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« La quête du bien est ce qu’il y a de pire » (Hervé Le Tellier)

Propos Recueillis Par Anna Cabana

Publié le 15 octobre 2023 à 03:40

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L’auteur de « L’Anomalie », le Goncourt 2020, écoulé à près de 1,6 million d’exemplaires, préface la reparution d’un roman qui, il y a soixante-dix ans, avait anticipé la cancel culture : « Fahrenheit 451 ».

C'est pour lutter contre « la connerie », la cancel culture et « l'empire du bien » qu'Hervé Le Tellier préface cette édition collector du roman visionnaire que Ray Bradbury a publié en 1953. Fahrenheit 451. « Température à laquelle un livre s'enflamme et se consume », selon les mots que son auteur a inscrits au frontispice de ce texte à la puissance de feu. Évidemment, on connaît d'abord l'écrivain américain pour ses fulgurantes Chroniques martiennes. Mais, alors que le vent de la censure souffle sur les braises de nos sociétés, le moment est propice à la (re)lecture de ce roman poético-prophétique qui vous précipite dans les flammes d'un monde où les livres sont interdits, les autodafés de livres institutionnalisés, les récalcitrants brûlés en même temps que leur bibliothèque et les « pompiers » reconvertis en incendiaires.

À lire également

  • Ecrans : influvoleurs, French Bastards et cold case...
  • Livre : « Chair Modiano... »
  • "La révolution conservatrice a contribué à l'explosion des inégalités" (Daniel Cohen)

Si Bradbury a construit son récit autour du personnage de Montag, « pompier » en plein questionnement existentiel, c'est pour mieux l'ériger en faire-valoir de deux discours antagonistes étrangement contemporains qui correspondent à deux visions du monde : le monologue du capitaine Beatty, le très érudit et très très retors capitaine des « pompiers », censeur en chef qui défend les vertus d'un monde sans livres pour assurer « la protection de la paix et de l'esprit » contre « le torrent de la mélancolie et de la philosophie » ; monologue auquel répond, à distance, celui de Faber, le professeur d'anglais à la retraite qui prend le risque de se consumer d'amour pour la littérature. Il faut entendre Faber personnifier cette dernière: « Ce livre a des pores. Il a des traits. Vous pouvez le regarder au microscope. Sous le verre, vous trouverez la vie en son infini foisonnement. Plus il y a de pores, plus il y a de détails directement empruntés à la vie par centimètre carré de papier, plus vous êtes dans la "littérature". C'est du moins ma définition. Donner des détails. Des détails pris sur le vif. Les bons écrivains touchent souvent la vie du doigt. Est-ce que vous voyez maintenant d'où viennent la haine et la peur des livres ? Ils montrent les pores sur le visage de la vie. »

Propos Recueillis Par Anna Cabana

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