Fantômes de glace
Un roman s'inspire de l'histoire d'un couple disparu en montagne et retrouvé congelé 75 ans après. Ce fut un sujet d'été dans les journaux. L'épilogue d'un fait divers oublié offrant une belle histoire pour divertir les vacanciers. En juillet 2017, un couple est retrouvé momifié dans les neiges d'un glacier suisse, soixante-quinze ans après sa disparition. Deux de ses enfants, alors presque nonagénaires, peuvent enfin enterrer leurs parents. Des vies entières résumées en des gros titres et quelques feuillets. Le journaliste et romancier Alexandre Duyck a voulu leur redonner un passé, une famille, une épaisseur, et rendre son histoire à cette cordée d'endeuillés. S'inspirant de la disparition des époux Dumoulin, il laisse son imagination combler les interstices du réel et bâtit un subtil roman qui rappelle ceux de Sorj Chalandon, dans la beauté à dire ces vies simples. Nous sommes plongés dans un village des Alpes suisses en 1942.
Alors que le monde entier est bouleversé par la Seconde Guerre mondiale, la neutralité helvète a préservé un espace hors du temps, ces villages de montagnards où l'on s'occupe de la ferme, reste entre soi, s'offrant juste des expéditions dans l'alpage pour s'occuper des bêtes. Louise détonne dans ce paysage. Née aux États-Unis de père inconnu, l'institutrice a quitté la vallée voisine pour épouser le cordonnier, Joseph, homme taiseux et artisan appliqué, toujours là pour aider son prochain.
Rumeur
Joseph et Louise s'aiment, à une époque où les mariages ne sont qu'affaire de raison. Inexpérimentée en haute montagne, elle décide cependant d'accompagner son homme là-haut, confiant leurs quatre enfants aux soins de leur fille de 12 ans, Marguerite. Ils ne reviendront pas. Les prêtres, chasseurs alpins, chiens sauveteurs, radiesthésistes et sourciers n'y changeront rien. Les enfants séparés et placés devront vivre avec ces fantômes disparus et la rumeur qui dira que leurs parents les ont abandonnés pour fuir les créanciers. Avec un ton juste, sans pathos, Alexandre Duyck dessine en creux le portrait d'une lignée de femmes éprises d'indépendance, qui refusent de rester « prisonnières du village », jusqu'à Marguerite, vieille dame de 87 ans qu'il a rencontrée et qui redeviendra la fillette de 12 ans racontant l'histoire de son « papa » et de sa « maman ». (Anne-Laure Walter)
Anne-Laure Walter, Aurélie Marcireau et Olivier Mony