« La voix parlait en moi sans que je la contrôle » (Mathieu Belezi, auteur du livre « Moi, le glorieux »)
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Mathieu Belezi à Rome, en août 2022.
EDUARDO DELILLE
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Mathieu Belezi à Rome, en août 2022.
EDUARDO DELILLE
Lecteur, attention : ce que tu liras après ce roman te semblera du jus de navet. Moi, le glorieux est un monologue fl amboyant et éructant, vomitif et jouissif, pulsionnel et pensé, qui ne recule devant aucune exagération, aucune fantaisie, aucune saloperie, aucune poésie pour nous montrer l'horreur en face. Ici, elle s'appelle Albert Vandel, colon richissime, 145 ans, 150 kilos - oui, les métaphores vivantes ont des physiologies surhumaines, surtout quand elles ont pour mission d'incarner nos pires débordements. Le roman le révèle alors que point l'indépendance : retranché dans sa Villa aux eucalyptus de 54 pièces, Vandel attend les fellaghas en se remémorant ce qui représente à ses yeux la liste de ses hauts faits. En réalité une parade d'atrocités, de grandes bouffes (dignes du film de Marco Ferreri) et de vantardises obscènes, où les phrases giclent comme des fluides corporels, où l'or de la poésie et l'ordure de l'humanité se mélangent volontiers !
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Autant dire que son auteur, Mathieu Belezi, 71 ans, parie gros sur l'intelligence des lecteurs, mais ce n'est pas la première fois qu'il fait le coup, et sa trajectoire ascendante - prix Inter l'an dernier avec Attaquer la terre et le soleil, une adaptation théâtrale et cinéma en vue - lui a donné raison. Moi, le glorieux est d'ailleurs une reprise révisée d'un roman passé, Les Vieux Fous. « Je fonctionne par voix », explique l'écrivain à La Tribune Dimanche depuis une brasserie du boulevard Saint-Germain, quand on le félicite pour ses outrances bien pensées et jamais moralisatrices. « Écrire un roman démonstratif là-dessus n'aurait eu pour moi aucun intérêt. J'ai beaucoup attendu pour trouver cette voix, et à partir de là elle parlait en moi sans que je la contrôle, dans une liberté totale. »
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