

L'affaire exposée cet été a secoué l'organisation de l'entreprise et précipité des changements. Premier cité dans des cas de "harcèlement permanent" le studio Blizzard a modifié sa direction dès le 3 août. J. Allen Brack, président depuis 2018, a pour sa part démissionné, remplacé en octobre par un duo composé de Mike Ybarra et Jen Oneal, cette dernière devenant ainsi la première femme dirigeant de l'histoire d'un studio d'Activision.

Bonne nouvelle ? Pas vraiment : Oneal, employée de longue date, a annoncé sa démission le 2 novembre, à peine un mois après sa prise de fonction. Elle a alors envoyé un email à l'équipe légale d'Activision, dans lequel elle explique qu'elle avait elle-même été harcelée plus tôt dans sa carrière, et qu'elle s'était rendu compte qu'elle était moins bien payée que son homologue masculin Mike Ybarra.

L'entreprise défend que les disparités pouvaient être dues au différents canaux de rémunération, mais que la paie de base était similaire. Mais Oneal a réaffirmée en interne que sa paie était bien inférieure à celle de son collègue, jusqu'à ce qu'une revalorisation lui soit proposée lorsqu'elle a évoqué son projet de démission.

Autre problème : cette crise des ressources humaines - avec des départs à des postes clés - se répercute sur la production des studios, même si le lien de cause à effet reste difficile à quantifier.

Blizzard, par exemple, a pris du retard sur tous ses projets -rejetant la faute en partie sur la crise sanitaire. Résultat : l'inépuisable World of Warcraft référence en son genre depuis 2004, montre de premiers signes de fatigues face à la concurrence, la faute entre autres à une cadence de mises à jour grandement ralentie.

Le projet Diablo IV, très attendu, a perdu son directeur Luis Barriga qui était cité dans l'affaire. Résultat : l'entreprise n'a toujours pas annoncé de calendrier de sortie. Quant à la réédition -a priori sans risque- du best-seller Warcraft III, elle a tourné au désastre industriel, au point que le studio a dû mettre en place une politique de remboursement.

Des partenariats en danger ?

La gestion de la situation a agacé plus d'un investisseurs, au point que certains ont attaqué l'entreprise en justice. De son côté, le fonds de pension des professeurs de Californie, qui possède plus d'un million d'actions d'Activision-Blizzard, a répondu froidement à Bloomberg qu'il reconnaissait le risque représenté par les affaires de harcèlement sur son portefeuille et qu'il suivait de près l'évolution de la situation.

Les investisseurs ne sont pas les seuls à s'exprimer sur la gestion de crise. Un responsable de Sony, le constructeur de la PlayStation, ainsi que le directeur de la Xbox (Microsoft), ont critiqué la gestion de l'affaire par Activision. Xbox suggère même qu'il pourrait réévaluer son partenariat avec l'entreprise de Bobby Kotick.

Une large partie des revenus d'Activision dépendent de la présence de ces licences (en particulier Call of Duty) sur les deux consoles de salon. Autrement dit, une action de leur part pourrait plus enfoncer la situation du géant du jeu vidéo.

François Manens

6 mn

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Commentaires 5
à écrit le 20/11/2021 à 9:58
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A faire travailler ensemble des hommes et des femmes, il y aura toujours des risques de comportements déplacés. L'entreprise reflète la vie en général, de façon plus aiguë par le fait des rapports hiérarchiques. La réponse, c'est l'éducation, la pré...

le 20/11/2021 à 11:11
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Justement les entreprises qui savent ceux à quoi elles peuvent être confrontées devraient être plus vigilante mais ça suppose un top hiérarchique blanc comme neige …. Et à l aide avec ce type de situation… on etrangement il y a peu de femmes a ces ...

à écrit le 19/11/2021 à 19:50
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L'entreprise est au niveau de ses clients !

le 20/11/2021 à 11:08
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Après investigations vous avez raison. C est immature et assez boff comme univers … ça semble plus s adresser à des enfants - mais sans la violence- qu à des adultes matures et réfléchis ….

le 20/11/2021 à 11:12
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Après investigations vous avez raison. C est immature et assez boff comme univers … ça semble plus s adresser à des enfants - mais sans la violence- qu à des adultes matures et réfléchis ….

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