Exposition : quand Sophie Calle efface (presque) Picasso
Valérie Abrial
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Sophie Calle, le 3 octobre au musée Picasso.
© Yves Géant
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Sophie Calle, le 3 octobre au musée Picasso.
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L'histoire commence lorsque le musée Picasso invite Sophie Calle à investir ses espaces dans le cadre des 50 ans de la mort du peintre. Première réaction de l'artiste : « Sans LUI, je préfère ! » Le fameux syndrome de l'imposteur. Et puis, lors du confinement de 2020, elle découvre les œuvres du maître espagnol, protégées, dissimulées sous du papier kraft. Cette présence fantomatique que Sophie Calle photographie immédiatement sera son déclencheur créatif. Comme elle le fait depuis quarante ans, elle transformera ce moment de vie en œuvre. Moment qui la mènera vers une réflexion subtile sur la disparition, la possession et la transmission. Fini l'imposture, l'audace reprend sa place. Car de l'audace il en fallait pour investir les trois étages du musée en effaçant quasiment la présence de Picasso, dont la majorité des œuvres ont été déplacées dans l'espace d'exposition du sous-sol. « Un musée Picasso sans Picasso. Ou presque », écrit-elle. Seuls quelques autoportraits semblent veiller sur l'exposition, ils observent dans une salle particulière un livre, polar de Peter Cheyney intitulé À toi de faire, ma mignonne. Un trait d'humour comme on en trouve souvent chez l'artiste. Sa façon de jouer avec le risque. Et voilà le musée rempli de toute sa présence, de ses photos et vidéos, mais aussi des peintures de Picasso qu'elle a dissimulées sous un voile à peine transparent et dont elle demande le descriptif aux gardiens du musée. Un deuxième étage, plus personnel, tel un hommage à ses parents, sur ce qu'ils lui ont transmis, comme un devoir de mémoire. Et elle, Sophie Calle ? Que transmettra-t-elle ? Cette question la taraude, elle qui n'a pas d'enfants. Ses biens seront-ils vendus aux enchères après sa mort ? Elle choisit dès lors de contourner la fatalité, et d'investir le dernier étage du musée. Avec la complicité de la maison Drouot, elle le transforme en salle de vente (factice, rien à vendre ici) et expose au public ses meubles, objets, collections personnelles... Un moment d'intimité fort qui, comme souvent chez Sophie Calle, relève d'un certain attachement, au monde et aux autres.
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